Christian Deflandre est cartophile. En 2000, il transforme son hobby en un véritable musée à Antibes. Il partage son amour pour ces objets chargés d’histoires.

« À 18 ans, j’ai attrapé un virus », raconte Christian Deflandre, collectionneur de cartes postales, originaire de la région parisienne. « Un jour, au marché aux puces, une carte a attiré mon regard. J’y ai découvert un éditeur et plusieurs numéros. Immédiatement, j’ai voulu compléter la collection. Quand j’ai demandé le prix, c’était dix centimes d’anciens francs, presque rien. Et depuis, ce hobby ne m’a plus quitté », poursuit-il. Cette passion s’est rapidement métamorphosée en une obsession dévorante. « À partir de là, il existe deux catégories de collectionneurs », note-t-il. « Certains sont très secrets et cachent tout chez eux. D’autres, comme moi, partagent leurs connaissances », souligne-t-il. Cette conviction, une fois à la retraite, l’a conduit à fonder le Musée de la carte postale à Antibes.
Pour Christian Deflandre, la carte postale est bien plus qu’un simple souvenir éphémère : « C’est un trésor documentaire extraordinaire. Avant 1914, c’était un témoin visuel d’une époque à laquelle la presse écrite ne publiait pas de photographies ». « C’est comme un fruit que l’on presse pour en extraire le jus », poursuit-il. « Même la carte la plus banale nous raconte une histoire. Elle a été choisie avec soin par quelqu’un, pour une autre personne, qui a pris un instant pour penser à elle. » Pour lui, nous aimons les cartes postales pour plusieurs raisons. « Pour l’image représentée, c’est la valeur artistique. Pour la photo, c’est la valeur documentaire. Et, surtout, pour la personne qui vous l’a envoyée, c’est la valeur sentimentale », affirme-t-il. Christian rêve pour ses visiteurs : « Je voudrais qu’ils aient passé un agréable moment, qu’ils aient ri, car il y a beaucoup de cartes humoristiques. Et surtout, qu’ils repartent avec un peu plus de connaissances, enrichis par chaque commentaire ».

Une quête infinie
Pour enrichir sa collection, Christian Deflandre arpente régulièrement les marchés aux puces. « En France, de nombreux clubs organisent des bourses aux cartes postales une fois par an, pendant lesquelles collectionneurs, marchands professionnels et passionnés se rencontrent pour vendre, acheter et échanger », raconte-t-il. Parmi les milliers de cartes qu’il possède, certaines sont devenues des objets de quête. « J’ai cherché la carte poste de radio pendant dix ans, et je l’ai finalement trouvée chez un autre collectionneur », confie-t-il, un brin de fierté dans la voix. « Elle ressemble à une carte postale classique, mais avec des sillons comme un disque. Il suffit de la gratter avec un pic pour entendre un extrait radio. C’est une invention incroyable, un mélange entre souvenir et technologie rétro. »
« Et puis, il y avait cette carte complètement folle, destinée à faire des ronds de fumée. Je l’ai dénichée dans un petit lot. Comme quoi, parfois, le hasard fait bien les choses », ajoute-t-il, un sourire malicieux aux lèvres. « Elle a un petit trou au centre, pile à la bonne taille, et quand nous soufflons de la fumée de cigarette à travers, ça fait des ronds parfaits. C’est un gadget totalement improbable, mais ça la rend géniale. »
Un avenir incertain
Mais aujourd’hui, tout a changé. « L’avenir des cartes postales est fichu », constate Christian Deflandre. « Les jeunes ne savent même plus ce qu’est une lettre. Si vous demandez à un enfant de 14 ans d’écrire à ses parents, il vous regardera comme si vous veniez d’un autre siècle », déplore-t-il. Pourtant, dans son regard malicieux, une lueur d’espoir persiste. Lorsqu’il s’adresse aux jeunes générations, il a toujours cette touche d’humour : « Faites la cour avec des cartes postales ! C’est tellement décalé, tellement hors du temps. Croyez-moi, envoyer une jolie carte avec un texte soigné, c’est bien plus touchant que n’importe quel message numérique ».
Margot LEMOINE
édité par Ambre COUTEL
