300 000. C’est le nombre de noyades mortelles chaque année dans le monde. En France,
l’État innove avec des politiques de sécurité et d’apprentissage. Les célébrités prennent
également la parole, un geste qui s’avère probant.

les élèves de l’école de journalisme de Cannes, le 29 janvier dernier. Photo Manon Vagnier
Après de nombreuses études alarmantes sur le sujet, le gouvernement français semble avoir pris
depuis une petite dizaine d’années, la mesure des enjeux autour du « savoir-nager ». En 2019,
alors que le territoire comptait une moyenne de 3,4 noyades par jour lors des vacances
scolaires de l’année précédente, 15 millions d’euros ont été injectés dans un nouveau plan
d’action.
Savoir nager, une urgence
Construire des bassins : c’était le mot d’ordre. Six ans après, poussé par les préparatifs des
Jeux olympiques de Paris, l’Hexagone compte plus de 4 000 piscines publiques.
Mais malgré ces efforts notables, leur répartition reste inégale. Certaines zones sont
carencées en infrastructures sportives, ne permettant ni aux parents, ni aux écoles
d’accompagner les enfants dans l’eau.
On mise alors sur l’éducation. Un indispensable quand l’Académie d’Aix-Marseille alerte sur
le fait que 55 % de leurs élèves ne savent pas nager à leur entrée en classe de 6ᵉ.
Pourtant, à deux pas de la mer, et donc fortement exposés aux risques aquatiques, ils n’ont
pas pu bénéficier d’un suivi décent, faute de moyens.
Face à ces inquiétudes, l’État propose deux programmes : « Aisance aquatique » pour les
enfants de 4 à 6 ans, et « J’apprends à nager » pour les 6-12 ans. Gratuits pour les familles, ils
se présentent sous forme de cours en groupes réduits, souvent pendant des périodes
creuses (vacances, week-ends, jours fériés…). Environ 20 000 bambins ont déjà pu
bénéficier de ces dispositifs depuis leur mise en place.
L’enjeu de la parole des athlètes
À l’été 2024, le groupe énergétique EDF s’est engagé auprès du Comité d’organisation des
JO parisiens. Depuis 4 ans, l’entreprise déploie sa politique de soutien envers les territoires
prioritaires et en manque de bassins. C’est ainsi qu’elle installe des piscines éphémères
partout en France, donnant la possibilité à tous d’apprendre à nager. Un aménagement qui a
ses preuves : 15 000 personnes ont déjà mis les pieds dans ces eaux.
Des sportifs de haut niveau, et principalement des nageurs, ont signé à leur côté. Le
quintuple champion du monde de natation, Camille Lacourt est fréquemment présent pour
promouvoir ces actions, un symbole qui encourage les non-nageurs à se déplacer.
« Parfois, les gens doivent faire 30 à 45 minutes pour aller à la piscine la plus proche »
La prise de position des athlètes a un effet positif. C’est ce qu’assure Marc-Antoine Olivier, à
l’occasion d’une conférence à l’École de Journalisme de Cannes, le 29 janvier dernier :
« Parfois, les gens doivent faire 30 à 45 minutes pour aller à la piscine la plus proche. Moi,
dans l’année, j’ai deux à trois moments où je vais dans l’eau avec les jeunes pour que ça
leur donne envie d’apprendre à nager. C’est une question de sécurité. »
S’il est aujourd’hui médaillé olympique, cela a bien failli ne pas être le cas. Il raconte : « Avant
mes cinq ans, j’avais peur de l’eau. Un jour, dans un parc aquatique, j’ai été poussé dans un
bassin quand je me baladais loin de mes parents et j’ai dû nager pour retrouver le bord. »
Une mauvaise expérience qui aurait pu très mal tourner et dont Marc-Antoine Olivier ne se cache pas.
Comme d’autres de ses équipiers, il insiste sur « la nécessité d’injecter plus de moyens » à la
cause : « À mon goût, ce qui est fait n’est pas assez », déplore-t-il. Un avis qui ne peut qu’être
corroboré par le sombre bilan de l’année passée, où 270 Français ont perdu la vie par
noyade.
Manon VAGNIER
édité par Mathis THOMAS
