Au travail, les jeunes Azuréens !

Restaurants, hôtels, campings, tous les commerces de la Côte d’Azur s’activent pour recruter en saison forte, mais les jeunes sont-ils réellement comptés dans l’équation ? Nous sommes alors allés questionner les concernés, étudiants ou travailleurs, pour comprendre leurs points de vue sur l’emploi de ce territoire.

Selon une étude de la DDETS des Alpes-Maritimes, les jeunes de moins de 25 ans représentent environ 10 % des demandeurs d’emploi dans le département. Photo Freepik

En France, 29,7 % des 15-24 ans occuperaient un emploi, selon l’Insee. Ils seraient plus d’un tiers dans la région Paca (33,5 %), selon une étude publiée par la Région Sud en 2019. La région est donc remplie de jeunes travailleurs, faisons donc un point sur ceux qui sont employés sur la Côte d’Azur.

Trouver un job sur la Côte d’Azur, une tâche facile pour les jeunes ?

Si ce qui ressort de nos entretiens avec ces jeunes de 18 à 21 ans, c’est qu’ils n’ont pas eu de difficultés à trouver un emploi, et la manière de postuler reste « old-school« . « La plupart des jobs que j’ai fait, je les ai trouvés en déposant des CV », indique Tom (prénom d’emprunt), 20 ans, qui travaille à la fois à Mister Pizza et dans une agence de nettoyage à Cannes. Par le passé, il a également pu travailler dans une boulangerie, et sur des chantiers de métallurgie, grâce à un bac pro de métallerie. Aujourd’hui, il ne fait plus d’études, et se concentre sur ses deux emplois.

Gaia, 18 ans, a, elle aussi, déposé son CV après avoir passé son bac, pour être employée deux mois (juillet et août) en CDD au Mariott Hotel. Elle y a postulé en tant qu’emploi saisonnier, comme d’autres dans son équipe : « Nous étions plusieurs jeunes ». L’hôtellerie est le deuxième secteur de travail le plus répandu chez les jeunes de 16 à 29 ans en PACA, selon une étude de l’Insee réalisée en 2014. Une position qui reste la même aujourd’hui et qui se poursuivra dans le futur, affirme une étude du gouvernement réalisée en janvier 2023.

Vaiana, elle, travaille au camping CapFun à Fréjus. Elle partage ce constat : « Dans mon équipe de BNSSA (Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique) on n’était que des jeunes dans la vingtaine, et dans l’équipe globale du camping, on était aussi beaucoup de jeunes. »

L’étudiante de 20 ans, en licence de physique-chimie, a trouvé une manière plus moderne, et peut-être plus adaptée aux jeunes de postuler : utiliser les plateformes en ligne (qui sont également des applications) Hello Work, Jooble, ou Indeed. Grâce à cette dernière, elle a pu entrer directement son CV en PDF et remplir son profil, puis postuler pour l’offre, et en « un entretien téléphonique », elle a été prise.

Une facilité qui semble s’améliorer au fur et à mesure des expériences professionnelles. Léa, 21 ans (son nom a été modifié pour des questions d’anonymat), qui a enchainé un CDD de trois mois en restauration avec de la prospection, et Tom, ont tous les deux trouvé leur dernier emploi grâce à un « contact », ou une « mise en relation ».

Des emplois saisonniers sources de chômage

La DREETS (Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) Paca montre qu’en 2023, le taux de chômage des jeunes de 15-24 ans s’élevait dans la région à 19 %, contre 8,1 % de l’ensemble de la population active, et restait, dans tous les cas, plus élevé qu’en France métropolitaine (16,8 %).

Des chiffres qui peuvent s’expliquer par la spécificité de cette région et de la Côte d’Azur, où en 2024, 40 % des recrutements sont liés à une activité saisonnière, contre 30 % en France métropolitaine, selon le média EcomNews. Cette plateforme qui donne « toute l’information économique du sud de la France en temps réel », affirme que les conditions d’emploi sont « plus difficiles » dans la région Paca : « Moins d’emplois à durée indéterminée, et plus de contrats à temps partiel, ainsi que des salaires globalement inférieurs ».

Une région qui emploierait donc les jeunes essentiellement l’été, en CDD ou en Intérim ?

