« Le jeu le plus joué au monde » n’est plus un terrain de jeu propice aux enfants ? Une enquête de la RTS (Radio Télévision Suisse) a révélé le 27 mai dernier que le groupe État islamique a envahi les serveurs du jeu Roblox pour y endoctriner les jeunes joueurs. Faut-il craindre une vague de radicalisation chez les enfants ?

Le jeu vidéo Roblox mêle créativité et amusement. Il permet aux joueurs de construire les mondes de leurs rêves. C’est le principe d’un jeu sandbox (bac à sable en français) comme Roblox. Les joueurs sont libres de réaliser les objectifs définis par les développeurs du jeu ou bien ceux qu’ils se sont eux-mêmes donnés. Ainsi, certains utilisateurs innocents ont créé des univers fantastiques ou bien ont reproduit leurs environnements. Là où d’autres qui « jurent que tout est second degré et ironie », ont fabriqué des reconstitutions de l’Allemagne nazie ou de batailles opposant les États-Unis au groupe État islamique.
Cette « stratégie d’embrigadement » vise à manipuler les adolescents en pleine quête identitaire
Même si ses graphismes cubiques font penser à son concurrent le plus vendu au monde : Minecraft. Roblox se démarque par sa communauté active de 380 millions d’utilisateurs mensuels. La raison est simple, le jeu est gratuit. Accessible à partir de 13 ans, ce jeu en ligne est devenu depuis ces derniers mois, un terrain de chasse pour les djihadistes. Pour cause : la présence de centaines de milliers de recrues potentiels pour le groupe État islamique. Les adolescents y sont particulièrement ciblés. Cette « stratégie d’embrigadement », étudié par Laurène Renaut, experte de la djihadosphère, vise à « manipuler les adolescents en pleine quête identitaire en exploitant leurs failles personnelles ».
Malgré de récents efforts dans la modération de ses serveurs, de nombreux parents se disent inquiet que leurs enfants jouent à Roblox. C’est le cas des parents de Loann, 14 ans. Pourtant, ça ne l’empêche pas d’y jouer. Même en ligne, il reste méfiant de ceux qu’il ne connait pas : « j’ai été éduqué à ne pas parler à un inconnu qui m’approche dans la rue, alors je fais de même en ligne… Il y a aussi une part de peur. On est sur un terrain où on ne sait pas qui est en face de nous. On voit un avatar ou une photo de profil, mais on ne sait pas qui est derrière. Alors, en général, j’évite de répondre et j’essaye d’être le plus possible anonyme. » Ses parents sont rassurés par le très grand nombre de mots censurés. « C’est très difficile de partager des discours violents » se justifie le jeune « gameur ».
Un faible risque d’être approché ?
Même si le risque zéro n’existe pas, les chances de tomber dans une partie gérée par l’État islamique semblent faibles. D’après Nicolas Fontaine, joueur occasionnel de Roblox, « les développeurs ont fait un assez bon boulot pour bloquer les comptes des terroristes et leurs « lobbys » (les modes de jeux jouables) même s’il y a toujours quelques failles ». Il n’est « jamais tombé sur ces jeux » et ne les a même « jamais vu affichés dans le salon d’accueil ». De même pour Slim Zrelli, joueur récurrent depuis 2018. Il affirme n’avoir jamais été approché en jeu par un djihadiste, pourtant il explore sans cesse de nouvelles cartes de jeux.
Ce n’est pas la première fois que Roblox est ciblé par des organisations pour enrôler de nouveaux membres. En 2021, le jeu était accusé de servir de plateforme de recrutement à l’extrême droite. Courrier international rapportait que Daniel Kelly, directeur associé du Center for Technology and Society de l’Anti-Defamation League (ADL), avait découvert sur Roblox deux reconstitutions de l’attentat de la mosquée de Christchurch en Nouvelle-Zélande, qui avait causé la mort de 51 personnes. Les modérateurs des serveurs Roblox ont depuis censuré ce contenu. « Tôt ou tard, ces lobbys (de recrutement pour les djihadistes) finiront par être définitivement bannis tout comme ceux sur l’esclavagisme, le nazisme et les cartels mexicains » espère Nicolas Fontaine.
Vadim MILLIEX

Une réflexion sur “Roblox et radicalisation islamiste : la nouvelle crainte des parents”