Djazia Satour : « La musique n’est pas qu’un divertissement »

En concert au théâtre Alexandre III le 6 mars dernier, Djazia Satour à transporté le public des Jeudis du Jazz. Un mélange de style dans lequel s’entremêlent performances musicales et engagements politiques.

Djazia Satour utilise utilise des instruments traditionnels algériens pour accompagner sa performance. Photo Léna Jauze

Sous une lumière tamisée, oscillant entre nuances bleutées et orangées, Djazia Satour a chanté, accompagnée de Pierre-Luc Jamain. Avec l’une aux percussions et l’autre au piano, leur musique mêle chants en arabe et sonorités modernes. Le piano semble même parfois répondre à la chanteuse dans un jeu de question-réponse. Le public s’emporte, chacun sa boisson en main. À la fin du premier morceau un homme s’exclame « C’est génial ! ».

La scène baigne dans une atmosphère feutrée, un nuage de fumée flotte au-dessus des spectateurs, renforçant le caractère intimiste de la soirée. Lorsque le deuxième morceau débute, plus entraînant, presque une valse, l’énergie du public s’amplifie. Le piano et la percussion semblent fusionner, donnant parfois l’impression que l’instrument chante lui aussi.

Mais loin d’être un simple concert, la performance de Djazia Satour se transforme en manifeste. Elle aborde des sujets brûlants : la guerre, l’oppression, les peuples sous les décombres et sous des tentes de fortune. Dans le titre Liberté, elle demande si cette dernière n’est pas seulement un conte pour adulte.

Un engagement ancré dans son histoire

« La musique n’est pas qu’un divertissement », affirme-t-elle plus tard. « Elle peut transmettre, au-delà du strict message musical, ce qui nous tient à cœur. » Un hommage particulier a été rendu à Gaza, un passage accueilli par des applaudissements nourris. « Ce n’est pas le premier génocide colonial de l’histoire », a-t-elle lancé avant d’interpréter une chanson porteuse d’espoir.

Arrivée en France dans les années 90, Djazia Satour grandit à Grenoble, bercée par une adolescence musicale éclectique. Après plusieurs collaborations avec différents groupes, elle a lancé un projet en duo avec Pierre-Luc Jamain, une aventure qui l’a menée en tournée pour partager son dernier album Aswât, « Des voix » en arabe. Elle explique, « pour moi, cet album est une photographie de nous ».

« Un artiste qui écrit, qui compose, qui cherche à exprimer son for intérieur est forcément traversé par plusieurs styles musicaux et influences », explique-t-elle. Mais au-delà de la musique, son engagement est profondément personnel : « Je suis algérienne et très sensible à tout ce qui touche à la colonisation. Mes parents, mes grands-parents l’ont vécue, alors forcément, cette question entre en résonance avec mon histoire. »

Une artiste qui divise, un message qui résonne

Si son concert a touché de nombreux spectateurs, il a aussi suscité des réactions contrastées. Certains saluent son audace : « Il y a des causes très actuelles qui méritent d’être défendues ». D’autres, en revanche, préfèrent se concentrer uniquement sur la musique : « J’ai adoré, c’était super, mais je fais abstraction de ça. Je suis venu voir l’artiste, pas écouter des discours politiques. »

Pourtant, Djazia Satour affirme que les artistes ont un rôle dans la transmission de messages essentiels : « C’est aussi à nous de véhiculer des choses, des idées. Je n’ai pas la prétention d’avoir un discours politique au sens strict, mais j’essaye de transmettre une sensibilité. »

Cet engagement n’est pas toujours sans conséquences. « Depuis le 7 octobre, je ressens une résistance et une réticence dans le milieu par rapport à ce que je peux dire. » Pourtant, loin de se censurer, elle affirme au contraire : « Plus je sens de réticence, moins je me censure ». Qu’on adhère ou non à son engagement, une chose est sûre : Djazia Satour ne laisse personne indifférent.

Léna JAUZE
édité par Maxime ZULIAN

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