Quartiers Nord de Marseille : vivre avec la pollution, une habitude normalisée

Sur les hauteurs de Marseille, dans les quartiers défavorisés, la pollution est un « autre » problème parmi tant d’autres. Quoi qu’il en coûte, la municipalité fait la sourde oreille tandis que des associations de riverains se battent.

Le grand port maritime de Marseille, près de la Forme 10, sur le chemin du Littoral, quartier Saint-André, le 5 mars. Photo F.D.

C’est en prenant par la A7, pour venir jusque dans le quartier de Saint-André, que ces deux bras viennent surplomber le paysage. Les bars d’immeubles paraissent bien bas face à ces mastodontes de la logistique maritime du Grand Port maritime de Marseille (GPMM). Auxquels s’ajoutent les panaches de fumée qui noircissent le ciel, les jours durant lesquels le mistral tombe. Dans les quartiers Nord de Marseille (Bouches-du-Rhône), la pollution n’est qu’un détail sur un tableau déjà noir : peu d’accès aux services publics, aux transports… « À force de vivre dans la pollution, nous n’y faisons même plus attention. Nous ne la sentons même plus », détonne un cuisinier du traiteur La Table de Cana qui souhaite rester anonyme. Résident depuis huit ans sur Marseille, il poursuit : « Heureusement que nous avons la mer, le soleil pour nous faire rester. Le mistral, lui, vient balayer la fumée ».

Tout a commencé avec l’autorisation délivrée en 2017 pour l’exploitation d’une activité de réparation navale. La forme 10 – une cale sèche qui permet de réparer des navires commerciaux – est venue reconfigurer l’espace. Elle s’étale sur tout l’accès à la mer.  Barrières, caméras, c’est un véritable château fort que les riverains ont interdiction de franchir. « C’est le troisième plus grand chantier de réparation navale au monde donc il y a beaucoup d’argent en jeu », détaille Antoinette Gomis, salariée en logistique. Pour cause, le port pèse, à lui seul, 225 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Il est le poumon économique de la ville et est un gros pourvoyeur d’emplois avec 42 000 salariés dans le secteur industrialo-portuaire de Marseille-Fos, selon les chiffres de l’Insee en 2019. Mais ici, la forme 10 qui se situe entre l’Estaque et le quartier de Saint-André, emploie et externalise sa main d’œuvre. « Ce sont des sans papiers qui travaillent. Ils sont philippins, italiens », remarque Atia, habitant depuis dix-huit ans à Saint-André. « C’est un lieu exempt de réglementations… », lâche-t-il.

« Cela ne s’arrête jamais, même la nuit »

Le bruit est, quant à lui, constant. « Cela ne s’arrête jamais, même la nuit. Ils continuent leur travail. C’est 24 heures sur 24 », poursuit-il. Les grosses grues soulèvent les conteneurs en pleine soirée. Une habitante du quartier confie : « C’est plutôt calme le soir. La circulation est moins importante. D’un coup, nous entendons un ‘boum’ et ce ne sont pas des œufs dans les conteneurs. Ce sont des produits lourds et chimiques ». La lumière du port, le bruit des conteneurs qui frottent le sol perturbent le sommeil des riverains. Pour Antoinette Gomis, il n’est sûrement pas question de vivre ici : « Ah ça non. Jamais de la vie ».  

En août dernier, les riverains obtiennent gain de cause. La préfecture des Bouches-du-Rhône prend un arrêté qui encadre les nuisances sonores provenant du chantier naval. Plusieurs annonces sont faites : un dispositif de mesure du bruit assorti de points de bilan ; la mise en place d’une commission de suivi ; le respect de certains horaires pour les activités les plus bruyantes qui ne devront plus intervenir le soir et la nuit. Mais pour Elisabeth Pelliccio, présidente du comité d’intérêt du quartier (CIQ) de Saint-André, « les autorités ont les moyens de prendre des mesures » mais selon elle, l’arrêté n’est pas respecté. « Les habitants se plaignent toujours de nuisances sonores », affirme-t-elle.

La forme 10, depuis le port, sur le chemin du Littoral. Photo F.D.

