Faire rimer sport et séniors

Les séniors font-ils du sport ? Le(s)quel(s) ? Comment ? Nous sommes allés à la découverte d’activités sportives ouvertes et même dédiées aux personnes âgées. Entre lutte contre l’isolement et meilleure santé, le sport chez les personnes âgées, souvent laissé de côté, ne peut être que recommandé.

Le longe-côte est un sport ouvert à tous, et accessible aux séniors. Photo Victor P

Il n’y a pas d’âge pour faire du sport. Cette jolie phrase à entendre se révèle en France quelque peu inexacte. Si les Français sont 21 % à n’avoir pratiqué aucune activité physique en 2023, ce taux monte selon une étude à 41 % chez les plus de 50 ans. Ce sont donc 4 séniors sur 10 qui ne pratiquent pas de sport. Pourtant, selon cette même étude, 73 % d’entre eux ont déjà pratiqué une activité sportive au cours de leur vie.

Les raisons évoquées sont multiples : le manque de temps, les problèmes de santé ou une volonté qui faiblit avec l’âge. Pour pallier ces obstacles, recommandations gouvernementales et activités sportives adaptées s’allient afin de faire retrouver le goût du sport aux séniors.

Pratiquer une activité physique pour « améliorer l’équilibre et prévenir les chutes »

En France, plus de 26 % des 60 ans ou plus déclaraient en 2019 éprouver au moins une impossibilité ou beaucoup de difficultés pour une fonction physique précise (marcher seul 500 mètres sur un terrain plat ou monter ou descendre une douzaine de marches d’escalier sans aide).

Le gouvernement français prend le sujet de la réduction de la mobilité chez les séniors très à cœur. Il met à jour régulièrement des recommandations pour pallier cette question de santé publique. Dans celles-ci, on peut par exemple lire que « pour les personnes à mobilité réduite, il est conseillé de pratiquer, au moins trois fois par semaine, une activité physique visant à améliorer l’équilibre et à prévenir les chutes ».

Les médecins prennent ces recommandations très au sérieux, et encouragent les séniors à s’inscrire dans un club sportif, mais un obstacle subsiste : la peur chez les séniors de se blesser en pratiquant. Les personnes âgées s’orientent alors plutôt vers les sports pédestres, comme la randonnée ou la marche nordique, qui comportent moins de risques apparents.

Le gouvernement, lui, recommande de commencer lentement, puis d’augmenter progressivement pour réduire le risque de troubles musculo-squelettiques. Une façon originale de lutter contre ces risques fréquents est de marcher… à moitié immergé ! Le longe-côte, ou marche aquatique, est une pratique sportive encore inconnue du grand public que propose le club Alison Wave Attitude, à Mandelieu-la-Napoule.

Un aparté entre mer et montagne qui se développe chaque année depuis 2014, date à laquelle le club « a été l’un des premiers à se rattacher à la Fédération française de randonnée « , se souvient Sophie Chipon, présidente et fondatrice d’Alison Wave Attitude.

« L’idée qu’il y a des sports pour les vieux, c’est un angle d’attaque biaisé »

Elle combat les clichés sur l’offre sportive limitée pour les personnes âgées : « Les seniors peuvent faire de tous les sports. » En France, parmi les 118 fédérations sportives, certaines d’entre elles ont des déclinaisons sport-santé, comme la FFR. Elle ajoute que « l’idée qu’il y a des sports pour les vieux, c’est un angle d’attaque biaisé ».

Séniors ou non, les adhérents du club de longe-côte se réjouissent des bienfaits physiques particuliers de cette pratique : « La poussée d’Archimède permet au corps de se faire porter, on se sent moins lourd », explique Christine Piazza, l’une des cinq monitrices du club. Une sensation exacerbée dans la mer : « Dans l’eau salée, on est davantage porté. » Chantal Annonziata, monitrice et formatrice, ajoute que le froid ressenti « surtout en hiver », engendre certains effets thérapeutiques, par la cryothérapie. La température oscillait en janvier entre 11 et 18 degrés, de quoi « dynamiser et booster l’organisme ». « C’est mieux l’hiver parce qu’on est tout seuls », ajoute également tout sourire Marceline De Cortes, une autre monitrice du club.

Aujourd’hui, 12 000 « longeurs » (pratiquants du longe-côte) sont comptés dans la FFR, se réjouit Sophie Chipon. Une pratique qui tente de plus en plus, car au-delà des bienfaits physiques apportés par cette marche de trois à cinq kilomètres le long de la plage, le club permet de regrouper des « gens isolés ». Marie-Hélène Graziani, une autre monitrice, confie que « le club est devenu leur famille, ils partent parfois en vacances ensemble ».

