Black M, Angèle, Orelsan : chanter, dénoncer

D’Un garçon pas comme les autres de Michel Berger qui défendait l’homosexualité, à Résiste et la valorisation de l’engagement par France Gall, en passant par Aux armes et cætera de Serge Gainsbourg qui prônait la liberté, de nombreuses luttes sociales ont été menées par des grands noms de la chanson française. Aujourd’hui, si la nature des combats a changé, le support musical est toujours utilisé par des artistes pour faire passer des messages engagés.

Le Prix Artiste citoyen engagé est décerné par la Fondation Daniel et Nina Carasso. Il récompense des artistes qui s’engagent en France et en Espagne, en tant que citoyens pour transformer les modèles établis, avec des actions remarquables face aux défis sociétaux. Montage M.P.

Dans son titre Je suis chez moi, sorti en 2016, Black M dénonce le racisme. Alpha Diallo, dit Black M, est né à Paris, de parents d’origines guinéennes. En mai 2016, avant la sortie de son album dans lequel figure le titre, un de ces concerts avait été déprogrammé. Le rappeur n’a pas pu performer lors des commémorations à Verdun pour rendre hommage aux soldats décédés lors de la Seconde Guerre mondiale. La faute, en partie, au Front National qui avait fait pression sur les organisateurs pour annuler le concert du rappeur français.

Avec Je suis chez moi, le chanteur répond, en musique, aux personnes l’ayant critiqué. « Je ne suis pas dans un état d’esprit où je veux attaquer quelqu’un. C’est juste crier au monde que, comme eux, je suis Français. Même s’ils ne le pensent pas », explique Black M lors d’une interview à 66 Minutes en 2017.

Dans son texte, Black M fait référence à Marion Maréchal Le Pen. Alors députée du Vaucluse sous la bannière du Front National, elle avait vivement critiqué le rappeur au moment de son concert à Verdun. Montage M.P.

Balance ton quoi d’Angèle : « un hymne anti-sexiste »

L’artiste Angèle se dresse face au sexisme et prône une égalité de genre avec la chanson Balance ton quoi, parue en 2019. Le nom fait référence aux #BalanceTonPorc, hashtag publié le 5 octobre 2017, qui permet aux femmes ayant subi une agression sexuelle ou un viol de révéler l’auteur des faits sur les réseaux sociaux. Un an après, le 5 octobre 2018, l’album d’Angèle (où le titre Balance ton quoi figure), sort. Un « total hasard » pour l’artiste, mais qui selon elle prouve que « ce simple hashtag avait encore autant de sens un an plus tard ».

« Faudrait peut-être casser les codes, une fille qui l’ouvre, ça serait normal » écrit la chanteuse dans son titre qui parle, entre autres, de harcèlement sexuel. « C’est un peu un hymne anti-sexistes, qui fait un peu la guerre au sexisme en général », détaille Angèle au micro de NRJ le 30 mars 2019.

Près de 217 000 femmes, âgées de 18 à 74 ans, sont victimes de viol, tentative de viol et/ou d’agression sexuelle chaque année, selon une étude du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) en 2022. « Ça a mis le doigt sur un gros problème dont on ne parlait peut-être pas assez, dont on avait peur de parler », explique la chanteuse belge.

Écologie et politique : « Trouver le bon équilibre entre la musique et la morale »

Dans le son Baise le Monde, issu de l’album Civilisation, sorti en 2021, Orelsan expose une réflexion écologique. Le chanteur, originaire de Caen, explique de manière satirique les conséquences désastreuses de nos modes de consommation. Dans le titre, il se décrit dans une soirée sélecte, en train de se poser des questions sur les conséquences écologiques de tout ce qui se trouve autour de lui. « J’me sers un toast avec une grosse crevette, pêchée par un chalutier à l’est de Madagascar, qui détruit la barrière de corail sur son passage, qui fait que les pêcheurs ont plus de travail », peut-on entendre dans le titre.

Au micro de France Inter le 26 novembre 2021, Orelsan souligne que « c’est dur car c’est hyper vite moralisateur, mais parfois c’est normal, il faut faire la morale. Il faut trouver le bon équilibre entre la musique et la morale ».

Les paroles très sérieuses du texte du rappeur Caennais détonne avec le rythme entrainant de la chanson. À l’origine, le titre du morceau était « Soirée consciente ». Montage M.P.

Skread, le producteur de la musique du titre, est un ami d’Aurélien ‘Orelsan’ Cotentin. « Ça te fait un plaisir coupable parce que tu t’ambiances sur le morceau, et en même temps, tu as conscience des paroles », explique-t-il à France Inter. « C’est l’analogie de la vraie vie. Dans la vie on s’amuse, on ne fait pas attention au monde. On va trop loin, on fait des choses qui détruisent la nature autour de nous », reprend Skread.

Un morceau pour critiquer le Rassemblement National

Plus récemment, le morceau No Pasarán, engagé politiquement, est sorti le 1er juillet 2024. Ce titre, réalisé par 20 rappeurs, compte autant de couplets. Les chanteurs s’insurgent contre le score du Rassemblement national, particulièrement élevé chez les jeunes. « Veulent pas la paix mais la guerre, pour ça qu’les riches ne restent pas, Yeah, j’propose un octogone à Bardella. […] Tes pensées racistes, va les mettre dans ton cul, ils vont péter un câble, j’vais voter à gauche », fustigent Zola et Kerchak dans le morceau.

Au premier tour des élections législatives anticipées, 23 % des jeunes de 18 à 24 ans avaient choisi le RN, selon une enquête de Challenges. Ramdane Touhami, directeur artistique du projet, avait déclaré à l’AFP : « L’heure est grave. Lorsqu’on apprend que le premier parti des jeunes, c’est le RN, si on ne réagissait pas, ce serait une faute grave de notre part […], c’est notre façon de tracter. »

Mathéo POULY
édité par Nathan BEAUFILS

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