À cela s’ajoute, une odeur prenante au nez et à la gorge. La forme 10 engendre beaucoup de rejets. Le ponçage de la coque du bateau, les débris de vieilles peintures s’envolent et se retrouvent en mer. « La peinture de bateau est bourrée de produits chimiques. Les odeurs sont horribles, mais nous vivons avec donc nous avons fini par prendre l’habitude », souffle Antoinette Gomis. Mais pour Jean-Pierre Lapebie, président de l’association Cap au Nord, les atteintes à l’environnement ne seraient pas contrôlées. « Le port et les entreprises sont dans l’obligation de les déclarer, mais qui les vérifient vraiment », se questionne-t-il.

Mais ce n’est pas le tout. La pollution atmosphérique se fait sentir au plus proche du quotidien des habitants. « Nous devons tous les jours nettoyer les mobiliers extérieurs, telles que les tables, tellement il y a de la poussière noire qui s’y dépose », raconte Atia. Il s’estime chanceux parce que depuis sa terrasse, le vent vient balayer la pollution et donne de l’air frais. Mais l’odeur reste : « Nous la sentons toujours, et puis nous le voyons direct quand le ciel est gris, c’est que c’est pollué ». Un constat qui semble être le même depuis des années. « Cela fait six ans que je suis là, il y a toujours eu autant de pollution », note Antoinette Gomis. 

Des cuisiniers du traiteur La Table de Cana Marseille déjeunent ensemble sous le soleil. Derrière eux, la barrière qui sépare le quartier et la Forme 10. Cette clôture blanche s’étend sur des kilomètres. Photo S.D.

Le paysage du quartier est toujours le même. De larges navires s’arrêtent chaque jour et même la nuit. « Ce matin, j’ai vu fumer un bateau avec une fumée aussi noire que la couleur de mon cardigan », s’insurge une habitante. « Ils parcourent avec du fuel de basse qualité toute l’Estaque », affirme Françis, riverain. Les associations de riverains se plaignent que leur quartier soit complètement sacrifié pour la logistique maritime. En particulier parce que les navires les plus vieux, et donc les plus polluants, viennent se faire réparer à la forme 10. « Même en réparation, les moteurs des bateaux continuent de tourner », martèle Jean-Pierre Lapebie. « Nous nous prenons les rafios qui ne respectent pas les normes écologiques », se plaint une riveraine.

Si seulement, ça n’était que cela. L’aéroport à quelques kilomètres du quartier vient bouleverser, une fois de plus, le cadre de vie des habitants. L’aéroport Marseille-Provence est « l’un des aéroports français avec la réglementation la moins exigeante en matière de réduction des nuisances sonores », juge Catherine Beja, membre de Cap au Nord. Elle ajoute : « Il est le plus laxiste, il accepte les appareils bruyants la nuit. C’est une autoroute aérienne, les habitants sont chamboulés ». En 1997, la trajectoire des avions change et passe désormais sous le quartier de Saint-Henri (16e arrondissement). C’est la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) qui la dessine au-dessus de l’Estaque. « Des élus de l’arrondissement s’y sont opposés et ont proposé une trajectoire alternative », se souvient-elle. Mais moins sécurisée, notamment parce que les pilotes doivent utiliser le système GPS, la trajectoire principale qui dispose d’une balise facilitant l’atterrissage, est bien plus utilisée. « Les avions n’ont pas l’obligation de l’emprunter et puis cela demande d’utiliser le GPS et c’est plus technique », poursuit Catherine Beja, membre de la commission consultative de l’aéroport depuis trois ans. 

Récemment, en novembre 2024, le comité d’intérêt de quartier (CIQ) des Riaux, à côté de l’Estaque, a annoncé saisir le tribunal administratif pour tenter de mettre un terme à la nuisance causée par le survol des avions. Les membres du CIQ estiment qu’avec les normes actuelles, jusqu’à 140 avions par jour peuvent survoler leur quartier. Et la déviation qui évite Saint-Henri et Saint-André, se répercute donc sur l’Estaque. Le préfet des Bouches-du-Rhône serait en train de produire une étude du survol des avions et de son impact sur les habitants. « Les résultats sont attendus dans le milieu de l’année, mais en attendant, nous demandons un couvre-feu le soir », tranche-t-elle.