Lutter contre l’isolement et resserrer les liens sociaux

Resserrer les liens sociaux entre personnes âgées est aussi un objectif de l’activité physique chez les séniors. « L’idée est d’aider les séniors à rester en bonne forme, mais aussi à avoir des relations sociales » et « lutter contre l’isolement et la solitude », explique Laurent Regné, directeur général de Cannes Séniors le Club. Le groupement intérêt public créé en 2002 – sous le nom Cannes bel âge, renommé en 2021 – propose de nombreuses activités à ses 6 300 adhérents. Parmi elles, 25 activités sportives : elles permettent aux 1 300 pratiquants de garder la forme et des liens sociaux, tout en « adaptant les sports à leur âge ». « Dès qu’un médecin voit [un sénior] isolé, il lui propose de venir vers nous », explique Laurent Regné.

Le jeudi, Cannes Séniors le Club propose un cours de taï ji quan à une dizaine de personnes. Christophe Dignat, le professeur – « ceinture noire de taï ji » –, explique que cette « pratique douce » permet aux séniors de travailler leur souplesse, leur respiration et leurs capacités de mémorisation. Sophie pratique depuis deux ans le taï ji. Elle explique : « Ça m’a aidé à arrêter de fumer. » Si elle a pratiqué dans le passé la danse ou la plongée, elle dit avoir trouvé le sport « parfait » pour elle.

L’objectif du taï ji quan est aussi de travailler l’équilibre. Les chutes sont en effet une réelle problématique : en France, environ une personne sur trois de plus de 65 ans et une personne sur deux de plus de 80 ans chutent chaque année. Ces chutes représentent la principale cause de traumatismes physiques chez les plus de 70 ans.

Individualiser en fonction des besoins et des capacités

« La chute des personnes âgées est un problème de santé publique. » Martine Rallo s’est donnée pour mission de travailler l’équilibre des séniors. Cette ancienne enseignante à la faculté des sports de Nice a créé avec son mari son club (Gym Dante) en 1995 et en est aujourd’hui la directrice technique. Gym Dante propose, à côté de marches nordiques et de renforcement musculaire, plusieurs cours de gymnastique destinées aux séniors, qui représentent entre 40 et 60 % de ses adhérents.

L’objectif de ces cours : « Travailler l’équilibre, la mémoire, et renforcer musculairement », explique Martine. Selon elle, la clé est dans la personnalisation des cours : « Il faut individualiser en fonction de chaque parcours, car certains ont des prothèses aux hanches ou aux genoux, d’autres ont des pacemakers. » C’est pourquoi les cours ne dépassent pas 15 adhérents. Martine Rallo affirme aussi que la « régularité est la clé » du maintien en bonne forme, « parce qu’à cet âge on perd très vite ».

Quels sont les bienfaits du sport sur la santé des séniors ?
Sylvain Lafont, coordinateur de la maison sport-santé Vitaé à Cannes.

Une activité physique régulière, c’est :
– 30 minutes d’activité physique par jour à intensité modérée ;
– du renforcement musculaire deux fois par semaine (membres inférieurs et supérieurs et gainage du tronc) ;
– des étirements une fois par semaine.

Attention : La pratique du sport comporte toujours des risques, il faut d’abord demander à son médecin s’il y a des contre-indications.

Les bienfaits du sport quand on est âgé :
– ralentit grandement la sarcopénie (phénomène naturel de perte de muscles liée à l’âge) ;
– ralentit les pertes cognitives et de l’équilibre ;
– permet d’être plus à l’aise pour faire des tâches quotidiennes (vider le lave-vaisselle, arroser son jardin…) ;
– améliore la santé émotionnelle et engendre une meilleure estime de soi, en particulier lors de sports de groupe, peu importe sa taille ;
– permet une meilleure gestion des émotions.

Selon une étude de l’Institut CSA, 69 % des séniors (50 ans et plus) ont peur de se blesser en faisant du sport. Selon Sylvain Lafont, « le rapport bénéfice-risque d’une activité physique régulière sera toujours au profit du bénéfice ».

L’effet de l’activité physique sur la santé des séniors n’est pas négligeable. Pratiquer une activité physique équivalente à 1 h 30 de marche permet, selon l’Inserm, de réduire de 30 % le risque de mortalité chez les plus de 65 ans.

« Le sport, avec un bon dosage, va soigner la personne », explique Sylvain Lafont, coordinateur de la maison sport-santé Vitaé à Cannes. En France, il est possible aujourd’hui de se faire prescrire du sport comme « activité thérapeutique non médicamenteuse ». On parle alors d’activité physique adaptée (APA) : un programme de sport qui vise à soigner certaines pathologies, comme affections de longue durée ou les maladies chroniques.

Ce dispositif profite en grande partie aux séniors, plus atteints par ces problèmes de santé. Mais il n’est pas remboursé par l’Assurance Maladie : la valeur de l’ordonnance du médecin n’est donc dans la pratique que « symbolique ». La maison sport-santé Vitaé à Cannes, dont Sylvain Lafont est le coordinateur, est l’un des premiers interlocuteurs après la prescription d’APA : « Le médecin est rarement un spécialiste du sport », explique Sylvain Lafont. Il revient donc à ces maisons sport-santé et aux professionnels des sports qui y travaillent, partout en France, d’aiguiller les personnes vers les sports les plus adaptés à leur situation médicale.

Paul HETTÉ & Victor POMMATAU
édité par Evan MALOD

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