Zoé Ulrich, tenniswoman azuréenne : Une saison au pied du mur à 16 ans

Prochainement attendue sur les courts de Gap dans une dizaine de jours, Zoé Ulrich est focalisée sur cet objectif. Un début de carrière compromis par une absence de subventions, jonglant avec un manque de sponsors.

Zoé Ulrich s’entraîne déjà pour ses futures compétitions internationales, au terrain des Combes à Nice. Photo DR Jean-Luc Pisani

La raquette à la main depuis ses cinq ans, Zoé Ulrich vibre pour le tennis. À force d’entraînements, elle s’est imposée comme un jeune talent de la balle. Son passage au collège signe un moment charnière dans son parcours sportif. Pour allier sa carrière aux études, Zoé décide de suivre des cours à distance dès la cinquième : « Ç’a été compliqué jusqu’à la quatrième, mais maintenant, j’ai pris le rythme car beaucoup de joueurs font la même chose. »

Au fil des compétitions, la tenniswoman s’est adaptée à la pression et en a même fait une force. Elle tire la leçon : « J’ai appris à gérer mon stress pour que ce soit du plaisir avant tout, maintenant c’est de la bonne pression. » Toutefois, l’adolescente ne délaisse pas ses autres centres d’intérêt comme la mode ou l’athlétisme, un moyen pour elle de « décompresser ».

Terre battue ou résine, ce qui est certain, c’est que la saison 2025 de la jeune niçoise est déjà bien chargée :

Qu’un plan A, pas de plan B

Inspirée par l’histoire de la biélorusse Aryna Sabalenka ou la technicité de l’Espagnol Carlos Alcaraz, Zoé est déterminée à devenir tenniswoman professionnelle. Elle se confie : « Je ne me vois pas faire autre chose. Même prof de tennis, ça ne m’intéresse pas et ça me pousse à travailler chaque jour pour y arriver. »  

Malgré les difficultés, la joueuse de haut niveau ne veut pas abandonner : « Je continue coûte que coûte. »  À l’aube d’une carrière prometteuse, celle qui se place dans les cinq meilleures tenniswomen de France dans sa catégorie, rafle les médailles au niveau régional et national. Zoé se remémore les championnats de France en 2023, où elle a touché du doigt la médaille de bronze des 15-16 ans en demi-finale : « C’était une super expérience. C’était incroyable de pouvoir vivre ça à Roland Garros ! »

Pour l’un de ses entraîneurs, Jean-Luc Pisani, Zoé n’a rien à envier à Serena Williams : « Je n’avais pas vu ça depuis une trentaine d’années. Elle ne se plaint jamais du matériel, de la qualité des balles ou des raquettes. Elle est très motivée. Sa priorité, c’est le tennis ! »

Zoé n’a qu’un rêve en tête, rayonner sur la scène internationale :

Avant son entraînement journalier de 4h30, Zoé Ulrich accorde à EJC Média une interview en visio-conférence. Propos recueillis par Célia Réunif.

Des sacrifices pour une carrière prometteuse

Si la période de l’adolescence rime pour certains avec soirées entre amis, ce sont, pour la jeune athlète, des « années de transition », insiste Jean-Luc Pisani. Passer d’un niveau intermédiaire à un niveau professionnel demande des sacrifices à l’adolescente de 16 ans.

Zoé doit maintenir un bon rythme de vie : « Je dois me coucher tôt, manger correctement mais il faut savoir ce que l’on veut. » Pas de soirée alcoolisée pour la tenniswoman sudiste. Pour elle, ces efforts sont le prix à payer pour des résultats exemplaires : « Oui, je délaisse un peu ma vie personnelle mais ce n’est pas dérangeant, car le tennis me procure tout autant de plaisir. » Aujourd’hui, l’étoile montante du tennis féminin dédie vingt heures de sa semaine à son sport, entre les entraînements sur les courts et sa préparation physique. 

Pour se rendre sur le terrain, c’est le parcours du combattant. Peu importe les circonstances, peu importe la météo du jour, Zoé est présente aux Combes. Elle sacrifie jusqu’à une heure et demie de trajet en transport en commun, rien que pour l’aller. Quatre heures de jeu plus tard, elle repart ensuite pour le même périple en sens inverse.

Une affaire de famille

Son père, Julien, est son plus grand supporter. Pour l’assister lors de ses tournois, le chauffeur de camion a choisi de travailler en intérim le soir. » Ça me permet d’avoir du temps pour Zoé pendant la journée, de passer des moments ensemble et de l’emmener partout », raconte-t-il. 

