Se confesser à une IA qui représente Jésus : le futur de la religion ?


L’essor de l’intelligence artificielle, marqué par la mise en ligne de ChatGPT en 2022, a transformé les habitudes en Occident. Certains l’utilisent pour leurs devoirs scolaires, d’autres pour bénéficier de ses conseils psychologiques. Mais il existe aussi une part croissante de catholiques qui y voient un outil pour approfondir leur foi et se rapprocher de Dieu.

Jésus-IA est diffusé sur sur un écran à l’intérieur du confessionnal de la chapelle Saint-Pierre à Lucerne, en Suisse. Image d’illustration générée par intelligence artificielle.

Les prêtres ont-ils du souci à se faire face à l’arrivée de l’intelligence artificielle dans le monde catholique ? Depuis août 2024, la chapelle Saint-Pierre à Lucerne, en Suisse, a remplacé le prêtre de son confessionnal par une intelligence artificielle nommée « Deus in Machina ». Cet « hologramme céleste » peut-on lire sur le site de la chapelle, est formé à partir de textes bibliques et permet aux visiteurs de poser des questions spirituelles à une figure holographique de Jésus. L’objectif de cette initiative est double : susciter la curiosité et stimuler une réflexion sur la place de la technologie dans la religion. À ce jour, près de 1 000 visiteurs de différents horizons ont tenté l’expérience en lui posant des questions sur des sujets spirituels ou éthiques.

Un Jésus numérique : innovation ou sacrilège ? 

Cette expérimentation divise. Auprès de certains catholiques, l’usage d’un confessionnal, « symbole du sacrement de réconciliation », est jugé problématique. Cet hologramme « ne peut pas remplacer une relation vivante » car « parler avec une personne vivante c’est s’enrichir » pense le prêtre Igor de l’église Saint-Nicolas et Sainte-Alexandra de Nice. D’après lui, l’intelligence artificielle peut même « vous détourner du droit chemin qui mène à Dieu ». La chapelle a d’ailleurs reçu une menace anonyme expliquant que ce projet de Jésus créé par IA « ne serait pas sans conséquences« . Des critiques sont également émises contre la superficialité des réponses fournies par l’IA. Pour autant, certains saluent cette initiative comme le lien potentiel entre foi et modernité. Malgré le succès de « Deus in Machina », Marco Schmid, théologien à l’origine du projet rappelle que « l’IA ne saurait remplacer un prêtre ». Il a d’ailleurs été précisé aux visiteurs de ne pas divulguer d’informations personnelles lors de leur discussion.

ChatGPT version catholique ? 

D’autres outils spirituels se développent. Des chatbots religieux comme HelloBible ou CatéGPT ont récemment fait leurs apparitions en proposant un accompagnement spirituel accessible 24h/24. Ces IA répondent à des questions théologiques avec une certaine profondeur, tout en encourageant une utilisation modérée et responsable. Ce phénomène reflète une tendance plus large, où l’intelligence artificielle devient un « assistant de conscience » pour les fidèles, en complément des figures religieuses traditionnelles.

Capture d’écran d’un appel privé passé avec « AI Jesus » sur le site hébergeur AtheneGPT.ai.

Et pour avoir un visuel en complément, une IA basée sur ChatGPT, nommée « AI Jesus« , répond en direct aux questions des internautes sur un live Twitch qui ne s’arrête jamais. Suivie par plus de 90.000 personnes, l’interface et la description encouragent les « viewers » à s’abonner pour 5€99 par mois. En se rendant sur le site de l’éditeur de cette intelligence artificielle, il est possible d’avoir un appel privé avec AI Jesus en français et dans 14 autres langues.

Capture d’écran de la page d’accueil du site AtheneGPT.ai sur laquelle il est possible d’avoir une conversation privée avec « AI Jesus » mais également de nombreuses autres intelligences artificielles représentant des personnes réelles ou inventées. 

Tout comme il est possible de converser avec des centaines d’autres intelligences artificielles représentant par exemple le père Noël, Donald Trump, des femmes et des hommes aux apparences réelles ou animées. Passé quelques minutes, le site vous demande de vous enregistrer. Pour ce faire, pas possible de créer un nouveau compte. Il faut obligatoirement passer par un site tiers, tel que Google, Facebook, Apple, Twitch… En se connectant via un de ces comptes, le site risque de récupérer vos informations personnelles. Qui sait où elles iront ensuite.

Vadim MILLIEX

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