En réalité, ces données sont largement en lien avec le fait que la région Paca est l’une des plus touristiques en été. En 2023, c’était la deuxième région la plus visitée en été en termes de nombre de nuitées dans les hôtels, selon une étude de l’Insee.

De plus, dans les Alpes-Maritimes, en 2019, le nombre d’emplois liés au tourisme était deux fois supérieur à la moyenne nationale, selon une autre étude de l’Insee. Celle-ci confirme aussi que le volume d’emplois sur la Côte d’Azur varie en fonction des saisons. Dans le Var par exemple, le nombre d’emplois au mois d’août était le double de celui du mois de janvier.

Un chiffre peu étonnant quand on regarde du point de vue des jeunes. Très souvent, ces derniers sont étudiants dans des écoles payantes et/ou doivent payer un loyer pour vivre à côté de leur campus, et ne sont donc disponibles qu’en période de vacances scolaires d’été pour travailler.

Dans l’étude réalisée par la Région en 2019, on remarque que certains jeunes choisissaient en 2014 la voie de l’apprentissage en alternance (18 %), mais que le CDD et l’intérim représentaient quand même plus de 25 % des contrats signés par les jeunes Pacaïens de 15 à 24 ans. En comparaison, ces deux types de contrats représentaient moins de 10 % de ceux signés par la population totale en emploi de la Région.

Les jeunes, des employés traités différemment ?

« Les conditions de travail n’étaient pas au top, assure Vaiana, car mon travail était à la fois d’assurer le respect des règles de la piscine, mais surtout la sécurité des vacanciers, et je n’avais presque aucun matériel de secours. » Elle déplore un manque d’accompagnement et de personnel pour son « premier job en tant que BNSSA ». « Je n’ai pas été assez guidée pour mes débuts, alors que j’étais toute seule autour du bassin », déplore-t-elle.

Un autre problème que l’étudiante soulève : la multiplicité des tâches demandées, parfois non indiquées dans le contrat : « J’aidais aussi pour les animations du camping, et mon salaire n’a jamais augmenté par rapport à ça ».

Léa, qui à l’époque avait 20 ans, partage la même expérience : « Sur le contrat il y avait indiqué « serveuse polyvalente », et non barmaid, pourtant je cumulais les deux… En plus, je faisais les courses pendant que je m’occupais des clients. » Les entreprises des secteurs prisés par les étudiants en été exploiteraient alors ces mêmes jeunes employés, lorsqu’il vient à manquer du personnel, dans un but économique ?

D’un point de vue économique d’ailleurs, Tom trouve que, dans son agence de nettoyage, « le taux horaire n’est pas assez payé par rapport à la tâche de travail », et par rapport à son travail de livreur chez Mister Pizza, il estime que « pour la prise de risque, ce n’est pas assez payé ».

Les tâches plus difficiles et physiques ne seraient pas rémunérées à leur juste prix, mais aussi, selon Vaiana, pas à leur juste valeur : « J’étais payé à peine plus haut que le Smic, sachant que mon travail nécessite un diplôme, et en plus, j’avais beaucoup de responsabilités, dont la sécurité aquatique des vacanciers. »

La réalité des tâches à réaliser, surtout pour un job d’été, déçoit certains jeunes Azuréens, qui font face à des emplois trop exigeants physiquement, ou en manque de salariés pour la période estivale.

Pour lutter contre ce sentiment de désillusion, la Région Sud a rendu possible, depuis la rentrée 2021, à des jeunes de rencontrer des professionnels grâce au site internet www.echangeravecunpro.fr. Le site est annoncé comme une plateforme qui permettrait de « mieux se connecter au monde professionnel », en offrant aux jeunes de 13 à 29 ans une représentation incarnée du métier convoité.

Des solutions sont donc petit à petit mises en place par des associations ou la Région Sud, qui prend très à cœur le rôle de la jeunesse dans l’économie de la Côte d’Azur. Malgré les pôles d’innovations d’entreprises comme Sophia Antipolis et l’Université Côte d’Azur située à côté, la jeunesse se fait de plus en plus rare dans ce territoire, le département des Alpes-Maritimes et du Var sont « vieillissants », selon un rapport de la Région publié cet été, qui insiste sur l’enjeu de préserver une jeunesse « active professionnellement ».

Victor POMMATAU

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