Dans un contexte où les crises politiques se multiplient, certains groupes extrémistes s’appuient sur des théories du complot pour recruter et diffuser leurs idées. Ils parviennent à capter l’attention de personnes en quête de réponses simples face à des problèmes complexes.

Le recours aux théories du complot n’est pas nouveau en politique. Le principe d’une théorie du complot est simple : il s’agit de faire croire que des événements, souvent complexes, sont en réalité le fruit d’une conspiration orchestrée par un groupe secret, puissant, et malveillant. « Historiquement le conspirationnisme est lié à la victoire de l’extrême droite mais aussi par certains groupes de gauche radicale », explique Marie Peltier, historienne et enseignante belge spécialisée sur le conspirationnisme.
À l’approche des élections présidentielles américaines 2024, les théories complotistes se révèlent être un véritable outil de campagne. Alertes aux fraudes électorales, immigrés décrits comme des sauvages, accusations de trucages dans les meetings démocrates… Donald Trump a su en faire un élément central de sa stratégie de communication. Dans le programme du Parti républicain, l’ancien président revient sur la promesse d’un mur à la frontière avec le Mexique. « Build that wall !« . Ce slogan de Donald Trump, qui court depuis son premier mandat, semble trouver plus d’adhésion aujourd’hui. Selon lui, le Mexique chercherait à déstabiliser les États-Unis avec l’immigration. « Quand le Mexique envoie des gens (…), ils envoient des gens qui ont beaucoup de problèmes », annonce-t-il lors de son premier discours de campagne. En simplifiant à l’extrême des problèmes complexes, Trump offre à ses partisans un récit manichéen où le bien s’oppose au mal, les Américains aux étrangers. « Le complotisme, c’est une arme politique aussi utilisée par les gouvernements pour s’attaquer, discréditer ou prendre le pouvoir « , poursuit Marie Peltier.
Un socle idéologique commun
Selon Julien Giry, chercheur en sciences politiques spécialisé dans le conspirationnisme, la reprise de ce discours complotiste n’a rien d’anodin. « On trouve des affinités entre les Théories du Complot et l’extrême droite. Dans les deux cas, au centre du discours il y a un bouc émissaire, soit un étranger, une minorité ou encore l’élite ». Qu’il s’agisse de la théorie du Grand Remplacement, des théories complotistes antisémites avec la négation d’Holocauste ou des discours complotistes liés au coronavirus, ces théories exploitent les peurs dans des contextes de crise économique, sociale ou sanitaire.
Dans les discours d’extrême droite contemporaine, la théorie du « Grand Remplacement » revient régulièrement. Popularisée par l’écrivain français Renaud Camus, cette théorie explique qu’il existe un projet organisé par des élites pour remplacer les populations européennes « de souche » par des immigrés, principalement issus de pays musulmans. En France, cette théorie fait écho au sein des partis politiques d’extrême droite , Reconquête, mais ce discours prend aussi forme aux États-Unis. Un exemple contemporain de l’utilisation de ce discours serait le mouvement d’extrême droite radicale Boogaloo. Ce mouvement rassemble « des groupes marginaux allant des mouvements de défense du port des armes et des milices aux suprémacistes blancs ». Selon ce mouvement, ils se réfèrent à une “seconde guerre civile“ ou à une “guerre des races” et parlent de “génocide blanc ».
Une menace pour la démocratie
L’adhésion aux théories du complot n’est pas sans conséquences. « Ce sont des acteurs hostiles à l’émancipation, à la démocratie qui surfent sur la défiance ambiante pour offrir leurs récits et pour offrir leurs discours idéologiques », souligne Marie Peltier. Lorsque des citoyens se persuadent que le système est corrompu à la racine, ils peuvent se détourner des voies institutionnelles (élections, pétitions, manifestations pacifiques). La défiance envers les institutions mène parfois à des actes radicaux et violents, comme l’ont montré les émeutes du Capitole à Washington. En janvier 2021, des partisans de Donald Trump, convaincus que l’élection présidentielle avait été volée, ont envahi le siège du pouvoir législatif américain.
De même, en Europe, des mouvements complotistes anti-vaccins ont parfois mené à des manifestations violentes. “Le conspirationnisme répond à une idéologie réactionnaire, hostile à l’émancipation et au progrès. On le voit avec la covid-19 qui remet en cause la parole scientifique”, explique Marie Peltier. « Je pense qu’on ne prend pas en compte la mesure du danger politique que le complotisme est pour nos sociétés », conclut l’historienne.
Suzie FICHOT
édité par Baptiste CHARDELIN
