À l’été 2024, Alexei Rojas Fedorushchenko décroche son premier contrat professionnel avec le club londonien d’Arsenal. Si le football est l’une de ses grandes ambitions, le gardien colombien de 19 ans rêve aussi d’un monde plus durable. Le jeune homme, qui a grandi au Royaume-Uni, détonne par son engagement écologique exemplaire dans un sport pointé du doigt pour son inaction climatique.

Est-ce que vous pouvez résumer votre parcours dans le monde du football ?
« J’ai commencé à jouer au football quand j’avais 4 ans. J’ai ensuite rejoint mon premier club, et après quelques mois, j’ai décidé d’être gardien de but. De 5 à 13 ans, j’ai joué dans des petits clubs locaux, mais déjà à 11 ans, j’avais rejoint l’équipe de mon quartier et c’est là que j’ai réalisé que j’avais du talent, que j’étais un bon gardien. C’est à partir de ce moment-là que je me suis dit que j’allais essayer de devenir professionnel, de dédier tout ce que je pouvais pour devenir le meilleur gardien possible. J’ai eu plusieurs essais avec différents clubs de Londres qui me disaient que je n’étais pas assez bon, donc c’était assez démotivant, mais j’ai continué à travailler. À 13 ans, j’ai été repéré par Arsenal quand j’ai joué contre eux avec mon équipe locale. Ils ont regardé quelques-uns de mes matchs et j’ai ensuite rejoint leur académie. Quand j’ai eu 16 ans, j’ai eu ma bourse d’études qui m’a permis de me dédier entièrement au foot. J’ai joué après avec les U18, les U21 et en juin, j’ai décroché mon premier contrat professionnel. Je joue avec l’équipe première depuis le début de la saison, ce qui est fantastique. À côté de tout ça, j’ai joué avec l’équipe nationale colombienne U17 et U20 avec laquelle j’ai disputé la Copa América et la Coupe du monde en 2023 où j’ai joué quelques matchs. C’était incroyable. »
Votre mère travaille dans les énergies renouvelables. C’est elle qui vous a inculqué cet intérêt pour la durabilité ?
« Oui, c’est clairement de là que ça vient. Ma mère travaille dans la gestion des risques d’une entreprise d’énergie renouvelable qui construit des parcs éoliens en mer. Elle a toujours travaillé dans ce milieu-là, donc elle m’a éclairé sur l’importance de l’énergie renouvelable dès que j’avais environ 10 ans. Je venais à son bureau quelques fois, je discutais avec ses collègues qui m’ont apporté une compréhension globale. J’ai trouvé que ce sujet était fascinant, le fait qu’on pouvait produire de l’énergie durable et propre sans aucune pollution grâce à la force du vent. À côté de ça, j’ai fait mes propres recherches sur l’énergie renouvelable, le développement durable et les problèmes écologiques auxquels le monde fait face aujourd’hui. Et depuis que j’ai vu ça, je suis devenu très conscient tous les jours en agissant de la manière la plus durable que je puisse, en faisant des choix qui ont plus d’impacts positifs que négatifs sur la planète. Récemment, j’ai eu l’opportunité de travailler avec Arsenal pour intégrer plus de stratégies durables au sein du centre d’entraînement, et essayer d’influencer les gens d’être plus écologiques au quotidien. À côté de ça, j’ai aussi mené des conférences à propos de l’importance de lier football et développement durable. Le foot doit jouer un énorme rôle, pas seulement à propos de sa propre empreinte, mais aussi parce que ce sport attire une audience massive et a une grande portée. »
Concrètement, qu’est-ce que vous avez fait au sein d’Arsenal pour rendre le club plus écologique ?
« Quand j’étais au centre de formation, j’ai fait en sorte qu’il y ait des poubelles de recyclage et d’éliminer le plastique à usage unique. Par exemple, les emballages de nourriture étaient en plastique et maintenant, ils sont compostables. On a également travaillé sur le fait d’éduquer les gens sur un sujet que tout le monde ne comprend pas forcément. Je faisais aussi partie du groupe d’Arsenal sur la durabilité qui permet de construire les stratégies du club en ce sens. »
Vous avez déjà fait plusieurs collaborations avec Greenpeace ou WWF, et vous avez rejoint Common Goal en janvier dernier. À quel point est-ce important pour vous de travailler avec ces organisations ?
