Le sport : une thérapie contre la dépression et les addictions

Face au mal-être en France, Dorian Martinez, Gautier Barbotin et Asier Herrero ont trouvé, en 2025, une échappatoire dans le sport. Bien plus qu’une simple activité, il leur a offert un cadre, une discipline et un nouveau souffle pour avancer.

En moyenne 33% des habitants de Provence Côte d’Azur et en Corse pratiquent au moins 3 activités sportives, soit 3 points de plus que la moyenne nationale, selon l’INJEP. Photo N.T.

« J’étais alcoolique, drogué et fumeur avant même d’avoir 18 ans », se remémore Dorian Martinez. Le Vidaubannais a longtemps souffert de cette spirale destructrice. « Je ne parvenais pas à me passer de ces substances. J’en étais addict et j’en culpabilisais énormément. Pire encore, je me sentais incapable de tout », confie-t-il. À l’approche de ses 19 ans, il fait le bilan et assure : « Le sport m’a sauvé ».

20 % des 18-24 ans sont concernés par la dépression. Ces chiffres, avancés par Santé publique France, inquiètent jusqu’au sommet de l’État. En 2025, le président de la République a fait de la santé mentale une priorité nationale.

À l’origine du mal, souvent un manque de pratique sportive mêlé à des problèmes de scolarité et familiaux. Bien souvent, dans ces situations, l’inactivité et le repli sur soi prennent le dessus sur l’ouverture et la dépense physique. Un paradoxe responsable de maux mentaux et de troubles psychiques qui aggravent le mal-être d’une génération pourtant censée être la plus réceptive à son meilleur remède : le sport.

Un vecteur de résilience

« Le cerveau est un muscle qu’il faut entraîner face à la procrastination », soutient Émilie Montroucy, psychologue et psychothérapeute. La Cannoise en est convaincue : « Le sport est un substitut très efficace pour sortir d’un cercle vicieux de mal-être et, en particulier, pour lutter contre les addictions ».

Autrefois concerné par ces problématiques, Dorian Martinez témoigne de sa rédemption : « J’ai commencé la musculation pour construire mon corps. Il ne me plaisait pas du tout et me faisait perdre confiance en moi. Les résultats sont rapidement apparus, mais se sont heurtés au frein que représentaient mes addictions à l’alcool, à la cigarette et à la drogue, ainsi qu’une mauvaise alimentation et un rythme de vie dégradé ».

« J’ai alors été contraint, dans le meilleur sens du terme, d’arrêter toutes ces choses pour continuer ma progression physique. C’est certain, la musculation m’a donné les armes mentales nécessaires pour rejeter mes addictions et les a remplacées », explique le jeune homme. Un véritable déclic, selon lui.

« Lorsque nous faisons du sport, surtout au-delà de 40 minutes, notre cerveau sécrète des hormones liées au bien-être », explique Émilie Montroucy. Parmi celles-ci, la dopamine : « Souvent retrouvée dans les addictions, le sport est un moyen sain pour l’Homme de la libérer ».

Une issue face aux troubles psychiques

La dépression est une maladie rarement décelée chez les plus jeunes. Chez les adolescents et néoadultes, elle résulte le plus souvent de problèmes scolaires et familiaux. Gautier Barbotin, ancien étudiant, connaît depuis plusieurs années des vagues dépressives. Âgé de 21 ans, le Caennais a traversé plus d’une épreuve. « Il y a d’abord eu le décès de ma mère. Ensuite, mes études en alternance ne me plaisaient absolument pas et la pression familiale n’a pas aidé. Enfin, j’ai connu une rupture amoureuse d’une relation de longue date. Cela m’a beaucoup impacté, sans que je ne m’en rende compte sur le moment. »

Dorian Martinez s’est créé une vraie passion pour le sport, étudiant la bio mécanique autant qu’il la met à l’épreuve. Photo N.T.

Un parcours difficile qui, en quelques années, a laissé des traces. « Au début, j’étais dans le déni. On s’imagine que c’est de la fatigue ou bien une baisse de motivation, que le temps suffira de remède, mais les choses n’ont fait qu’empirer », raconte-t-il.

