La folle ascension des small business de la mode

La création de small business dans la mode est un phénomène en pleine expansion. Ce sont de petites entreprises, souvent gérées par une seule personne. En Provence-Alpes-Côte-d’Azur, ils sont nombreux à s’être lancés dans ce projet ambitieux, ces dernières années. Encore jeunes, ils parviennent à mener une entreprise à eux seuls.

Tee-shirt de la première collection Scandal, la marque de Kylian N’sumbu – Deleener. Photo A. R.

Les small business sont de plus en plus nombreux en France. Selon l’Institut national des statistiques et des études économiques (Insee) 667 400 micro-entrepreneurs ont été recensés sur le territoire en 2023. Un statut propre à chaque entreprise gérée par une seule personne. 

Parmi eux, des jeunes se lancent dans la création de marques de textile. Emma Thomas vient tout juste de créer Placetocop en 2024. « Mes créations sont largement inspirées de ma ville d’origine : Marseille », explique la créatrice. En juin 2024, Kylian N’sumbu-Deleener développe aussi sa marque de vêtements : Scandal. « Après un an en école de design à Nice, j’ai pris une année sabbatique pour mûrir mon projet », raconte-t-il. Son idée : « concevoir des produits en proposant des coupes originales et des designs maximalistes ».

La plupart des small business vendent leurs produits sur des sites Internets. C’est le cas de Kylian N’sumbu-Deleener : « Je fonctionne en système de drops. C’est-à-dire que je mets en ligne mes produits à des dates précises, puis les clients passent commande. Étant donné que je suis indépendant, ce fonctionnement est le plus rentable pour moi. Cela me permet de faire ce que je veux à mon rythme ». Le jeune homme a peaufiné son modèle économique. La marque Scandal est disponible sous forme de précommande des consommateurs. Les vêtements sont confectionnés en fonction de la demande. Les clients reçoivent leurs produits quelques semaines après les avoir achetés. 

Un business qui se développe en ligne 

Selon la Fédération de l’e-commerce et de la vente à distance (Fevad), le secteur de la vente en ligne a dépassé les 129 milliards d’euros en 2021. Il a connu une hausse de 15,1 % contre 8,5 % en 2020. Emma Thomas, de Placetocop, propose aussi ses pièces sur Internet. Elles sont disponibles sur son site. « Honnêtement, de nos jours, vendre en ligne, c’est ce qui marche le mieux et ce qui coûte le moins cher », affirme-t-elle. 

Le marketing de ces marques passe essentiellement par les réseaux sociaux. « Je communique surtout sur TikTok. Cela m’a permis de percer sur Internet », raconte le créateur de Scandal. Le réseau social chinois est le plus utilisé par les jeunes, public ciblé par ces marques émergentes. C’est le troisième réseau social le plus visité chaque jour par les 15-24 ans avec 3,4 millions de visiteurs uniques selon Médiamétrie. « L’algorithme permet de donner de la visibilité à des personnes qui n’en ont pas », abonde l’entrepreneuse marseillaise. « Je lance ma campagne en juillet 2024 sur les réseaux sociaux. Je mise tout sur la communication pour me développer ». Ces entrepreneurs se forment seuls. La plupart lancent leur projet en parallèle de leurs études. « Je suis en immobilier en alternance. J’ai aussi un job étudiant le soir et le week-end », explique Emma Thomas.

Un pari risqué 

« Pour la petite anecdote, au moment de vraiment me lancer, j’ai dû choisir entre mon loyer et le prototype d’une de mes pièces », se remémore Kylian. « J’ai choisi mes pièces. À seulement 19 ans, s’autofinancer peut être un défi complexe. »

Après des débuts généralement incertains, certains small-business parviennent à être lucratifs. « Aujourd’hui, après presque un an, ma marque est rentable », comptabilise Emma Thomas. Mais leur rentabilité est souvent relative. « L’argent que je gagne me sert surtout à réinjecter des fonds dans ma marque pour la développer », enchaîne Kylian. Dix mois après la création de sa marque, il se réjouit : « J’ai commencé à être rentable il y a peu. Une fois les 10 000 euros de chiffre d’affaires dépassés ». 

Avec peu de fonds, ils doivent s’en sortir sans employé. « Mes amis sont mes mannequins« , sourit Kylian N’sumbu-Deleener. « Ils m’aident pour mes shootings photos. » Bien que ces jeunes entreprennent seuls l’aventure, ils peuvent s’appuyer sur leurs proches pour le bien de leur entreprise, mais aussi pour tenir le coup moralement. « J’ai des amies très disponibles pour moi, elles me soutiennent énormément. Cela me motive », raconte la créatrice marseillaise. 

Un début plein de rebondissements pour Scandal

« Il y a quatre ans à peu près, j’ai voulu créer Scandal. Comme cela, un peu du jour au lendemain. J’ai toujours été créatif », raconte Kylian N’sumbu-Deleener. Inspiré par les collections de la marque de vêtement Suprême, il lance la sienne à seulement 19 ans. À l’aide d’un début de formation en école de design, laquelle lui donne les bases pour maquetter ses produits. « Pendant quatre ans, je me suis entraîné, je faisais mes croquis sur papier. Puis, j’ai investi dans une tablette graphique », détaille-t-il. 

Kylian N’sumbu-Deleener pose pour sa première collection avec ses amis. (Photo A. R.)

En mars 2024, le jeune créateur sort sa première pièce. « Ma copine m’a aidé dans la création de mon tee-shirt », se remémore Kylian N’sumbu-Deleener. Une pièce dont il n’est pas vraiment satisfait. « C’était une collection test pour débuter. Elle était clairement perfectible et j’en étais conscient. » Il lance son premier vrai drop, en juin dernier, et fait face à des difficultés financières. « Au début, c’est compliqué de trouver des fonds. Je pouvais compter sur mon travail dans une boutique de vêtement », avance le jeune niçois. Ces difficultés n’entament pas pour autant l’envie effrénée du créateur. Il a pour projet d’ouvrir un magasin éphémère à Nice l’été 2025. 

Emma AZALBERT & Juliette GUIBERT
édité par Maxime ZULIAN

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