Organiser des treks solidaires. C’est l’objectif de Mission Trekkeurs, une association créée en 2021 qui réunit des passionnés de montagne, venus de tous horizons, mettant leurs compétences sportives au service des autres.

Tout commence au début du mois d’octobre 2020, lorsque la tempête Alex frappe la Vallée de la Roya dans les Alpes-Maritimes. 650 millions de tonnes d’eau se déversent, détruisant les habitations, les routes, les ponts et creusant la vallée. La tempête laisse derrière elle dix morts, huit disparus, 13 000 sinistrés et deux cimetières détruits dans le département.
Après avoir vu les dégâts de la tempête, Martial Lyonnais, fonctionnaire hospitalier dans le service incendie et pompier volontaire à Fayence depuis une trentaine d’années, lance un appel sur les réseaux sociaux pour venir en aide aux sinistrés. « Je faisais des actions solidaires depuis 2015 qui mobilisaient jusqu’à 400 bénévoles. J’ai compris que la solidarité, ça pouvait, d’une part aider, et de l’autre, apporter des émotions. Quand la tempête Alex est tombée, je me suis dit que je pouvais faire quelque chose grâce à la solidarité. »

David Blanchet, lui aussi pompier — spécialisé dans le déblaiement et le sauvetage — et adepte du trek, le rejoint dans cette aventure : « J’ai voulu mettre ce sport que je pratique personnellement depuis très longtemps au service de la solidarité ». Environ 150 personnes répondent à l’appel de Martial Lyonnais et David Blanchet, mais après une certaine sélection, seulement 35 partent pour la Vallée de la Roya. Une sélection basée sur l’autonomie selon le pompier fayençois : « Ça nécessitait du matériel, des tentes… Il fallait avoir des équipements pour dormir dehors et pour pouvoir porter des charges lourdes parce qu’on ravitaillait ». Cette première « mission » du groupe — et les suivantes — a pu être réalisée en grande partie par la force du trekking qui permet de dormir en bivouac. « Ça nous a permis de nous loger. Si on n’avait pas la possibilité de se loger en mode trekkeur, on n’aurait pas pu y aller », explique le maralpin.


