Faire face à la précarité étudiante dans les Alpes-Maritimes

Étudier sur la Côte d’Azur est synonyme, pour de nombreux jeunes, d’être précaire. Depuis la crise du Covid, les bourses augmentent, mais les étudiants bénéficiant de l’aide alimentaire sont plus nombreux. Les organismes et association de lutte contre la précarité tentent de faire face.

Si le sexe n’est pas facteur d’inégalités parmi les étudiants précaires à l’Université Côte d’Azur, leur origine montre que les étudiants étrangers ont plus (43 %) de difficultés financières que les Français (17 %). PhotoCC Freepik

« Je trouve qu’il n’y a pas assez d’aides pour les étudiants » ; « Je ne m’y connais pas. » Victoria*, 20 ans, et Gloria*, 18 ans, sont étudiantes dans les Alpes-Maritimes. Si elles ne se considèrent pas en situation de précarité, Gloria explique : « On ne comprend rien aux aides. » Cette dernière n’est pas la seule à difficilement saisir ce à quoi elle a droit, comme les 47 % d’étudiants français qui estiment être mal informés sur les aides financières (selon l’Ifop, 2024).

Ces aides sont très nombreuses, mais difficile de s’y repérer. Selon Mathilde*, 21 ans, « il y a assez d’aides financières pour les étudiants, à condition de bien s’en servir ». Dur de s’y retrouver entre la bourse du Crous, les aides de l’Université, la prime d’activité ou l’APL de la Caf.

La précarité étudiante au plus haut

Dans ce flou, la précarité étudiante n’a jamais été aussi haute en France depuis la crise du Covid. Si la hausse du coût de la vie étudiante semble ralentir (+ 2,25 % en 2024 contre + 6,47 % en 2023), il a tout de même augmenté de 27,76 % depuis 2017, selon la Fédération des associations générales étudiantes.

Dans les Alpes-Maritimes, le schéma est le même. Le coût de la vie étudiante est même plus élevé que dans le reste de la France : selon l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), Nice est la ville étudiante la plus chère de France, hors région parisienne. En 2021, 21 % des étudiants à l’Université Côte d’Azur ne pouvaient pas subvenir à leurs besoins primaires, selon l’Observatoire de la vie étudiante.

Si le sexe n’est pas facteur d’inégalités parmi ces étudiants précaires, leur origine montre que les étudiants étrangers ont plus (43 %) de difficultés financières que les Français (17 %).

Un « espace solidarité » pour les étudiants

Cette précarité, les associations et les organismes de lutte contre la pauvreté la ressentent. Arroussia Gendron est responsable des étudiants au Secours populaire des Alpes-Maritimes. Ancienne médiatrice sociale à la retraite, celle qui se fait appeler « mamie » est bénévole dans l’association depuis 30 ans.

Le Secours populaire utilise un “espace solidarité” mis à disposition par le Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) près du campus Carlone à Nice. Dans ces locaux sont distribués les colis « assez copieux » de nourriture aux étudiants précaires. Arroussia Gendron dénonce : « Ils mangent parfois un seul repas par jour. » « Mes bourses sont trop basses » pour vivre sans cette aide du Secours populaire, explique Thibaut*, étudiant à Nice qui vient chercher son panier repas chaque jeudi.

Les 200 étudiants qui fréquentent ce « lieu familial » viennent aussi chercher de l’aide pour « trouver un job afin compenser le coût de la vie étudiante », explique Arroussia Gendron. L’association assure une aide administrative pour les étudiants étrangers qui « se perdent » dans les aides auxquelles ils ont droit, mais aussi une aide au logement.

Le cellier et le frigo mis en place au campus Méliès à Cannes ont été créés par l’association Les frigos solidaires avec le soutien du Centre communal d’action social de Cannes (CCAS). Photo P. H.

Épiceries et restaurant solidaires

Le Secours populaire des Alpes-Maritimes entretient des « liens étroits » avec le Crous de Nice-Toulon, dont « la directrice est très accessible », se félicite Arroussia Gendron. Les deux organismes se sont récemment associés pour organiser un séjour à Paris à destination des plus précaires.

Lutter contre la précarité étudiante est aussi le rôle de la Fédération des associations et corporations étudiantes des Alpes-Maritimes (Face 06). L’organisation étudiante dispose de plusieurs outils pour aider les membres de l’Université Côte d’Azur face à la pauvreté, à l’image des AGORAé, épiceries solidaires où le prix des aliments est « 85 % moins cher que dans les commerces classiques ».

La Face 06 met aussi en place un restaurant solidaire, ouvert deux fois par semaine et « 100 % gratuit pour tous les étudiants », et a créé un guide résumant toutes les aides auxquelles les étudiants ont droit.

Des aides concentrées à Nice

La principale critique de ces dispositifs est leur centralisation autour de Nice, pôle central de l’Université Côte d’Azur. Parmi les 12 campus que compte l’établissement, ceux de Cannes et Sophia-Antipolis sont les plus éloignés. Une distance qui se ressent dans la vie étudiante. Erwan* est étudiant à Cannes, au campus Georges Méliès : « Quand je vois tout ça [les aides proposées], je vois qu’elles sont surtout à Nice. »

Pour combattre cet isolement, au campus de Cannes, un frigo et cellier ont été mis en place l’année dernière. Ils sont approvisionnés par les bureaux des étudiants (BDE) du campus avec les invendus de supermarchés et de la cafétéria du Crous. Leur contenu est 100 % gratuit, à condition de remplir un court formulaire.

Paul HETTÉ

* Prénoms d’emprunt

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