« C’est énorme pour moi ! Ces organisations ont une immense portée dans la durabilité et la protection de la planète, deux causes qui ont toujours été importantes pour moi. Je suis très heureux de les avoir, ils me soutiennent, m’aident à parler de ces sujets-là. Ils m’aideront dans tous les projets que j’ai envie de réaliser et c’est la meilleure manière de faire. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de sportifs qui ont envie de parler de développement durable, et essayer d’influencer les gens autour d’eux. C’est très bien qu’ils puissent collaborer avec ces associations qui sont focalisées sur ce sujet tous les jours. Avec ça, on tire le meilleur des deux mondes. »
Depuis 2006 , le sponsor principal d’Arsenal est la compagnie aérienne émiratie Fly Emirates, qui a aussi redonné son nom la même année au stade d’Arsenal, l’Emirates Stadium. Que pensez-vous de ce sponsor ?
« C’est un sujet très intéressant. Les gens pensent que le football doit toujours être parfaitement écologique, que vous ne pouvez pas avoir des sponsors qui font des activités qui ne sont peut-être pas les meilleures pour l’environnement. Cependant, au bout du compte, les clubs vont toujours choisir les sponsors qui payent le plus, qui donnent le plus de valeur commerciale et le développement durable vient après. C’est pour ça qu’au lieu de regarder ça en pensant que l’écologie doit être placée en premier, ce qui, en fin de compte, ne peut pas être le cas car le football est une industrie de la performance. La meilleure manière de regarder ça, c’est d’accepter que parfois, on ne peut pas être parfait, que le monde du football continuera à prendre l’avion parce que c’est le moyen le plus rapide pour se rendre à un endroit et être dans les meilleures conditions pour performer. Les clubs vont avoir des sponsors de certaines entreprises issues d’un secteur peut-être néfaste pour l’environnement, mais il faut se demander si ces clubs, ces entreprises font toujours ce qu’ils peuvent, ce qu’ils contrôlent pour être plus durables. Par exemple, en influençant ses supporteurs, en compensant son empreinte carbone, en utilisant moins de plastique, en recyclant au centre d’entraînement. C’est ce qu’il y a de mieux pour aller de l’avant, plutôt que de critiquer les clubs de football. »
Vous étiez présent à la cérémonie des BBC Green Sport Awards, qui récompensent les athlètes et les associations sportives engagés en matière de respect de l’environnement. Pourquoi étiez-vous là-bas ?
« J’étais là-bas car je suis un ambassadeur de Pledge Ball. C’est une petite association au Royaume-Uni qui grandit progressivement. Ils aident les clubs de foot à encourager leurs fans à agir de manière plus durable. Katie Cross, la fondatrice, vient de Bristol et a travaillé avec le Bristol City Football Club pour rendre leurs matchs plus écologiques. Je vous donne quelques exemples de ce qu’ils font : les habitants de Bristol marchent jusqu’au stade, ils ont la possibilité de manger de la nourriture végétarienne au stade, ils recyclent les emballages. Voilà d’où l’association trouve sa source. Pledge Ball a gagné une récompense là-bas [celle d’association locale de l’année, NDLR] donc j’y étais pour les soutenir en tant qu’ambassadeur. »

En dehors de votre vie de footballeur professionnel, quelle est la chose qui vous dérange le plus en tant que citoyen quand il s’agit de développement durable et de changement climatique ?
« Je pense que c’est le fait qu’il y a tellement de conférences tout le temps. On entend toujours dans les médias que les grosses entreprises, les gouvernements sont en train d’en parler, mais j’ai l’impression qu’il n’y a pas assez d’actions réalisées. Vous voyez ces sommets internationaux se tenir, ces réunions où ils se mettent d’accord sur des engagements, des accords sur un certain nombre d’années. Mais j’ai l’impression qu’il y a trop de paroles et pas assez d’actions faites à propos de ça. Parce que la chose la plus importante est d’agir constamment, tout le temps. C’est la seule manière d’observer les choses changer. En parler est la première étape, après on doit tout mettre en œuvre et voir les résultats. »
Nathan BEAUFILS
édité par Mathéo POULY