Les associations de riverains mobilisées 

Ils sont treize à se réunir le mercredi 5 mars à 18h, dans une des salles polyvalentes du quartier de Saint-André. Treize personnes se réunissent, à la même heure, toutes les deux semaines, dans le cadre du comité d’intérêt de quartier (CIQ). Ces treize personnes, âgées et fatiguées, se battent pour la même chose : « Nous sommes pollués, jour et nuit, par le bruit de la forme 10 et par la pollution des bateaux, il faut que ça change, mais la mairie ne fait rien », clame Elisabeth Pelliccio, directrice du CIQ. Autour des tables placées en arc de cercle, les autres membres comme Gisèle Gonzalez réagissent : « Ce n’est pas normal, lorsque les bateaux restent, ils ne coupent même pas les moteurs, cela fait seulement quelques semaines qu’ils ont installés des branchements électriques sur les quais, et encore, il n’y en a pas assez pour tous les bateaux ! ». Selon Lydia Frudzel, les discussions sont les mêmes à toutes les réunions, pourtant rien ne change. « Le port n’appartient pas à la mairie, il appartient à l’État, et ça leur rapporte de l’argent, c’est du commerce et des bénéfices », déclare la directrice.

Une réunion du comité d’intérêt de quartier de Saint-André, à Marseille, le 5 mars. Photo F.D.

Atmo Sud, l’observatoire de la qualité de l’air de la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, a récemment installé des capteurs dans les quartiers nords de Marseille, pour mesurer la pollution de l’air. « Nous travaillons avec les CIQ, nous avons sept stations de surveillance qui nous donnent des informations toutes les heures sur les niveaux d’un certain nombre de polluants que l’on retrouve dans l’air », explique Sébastien Mathiot, Chargé d’action territoriale pour le département des Bouches-du-Rhône chez Atmo Sud. « Toutes les informations que l’on récolte sont disponibles sur notre site Internet ». Sur le site en question, la dernière étude en question concerne la convention de partenariat entre le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) et la société. Pourtant, aucun résultat n’est disponible et la dernière mise à jour date du 20 février dernier. Sébastien Mathiot se justifie : « Le dispositif n’a pas été complètement déployé, mais pour avoir tous les résultats, ce n’est plus qu’une question de jours ». Des jours qui commencent à paraître longs pour les membres du CIQ de Saint-André : « Cela fait déjà quelques mois que nous attendons des résultats, nous commençons à nous impatienter ».

« Personne ne nous l’avait dit »

La plupart des bateaux de croisière et autres gros cargos sont équipés de scrubbers, des filtres qui empêchent les particules polluantes de la fumée des navires de se répandre dans l’air. « Le principe des scrubbers, c’est bien, mais la forme 10 est un point de réparation navale, c’est là qu’ils les installent sur les bateaux, donc ça nous fait encore plus de nuisance et de pollution », se plaint le mari d’Elisabeth, Denis Pelliccio. Vanessa Godier, avocate en droit de l’environnement, introduit les scrubbers par ces mots : « Ce sont des filtres qui viennent produire un mélange de boue dans la mer avec les résidus de fuel et d’eau ». Pour cause, la mer Méditerranée est une zone dans laquelle les navires doivent utiliser du fuel léger pour respecter les normes environnementales. En passe d’être une zone SECA (Zone de contrôle des émissions de soufre), les navires devront utiliser des carburants avec une teneur en soufre ne dépassant pas 0,1 % en masse. Mais certains utilisent du fuel de moins bonne qualité tout en installant un scrubber sur la cheminée pour diminuer leurs rejets polluants atmosphériques. 