« Réprimer ses émotions engendre la plupart du temps du cortisol, une hormone
responsable du stress, de maladies et de troubles psychiques tels que la dépression », explique Émilie Montroucy. Le Normand se lance alors dans un nouveau sport : l’escalade.

« Pendant les fêtes de fin d’année, j’avais encore le moral au plus bas », confie-t-il. « J’ai quand même progressé et atteint mes objectifs en cette période, ce qui m’aidait grandement psychologiquement. Il y a une importante satisfaction à se sentir progresser dans quelque chose. J’y trouve aussi de la confiance qui m’a souvent manquée », nuance le jeune homme. Un environnement sain, propice aux rencontres, dont il veille à ne pas dépasser les limites pour en préserver les bienfaits : « J’évite de me fixer des objectifs trop ardus. Le but n’est pas non plus de mal digérer des échecs. Je fais également attention à ne pas tomber dans l’overdose pour garder le côté privilégié de ces sorties ».

Se structurer grâce au sport

« Avant de commencer le sport, je ne faisais rien de mes journées. Je n’étais pas forcément triste, mais je me sentais perdu, incapable d’avancer », confie Asier Herrero, 19 ans. Il passait ses journées à errer, sans véritable but ni motivation. « J’avais du mal à me lever le matin, je me couchais tard, et je repoussais constamment ce que j’avais à faire ». C’est d’abord un complexe physique qui pousse le Bayonnais à pousser les portes de la salle de sport. Il souhaite dans un premier temps changer son apparence. « Je n’aimais pas mon corps. J’ai pris un coach, suivi un programme précis, je voulais des résultats ». Dès le départ, il s’investit à fond, s’imposant une rigueur militaire.

« Le sport oblige à structurer ses journées, c’est une discipline qui s’apprend et qui s’ancre dans le quotidien », explique Émilie Montroucy. La psychologue souligne l’importance d’avoir un cadre clair : « L’inactivité nourrit la procrastination. Se fixer une routine sportive, c’est s’imposer un premier repère, un rendez-vous concret avec soi-même ».

Asier en a fait rapidement l’expérience. « Savoir que j’ai ma séance de sport dans la journée me donne un but. Je devenais plus actif, plus organisé, et surtout, j’avais enfin l’impression de faire quelque chose de ma vie », confesse-t-il. Le Castillan réalise que cette habitude dépasse la simple activité physique : « Quand tu tiens une discipline dans un domaine, tu apprends à l’appliquer ailleurs. Aujourd’hui, je procrastine beaucoup moins ». « Le cerveau fonctionne par association », précise Émilie Montroucy. Elle poursuit : « Quand nous commençons à nous imposer une rigueur quelque part, comme dans le sport, cette dynamique se transfère progressivement dans d’autres aspects du quotidien ».

Un chemin plus qu’un objectif

Le sport est un levier puissant, mais chacun avance à son rythme. Dorian, Gautier et Asier ont trouvé leur propre voie. L’important n’est pas la performance, mais le premier pas. Émilie Montroucy insiste : « Je ne force jamais mes patients à faire du sport. C’est une invitation. Cela doit être une volonté saine de se dépasser et non devenir une source d’anxiété supplémentaire ». Inutile de viser un entraînement intense pour en ressentir les bienfaits. « Le plus difficile est de se lancer, comme donner un premier coup de pédale sur un vélo. Mais une fois le mouvement enclenché, tout devient plus fluide », rappelle Géraldine Bailleux, psychologue libérale depuis sept ans à Cannes. « Marcher 15 à 20 minutes dehors est déjà un très bon début. En plus, cela permet de profiter de la lumière naturelle et des bienfaits du soleil, surtout dans notre région. » Dorian Martinez en est convaincu. « Il y a deux ans, je rêvais d’avoir une baguette magique pour me transformer d’un coup. En réalité, ce qui compte, c’est le chemin parcouru et non seulement le résultat final. Aujourd’hui, je suis fier de ce parcours et de ce qu’il m’a apporté », conclut-il plein d’espoir.

Nathan THISLAIR
édité par Evan MALOD

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