Eau-delà du paddle : quand le handicap ne compte plus

L’association Eau-delà du paddle, créée en 2023 à Aix-en-Provence, révolutionne l’accès à ce sport pour les personnes en situation de handicap. Avec des planches adaptées, la structure offre à tous la chance de glisser sur l’eau.

Anthéa, 80 ans, est en compagnie de sa fille pour sa première séance de handipaddle de l’année. Photo Louis Béasse

« C’est ma mission de vie : rendre accessible le paddle à tout le monde », résume Pascale Mahé, présidente de l’association Eau-delà du paddle. Créée en 2023, elle garantit à des personnes en situation de handicap de pouvoir s’initier au paddle grâce à des planches innovantes à Aix-en-Provence, mais aussi à Cannes.

La création de l’association

« Le handicap est arrivé dans ma vie en 2002, lorsque j’ai eu mon premier enfant, atteint d’une maladie invisible, un diabète de type 1 », raconte Pascale Mahé. « Pendant quatre ans, de 2015 à 2018, j’étais présente dans l’association Bleu association diabète enfant (Blade). Un jour, j’ai emmené mon fils et des personnes de Blade faire du paddle. J’ai vu dans leurs yeux du bonheur, et j’ai compris que je devais agir pour donner le sourire aux personnes en situation de handicap. »

L’association aixoise organise régulièrement des séances sur la handiplage de Cannes. « C’est une réelle chance d’avoir une plage accessible à tous », se réjouit Pascale Mahé. En France, il n’en existe que six, dont la grande majorité sont présentes sur la Côte d’Azur. Avec une rampe d’accès, et des infrastructures spécifiques, Pascale Mahé peut organiser de la meilleure des façons ses séances : « la problématique de l’accessibilité est souvent une question qui m’est posée lors des réservations. Cette plage est un réel atout ».

Le paddle est considéré comme l’un des sports nautiques les plus simples. Pas besoin de surfer, ni de nager. Il suffit de pagayer, assis, debout ou même allongé. « Il n’est pas nécessaire d’avoir des capacités spécifiques pour le pratiquer », précise Pascale Mahé. « Mon association contribue à ce que tout le monde puisse exercer ce sport, quel que soit son niveau ou son handicap. C’est en cela que le paddle est vraiment le sport nautique le plus accessible. »

Des planches produites au Québec

« Nos planches viennent d’une entreprise basée au Québec, Do sport », rapporte-t-elle. « Il y a très peu d’entreprises fabriquant ce matériel adapté. Je l’ai découvert lors d’un voyage au Québec. » Rendre ce sport accessible, c’est d’abord repenser l’équipement. Do Sport relève ce défi au quotidien en concevant des planches innovantes. « Il y a comme un encaveur qui fait que les roues sont bloquées par l’angle qui remonte et qui descend en avant et en arrière des roues », détaille Dominique Vallée, présidente de Do Sport sur la fixation du fauteuil à la planche. L’entreprise a aussi pensé le produit dans ses dimensions pour pouvoir placer le fauteuil : « le volume de nos planches est quand même important, et cela permet d’avoir quelqu’un à l’arrière pour pagayer et soutenir si besoin ».

« Je me sens en sécurité »

L’enjeu principal était avant tout la sécurité. « Les flotteurs présents à l’avant et à l’arrière sont ajustables aux besoins de la personne et de ses besoins de stabilité. Par exemple, la personne souhaite avoir beaucoup de stabilité, on va élargir, allonger l’axe entre les deux flotteurs pour qu’ils soient plus éloignés l’un de l’autre. »

« La première fois que je suis montée sur un paddle, j’étais sceptique. Je pensais que j’allais tomber », se souvient Anthéa, 80 ans, grande habituée de l’association. « Avec les flotteurs, je ressens les vagues, mais je sais que je ne vais pas tomber. Je me sens en sécurité. »

« Les personnes en situation de handicap sont généralement réticentes à l’idée de pratiquer le paddle, car elles pensent que c’est réservé aux valides », analyse la présidente de l’association. « J’ai remarqué au fil des années que l’océan leur paraît inaccessible et dangereux. Mais une fois sur la planche, je vois en eux un sourire et des étoiles dans les yeux. »

« Je ressens de la liberté »

Il y a dix ans, Thierry Melano, un habitué, a été victime d’un sévère accident : « j’étais en scooter, je tournais à droite et j’ai percuté une voiture à l’arrêt ». À la suite de cet accident, le Cannois a eu des séquelles importantes : « j’ai perdu la mobilité de mes membres du côté droit, que j’ai progressivement récupérée. Je peux de nouveau marcher ».

« Quand je suis sur un paddle, je me sens bien, normal et je n’ai pas l’impression d’être jugé », confie-t-il. Ce sentiment est partagé par tous les participants. « Je ressens de la liberté », confirme l’octogénaire. « Quand je vois ma maman sourire, rire et s’amuser, je ne peux qu’être heureuse », s’enthousiasme Nathalie, la fille d’Anthéa. Réunies sur l’eau, autour d’un paddle, sans aucun jugement de qui que ce soit. C’est l’esprit d’Eau delà du paddle.

Denise est l’une des personnes les plus iconiques de l’association. Elle a souhaité fêter son anniversaire sur une planche. Et pas n’importe lequel… ses 99 ans ! « C’est incroyable ! Je ne pensais pas pouvoir flotter sur l’eau un jour, je n’étais jamais allée dans la mer auparavant », s’est émue Denise.

Un défi majeur

Pour la dixième édition du Paddle Raid, du 10 au 17 mai, plusieurs trios tenteront de relever le défi de rejoindre Calvi en Corse au départ de Saint-Raphaël. Pour une distance de 190 kilomètres. Parmi les équipages, celui de Pascale Mahé sera à suivre de près. Il sera composé, pour la première fois depuis la création de l’événement, de trois personnes en situation de handicap.

« Cela fait plusieurs années que je travaille à la création d’une équipe composée d’au moins une personne en situation de handicap », explique Pascale Mahé. « Cette année, j’ai fait le choix de présenter une équipe composée uniquement de personnes non-valides pour leur prouver que le handicap n’empêche pas de réaliser des choses formidables. »

Une organisation différente

Dans la construction de la traversée, l’équipe s’organise sous forme de relais de deux heures. De jour comme de nuit, l’ensemble des équipages doivent rester groupés. Un semi-rigide et des bateaux les accompagnent durant l’entièreté du parcours. « Les non-valides sont généralement moins rapides et s’épuisent plus rapidement », souligne Pascale Mahé. « Pour cette année, le trio que j’ai formé devrait pouvoir s’organiser comme il le souhaite. Les autres équipes ne seront pas obligées de rester à notre contact. »

Louis BEASSE

édité par Fleur DESCHEEMAKER

Laisser un commentaire