Et les habitants étaient bien loin de savoir que cette innovation comporte de nombreuses limites. « Nous étions fous quand nous avons appris que les scrubbers à boucle ouverte polluaient la mer. Personne ne nous l’avait dit », fulmine Lydia Frudzel. Une jurisprudence s’est pourtant installée avec le premier en France consacré à l’utilisation abusive de scrubbers. Un procès qui a eu lieu à Marseille le 21 octobre 2024. Le Tribunal correctionnel a condamné le capitaine d’un vraquier qui a déversé un million de litres d’eau polluée dans le golfe de Fos. Les dommages causés à la flore ou la faune sont nombreux comme à l’acidité des eaux et à la dégradation de l’habitat sous-marin.

Des propos contradictoires

Dans son bureau de moins de 10m² Fabienne Antoine, responsable des services techniques et cadres de vie et proximité de la mairie du 15e et 16e arrondissements de Marseille, ne semble pas se préoccuper de la qualité de l’air qu’elle et ses habitants respirent : « Nous ne faisons pas grand-chose au niveau de la pollution atmosphérique, nous avons assez de boulot à côté ». Étonnant quand des organisations comme les CIQ le clament sur tous les toits, dans l’espoir d’être entendus. À la question « avez-vous déjà eu des plaintes d’habitants sur la qualité de l’air et la pollution sonore », elle répond d’un ton catégorique : « Non, absolument pas ». Pourtant, elle connaît Élizabeth Pelliccio, s’est déjà rendue à une réunion du CIQ de Saint-André, et est même familière aux revendications de ses membres sur la pollution du port. « Effectivement, du côté des bateaux de croisière, nous avons eu des plaintes, et je me suis déjà entretenue plusieurs fois avec Madame Pelliccio. C’était à l’occasion d’une visite de quartier avec le maire ». 

Fabienne Antoine, responsable au service technique, cadre de vie et proximité, à la Mairie du 15e et 16e arrondissements, Marseille, le 5 mars. Photo S.D.

Bien que le bureau de Fabienne Antoine soit rempli de dossiers épais, un seul ressort du lot. Il a pour titre “CIQ”. La présidente du CIQ confirme, les sourcils froncés : « Bien sûr que nous en avons parlé à la mairie, ils sont sacrément au courant vu tous les appels que nous leur avons passés et les mails que nous leur avons envoyés ! ».  L’employée de mairie se justifie, en se dédouanant de toute culpabilité : « Nous essayons de faire passer ces plaintes à la mairie centrale, mais nous n’avons pas de retour. C’est très compliqué, nous ne sommes qu’une passerelle, nous ne pouvons pas prendre de décisions ».

Nevenick Calec, chargé de mission qualité de l’air de la ville, apporte une vision différente. « La mairie centrale ne fait pas rien. La première chose qu’elle a mise en place pour lutter contre la pollution des quartiers nords, c’est créer mon poste », déclare-t-il. Nevenick Calec, est aussi pilote du projet d’Étude quantitative d’impact sanitaire (Éqis). « L’objectif, c’est de regarder spécifiquement l’impact des différents secteurs de pollution comme la pollution du routier, maritime, du chauffage résidentiel qui est la principale cause de pollution de l’air en particule fine », explique le chargé de mission qualité de l’air. Il souhaite évaluer la part d’implication de chaque secteur de la pollution et travailler avec l’Agence régionale de Santé (ARS) pour rapprocher le nombre d’hospitalisations dans les domaines « de l’asthme, du diabète de type deux, des problèmes de bronchiolite sévère, mais aussi de la mortalité », de la pollution. 

Nevenick Calec, d’un ton sévère, explique que prendre des mesures de réductions de pollution de l’air et du bruit, ce n’est pas si simple : « Cela ne se fait pas en deux secondes, il y a beaucoup de contraintes, et là, c’est dans les mains du ministère ». La mairie centrale de la ville de Marseille, avec toute sa bonne volonté, a donc des actions mises en place pour évaluer la qualité de l’air. Ils ne semblent pas savoir ce qu’ils feront de ses données par la suite, et si des mesures seront prises pour améliorer la situation.