« On pouvait porter des sacs de 20 kg et marcher 30 km »
Seulement quelques jours après la catastrophe, le 10 octobre 2020, l’équipe de trekkeurs part en direction de la commune de Breil-sur-Roya. Équipés de lampes, de produits de première nécessité, et de quoi ravitailler les hameaux enclavés. « On pouvait porter des sacs de 20 kg et marcher 30 km dans la journée », décrit Adrien Chaussade, l’un des trekkeurs du groupe. Voilà la journée type que pouvaient vivre les sportifs, motivés à aller aider les victimes. Adrien Chaussade, pompier professionnel à Paris, se rappelle avoir été ému par les pompiers disparus et le fait que la Roya soit touchée : « Je faisais beaucoup de trek dans la vallée pour aller dans le Mercantour. Je me suis dit qu’on pouvait être utile en unissant nos forces avec le collectif et c’était une manière de rendre la pareille à la Roya. Il y avait une super cohésion entre nous, comme si on se connaissait depuis toujours. »
Pompiers, menuisiers, militaires ou encore cordistes composaient le groupe. Un tas de professions où chaque compétence est utile pour aider les sinistrés. Tous retiennent des moments marquants de cet épisode. « Lors de l’aide à la Roya, ce qui m’a le plus touché, c’est une mission dans le Caïros. On a relié le Caïros à la Vallée en faisant des passerelles et en approvisionnant les villageois. On a aussi sauvé une brebis qui était coincée et qu’on a pu ramener à Breil-sur-Roya. Il y a des familles à qui j’ai redonné le sourire, qui sont devenues des amis et que j’ai revu cet été », confie David Blanchet, l’un des initiateurs du projet.
Leah, « née avec des chaussures de randonnée aux pieds », a, elle aussi, été portée secours suite à la tempête Alex : « On emmenait des vivres, on tapait dans des maisons dans lesquelles on ne savait même pas si les gens étaient encore vivants. »
73 missions solidaires en trois ans et demi
Après ces événements azuréens tragiques, Martial Lyonnais et David Blanchet sont plus déterminés que jamais pour aider des personnes en difficulté et décident de co-créer une association. En mai 2021, Mission Trekkeurs voit le jour, et rapidement des dizaines de trekkeurs enthousiastes et altruistes rejoignent le collectif. En seulement trois ans et demi, l’association réalise 73 missions solidaires, principalement en France, mais aussi à l’international : Belgique, Italie, Espagne, Maroc ou encore Monaco.
| Mission Trekkeurs en Espagne Mission Trekkeurs décide d’intervenir en Espagne suite aux inondations dévastatrices qui ont touché Valence et sa banlieue dans la nuit du 28 au 29 octobre 2024. Trois semaines après la catastrophe, les dégâts sont colossaux. Une équipe de bénévoles s’organise alors pour déblayer des rues et garages d’habitants espagnols abattus. « C’était comme un champ de guerre en Espagne, les rues étaient dévastées. Il y avait des militaires de partout. C’est dans ma nature d’aider les autres. Je n’oublie pas qu’une catastrophe naturelle, ça peut toucher tout le monde », raconte Christelle, bénévole partie lors de cette mission. |
« Nos missions sont génératrices d’aventures humaines »
Mission Trekkeurs compte aujourd’hui 239 adhérents. L’âge des bénévoles oscille entre 17 et 65 ans, « On n’est pas une association de retraités, tout le monde est le bienvenu », s’amuse Martial Lyonnais. Le groupe de sportifs mélange pompiers, cordistes, instituteurs, étudiants, élagueurs ou bien ingénieurs. Tous ne sont pas experts en trekking, mais l’entraide prend toujours le dessus. « Nos missions sont génératrices d’aventures humaines. On a récupéré des gens qui n’étaient pas forcément tous trekkers, mais qui sont venus avec leurs petites compétences et qui, petit à petit, se sont dit, moi aussi, j’ai envie de dormir en bivouac, moi aussi, j’ai envie d’aller partir en montagne », livre Martial Lyonnais.
Même si les missions s’effectuent toujours en groupe, les trekkeurs n’ont pas de sessions d’entraînement ensemble. Chacun s’exerce de son côté, en pratiquant les sports qu’il préfère. « Je suis pompier donc le sport fait partie de ma vie. Je m’exerce déjà dix à quinze heures par semaine », détaille Adrien Chaussade. De son côté, Leah, architecte et bénévole de l’association, adopte une autre stratégie : « J’y vais au mental. Je ne fais pas beaucoup d’entraînements. Je n’excelle dans rien, mais je touche-à-tout : randonnée, canyoning, escalade, course à pied… »
L’association ne se contente pas d’aider les sinistrés et s’engage aussi à réaliser le rêve de personnes en situation de handicap. En septembre dernier, Mission Trekkeurs collabore avec l’association sportive monégasque de joëlette (ASMJ). L’objectif est de gravir un sommet pour permettre à des personnes invalides d’admirer la beauté d’un lever de soleil. Le défi est de taille, trois longues heures de marche, avec du dénivelé positif en poussant des joëlettes au cœur d’une nuit glacée. « J’ai eu très froid. Je n’aurais jamais pensé qu’on puisse monter, c’est une fierté pour moi d’être là-haut », déclare Renato, bénéficiaire de l’association monégasque.
« C’est juste magique ce qu’on peut éprouver dans ces actions de bénévolat »
Si cette entraide aide la vie de nombreux habitants, c’est aussi du « donnant donnant » comme le répètent souvent les bénévoles. « Cette solidarité permet de casser des barrières. On va plus loin dans les relations sociales avec des gens que l’on ne connaît pas. C’est un vrai partage, c’est juste magique ce qu’on peut éprouver dans ces actions de bénévolat », rapporte le président de l’association. Adrien Chaussade, pompier et bénévole, constate aussi que ce collectif a permis de créer des amitiés : « Beaucoup de gens se voient en dehors aujourd’hui. Ils partent en montagne, faire du sport ensemble. »
Donner de son temps et de son énergie au sein d’une cause a également un effet réparateur pour ces bénévoles. Pour Leah, architecte, Mission Trekkeurs arrive au parfait moment. « Je traversais un moment difficile, une séparation et j’ai deux enfants en bas âge. Alors, j’ai tout de suite demandé si je pouvais aider. C’est motivant d’être dans une équipe, ça fédère, on rigole. Je pense que chacun peut faire quelque chose à son échelle. La valeur humaine passe au-delà de l’aspect sportif », livre-t-elle, pleine d’humilité.

Leur élan de solidarité a même été récompensé lors des Jeux Olympiques de Paris 2024. Martial Lyonnais, sélectionné pour faire partie du relais de la flamme, a brandi avec fierté la torche olympique à Antibes, honorant son association et ses bénévoles, en juin dernier. Une flamme de solidarité qui ne s’éteint jamais. En mai 2025, Mission Trekkeurs se donne rendez-vous en Auvergne, accompagnée d’autres collectifs, pour reconstruire un château.
Tiphaine BERNARD & Marilou DURANDO
édité par Iléona SALAZARD





