Le nageur français, multimédaillé, témoigne sur l’importance du suivi psychologique pour les athlètes. Présent à Paris 2024, Marc-Antoine Olivier revient sur l’importance de la santé mentale pour performer.

« Le stress, ça peut me faire perdre une course même si je suis prêt physiquement, donc c’est hyper important d’en parler », confie Marc-Antoine Olivier. Si le sportif n’est pas particulièrement anxieux, il reconnaît avoir besoin d’un accompagnement pour mieux gérer la pression. « Le problème, c’est que si j’en parle, on me prend souvent pour quelqu’un de pas bien dans ma tête », déplore-t-il.
En France, solliciter un psychologue est encore aujourd’hui tabou. Pour la première fois dans l’histoire des Jeux olympiques, un espace dédié au bien-être psychologique des athlètes a été mis en place. Une nouveauté inscrite dans la feuille de route de Paris 2024 établie par l’Agenda olympique 2020.
Parmi toutes les indications du document, la recommandation 18 : « renforcer le soutien aux athlètes ». Pour Marc-Antoine Olivier, cette aide est une bonne initiative, même s’il n’en a pas profité : « J’habitais à Roland-Garros, donc je suis allé au village une ou deux fois, et si j’en ai besoin, j’ai déjà ma psychologue ».
« Le corps peut être prêt, mais pas la tête«
Le nageur consulte régulièrement sa psychologue avant, pendant et après les compétitions. « Nous avons toujours besoin d’aide, ce n’est pas une honte ». Durant le championnat, il se prépare mentalement à fournir un effort continu de deux heures – le temps moyen pour parcourir dix kilomètres en eau libre. « Même si je m’entraîne physiquement, le corps peut être prêt, mais pas la tête ».
Hors de l’eau, Marc-Antoine Olivier sollicite aussi une aide pour sa vie quotidienne. « Gérer les problèmes familiaux et aussi les manques de partenaires et de budget, c’est stressant ! ». La natation en eau libre est un sport peu médiatisé et une source d’angoisse au quotidien. Les athlètes ne sont pas officiellement reconnus comme « sportifs professionnels ». Leur fédération ne les aide donc pas pour trouver des financements et payer les frais. Ce sont les compétitions qui leur permettent de gagner de l’argent en fonction de leur performance. « C’est pour ça que le mieux est d’être accompagné au maximum par une psychologue pour tenir et passer les coups de mou », insiste-t-il.
L’anxiété et la dépression sont les deux troubles les plus observés chez les sportifs de haut niveau, selon Laurent Dalard, membre du comité international olympique (CIO). Si aujourd’hui Marc-Antoine Olivier en parle librement, ce n’était pas le cas au début : « Il y a cinq ans, si j’avais dit que j’étais suivi par une psy, on m’aurait pris pour un fou. »
Horizon Los Angeles 2028
« Chaque personne a besoin d’une aide différente et notre besoin évolue. Je remarque que ce dont
j’avais besoin à 18 ans, ce n’est plus la même chose que ce que je demande aujourd’hui à 28 ans ». Marc-Antoine Olivier est un compétiteur et sollicite beaucoup sa thérapeute pendant les entraînements : « Ce qui me fait vivre, c’est la compétition ! C’est dur d’être au quotidien à l’entraînement et de me lever tous les matins à six heures pour aller dans l’eau ». Sa psychologue l’aide à trouver des solutions et à trouver la motivation. Une nécessité si le sportif veut gagner des courses.
Lors des Jeux olympiques de Paris 2024, il est arrivé septième, son plus mauvais classement qu’il explique par un manque de préparation. Marc-Antoine Olivier compte intensifier sa préparation pour viser le podium à Los Angeles 2028, ses derniers JO : « C’est maintenant que j’ai besoin d’aide, il faut tout donner. »
Thierry MAIZ
édité par Léna JAUZE