« À part limiter la vitesse des voitures, la mairie ne fait pas grand-chose », revendique Elisabeth Pelliccio. Le pilote du projet Éqis, tente de se justifier : « Nous avons une convention avec Atmo Sud, et il y a des limitations de vitesses plus basses aux abords des écoles. On limite le trafic pour améliorer la qualité de l’air. Pour ce qui est du bruit, on essaie de mettre en place des arrêtés. Nous faisons aussi beaucoup de sensibilisation, nous plantons des arbres par exemple, tout cela est non négligeable ». Pourtant, la présidente du CIQ de Saint-André est sûre d’elle, pas un arbre n’a été planté dans son quartier depuis des dizaines d’années, et aucun nouveau parc n’est créé. Nevenick Calec ajoute d’un ton incertain : « Les mesures prises ces dernières années risquent encore de changer avec les élections municipales qui arrivent à grands pas ».

« Nous soulevons jamais ce couvercle »

Les pollutions présentes dans le quartier impactent la santé des riverains. Une étude de Milena Suarez Castillo, publiée en janvier 2024, par la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (Drees), précise d’ailleurs que ce sont les enfants des familles les plus modestes les plus vulnérables face à la pollution. « Ils ont deux fois plus de risque d’être hospitalisés en urgence pour asthme et bronchiolite avant leur troisième anniversaire ». Les raisons financières seraient à ne pas exclure : le recours à l’aide médicamenteuse est moins régulier. Pour Sébastien Mathiot, chargé territorial chez Atmo Sud, « la concentration annuelle pour les particules fines s’élèvent à  12µg/m3 dans les quartiers nord de Marseille, fixé par l’OMS à 5µg/m3 ». Des résultats qui mettent Denis Pelliccio en rogne :  « L’agence régionale de santé nous dit qu’il n’y a pas plus de morts depuis que la forme 10 existe, mais aujourd’hui, nous ne mourrons pas forcément de la pollution ». Une impasse que Jean-Pierre Lapébie a bien saisi : « Aucune corrélation n’est faite entre la santé impactée et la pollution. Nous sommes à des suspicions ». 

L’ARS a par ailleurs lancé une étude à ce sujet. Mais pour toutes les personnes rencontrées, tous disent n’avoir jamais eu les résultats. Les études s’enchaînent et se suivent, sans qu’elles ne soient publiées et que les autorités en tirent des conséquences. « C’est le folklore marseillais. Nous ne soulevons jamais le couvercle », sourit une habitante qui participe au CIQ. « Il y a une espèce d’omerta. Personne ne nous répond », ajoute Elizabeth Pelliccio. 

La station essence Total Access entourée de conteneurs, Chemin du littoral, Marseille. Photo S.D.

Le docteur Catelin, est médecin généraliste dans le quartier de Saint-André depuis 15 ans : « Les rejets de cheminées de bateaux, les particules qui émanent des travaux faits sur les navires, et même le bruit, ont des conséquences plus ou moins graves sur la santé des gens ». D’une simple toux chronique à des problèmes de santé plus importants comme des cas de bronchites sévères ou même de cancer, le docteur Catelin en a vu beaucoup. « J’ai des patients qui viennent me voir, qui ont des allergies sans arrêts, et malheureusement, je ne peux pas leur dire qu’un jour ça ira mieux, car il n’y a pas de remède contre la pollution ». 

Quand le sujet des conséquences de la pollution sur la santé arrive à la table du CIQ de Saint-André, le silence s’installe. « Nous sommes rarement si silencieux », rougit Denis Pelliccio. Tous les membres le disent, ils ont le nez qui coule tout le temps, et toussent assez fréquemment. « Cela ne peut être que la pollution, nous ne voyons pas autre chose, et même nos médecins nous le disent », explique-t-il. Elisabeth Pelliccio se confie : « Mon petit-fils est mort d’une tumeur au cerveau ».

Des pollutions qui se font ressentir dans tous les aspects de la vie. Pour Jean-Pierre Lapebie, président de l’association Cap au Nord, « le cadre de vie du quartier doit être défendu ». Beaucoup de choses vont mal, mais une chose est sûre, pour Lydia Frudzel, la vie animée du quartier mérite de rester et de se battre : « Nous aimons notre quartier et les gens ici. Nous avons choisi la résistance ». 

Fleur DESCHEEMAKER et Sam DELAUNAY
édité par Louis BÉASSE

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