L’adolescente semble être une réelle source d’inspiration pour sa famille, à tel point que son petit frère de neuf ans « a commencé le tennis de manière sérieuse », selon le papa. 

Un père dévoué

Jouer au tennis, cela demande des concessions et Julien Ulrich sait en faire. Zoé n’étant pas encore majeure, il préfère être son accompagnateur principal mais quand il n’est pas disponible, c’est une personne externe qui fait office de responsable légal. Un arrangement qui, forcément, rallonge les dépenses auxquelles la famille doit faire face. Le papa confirme : « Ce n’est pas comme dans une équipe de foot ou de rugby avec un bus qui fait le déplacement pour tout le monde, là c’est chacun pour soi. C’est en quelque sorte, une entreprise familiale. »  Réactif, le père de la jeune tenniswoman a su s’adapter à la problématique : « J’ai créé une association du nom de Zoé Avenir Tennis pour récolter des dons via son club. Ils iront directement à ma fille. » « Objectivement, c’est un sport coûteux avec énormément de démarches administratives », lance-t-il ensuite. 

Mais optimiste quant à la carrière de sa fille, Monsieur Ulrich est prêt à faire tout ce qui est en son possible dans le but « d’essayer de trouver des leviers financiers », pour ainsi continuer à offrir à son aînée, son rêve d’une vie.

À la recherche de sponsors

Pour se professionnaliser, un problème se pose pour Zoé depuis quelques mois : l’argent. Jusqu’à ses 16 ans, l’espoir du tennis azuréen percevait des aides de la région et de la Fédération française de Tennis (FFT). La Ligue Paca de Tennis lui offrait par exemple trois heures d’entraînements hebdomadaires, un budget qui s’élève à 6 240 euros par an. « Tous ses déplacements en France et à l’étranger étaient pris en charge et elle disposait aussi de deux heures gratuites de cours avec un coach particulier payées par le club », ajoute l’entraîneur. 

La jeune joueuse ne peut plus concourir en France : « Il faut qu’elle commence à faire un Circuit de tennis européen pour se confronter à des joueuses de son niveau. En France, elle est même obligée de jouer avec des garçons », regrette Monsieur Pisani. Chaque session hors de l’Hexagone nécessite un budget conséquent pour le papa de Zoé Ulrich, dorénavant seul à financer les déplacements en avion, les nuits d’hôtels et la restauration sur place. 

Selon son entraîneur, il faut compter 3 000 euros de frais pour chacune des compétitions européennes. 

Zoé Ulrich se retrouve sans sponsor, ses rêves suspendus. Loin d’être découragé, l’entourage de l’adolescente met toutes les chances de son côté pour trouver un partenaire. Son entraîneur et son père se démènent pour démarcher des marques d’équipements de tennis. Ils ont aussi fait appel au soutien de la Mairie de Nice et du département des Alpes-Maritimes, des sollicitations qui restent pour l’heure, sans réponse.

Une générosité indispensable 

Zoé peut compter sur le dévouement de Jean-Luc Pisani, qui forme depuis cinquante ans, des tenniswomen professionnelles comme Camille Pin. Toutes les deux semaines pendant deux heures, il l’entraîne pour se perfectionner, afin de « corriger d’éventuelles fautes techniques. » Comptez 40 euros pour une heure de cours, soit 160 euros d’économies au mois.

Un des deux coachs de Zoé Ulrich, Jean-Luc Pisani qui a côtoyé les plus grands tennismen de sa génération, tels que Yannick Noah. Photo Manon Vagner

À défaut de lui proposer un soutien financier, la Ligue régionale lui accorde toujours huit heures d’entraînement par mois au complexe niçois Les Combes, trop peu pour son niveau. Côté équipement, Zoé Ulrich reçoit quelques cadeaux (gifting) de deux marques françaises : des paires de chaussures, des vêtements de sport ou encore des raquettes. 

L’agence suisse EDGE lui octroie, quant à elle, 12 000 euros de fonds par an pour financer une trentaine d’heures de stages à Sanremo, dans le nord-ouest de l’Italie. Les frais de déplacement restent à la charge de la famille Ulrich. Un prêt coûteux que Zoé devra tout de même rembourser en cas de parcours victorieux en professionnel. 

Célia REUNIF et Manon VAGNER
édité par Mathis THOMAS

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