À 47 ans, l’actrice et réalisatrice Audrey Dana continue d’explorer la diversité humaine à travers ses rôles et ses films. Rencontre avec une femme passionnée qui met ses convictions au cœur de son métier.

Dès six ans, Audrey Dana savait qu’elle voulait être actrice. Ce qu’elle ignorait, c’est qu’elle réaliserait ses propres films et travaillerait avec de grands acteurs comme Jean Dujardin. À 47 ans, les cheveux au vent, le sourire aux lèvres, le regard nostalgique, elle se souvient de ce qui a fait d’elle l’actrice et la réalisatrice qu’elle est aujourd’hui. « Petite, j’avais toujours besoin de chanter, danser, raconter des histoires. Une fois, je me souviens avoir levé les yeux au ciel, réfléchi un instant et pensé : oui, c’est ça que je veux faire, actrice ! »
Le bac en poche, Audrey Dana se lance dans le théâtre. En passant par le conservatoire d’Orléans puis par l’École supérieure des arts dramatiques de Paris, elle n’attend qu’une chose : mener à bien son ambition. « J’étais sur scène tous les soirs pendant six ans. À un moment, j’enchaînais deux spectacles, un à 19 h et l’autre à 21 h. C’est là où je me suis vraiment formée. »
Déterminée à réaliser son rêve
L’œil aiguisé du réalisateur Claude Lelouch la repère durant l’un de ses spectacles. « Il m’a convoquée dans son bureau après, en me disant que j’étais une très grande actrice. Il songeait à moi pour le premier rôle dans son prochain film, Roman de Gare », explique-t-elle. À 30 ans, Audrey Dana décroche ainsi son premier rôle.
Très vite, les rôles qu’elle interprète reflètent son côté engagé : « Dans mon premier rôle, j’incarne une femme à la fois forte et vulnérable. Dans le film Welcome, de Philippe Lioret, je suis une femme impliquée dans une histoire bouleversante sur la crise migratoire. »
Une carrière qui incarne ses motivations
En 2014, Sous les jupes des filles sort au cinéma. Ce film lui permet de remporter le Prix Romy-Schneider en 2015. « J’étais au Festival de l’Alpe d’Huez. Je regarde autour de moi, et je vois que seuls des hommes ont les rôles principaux dans les comédies », détaille l’actrice. Une question émerge alors dans son esprit : pourquoi les femmes n’ont-elles pas droit au rôle principal ? Elle en parle autour d’elle, et cette réflexion arrive aux oreilles du producteur Olivier Delbosc. « Il me convoque et me dit : si je te donnais carte blanche, qu’est-ce que tu ferais ? Je lui ai décrit Sous les Jupes des Filles. Il m’a répondu : vas-y, fais-le », raconte-t-elle. Avec ce film, Audrey Dana aborde des sujets souvent tabous comme les règles, la sexualité ou la fragilité des émotions.
« Je veux que tout ce que je fasse ait du sens », partage l’actrice. « Les gens ont besoin de rire, de se détendre. Je pense que les films et l’audiovisuel font évoluer le monde. » Pour cela, Audrey Dana place « les femmes, l’organique, le vivant » au cœur de ses ambitions. Elle y parvient en changeant de types de personnages. Drôles ou sérieux, ses rôles lui plaisent tous : « J’adore changer de peau. Jouer la comédie, c’est explorer la diversité de notre humanité. J’ai envie de jouer tous les registres et de voyager dans plein d’univers différents. »
Sa vie personnelle, source d’inspiration
Les fragments de sa vie imprègnent sa carrière. « Je pense que tout ce qui nous a composés nous influence », déclare-t-elle.
Audrey Dana grandit avec des enfants en famille d’accueil dans une hyper-conscience de la maltraitance et de la violence : « C’est comme si cela avait créé une espèce de bibliothèque humaine. J’ai croisé des centaines de personnes durant mon adolescence, assez perdues et brisées. Cela a fait grandir mon humanité et m’a définie en tant qu’actrice et réalisatrice. »
Cette richesse humaine devient un socle pour ses créations. Lorsque le ton est léger, son ambition reste intacte : « J’ai envie de parler aussi de ces souffrances, parce que je sais qu’elles existent, même si c’est parfois par le prisme de la comédie. »
Sa vie de famille lui sert de tremplin et l’encourage à réussir. « J’ai toujours pensé qu’avoir une mère heureuse et épanouie rendrait mes enfants heureux », explique l’actrice. Chaque projet tourne autour d’eux, Lee et Noah. « J’ai eu Noah à 22 ans. Dès cet instant, je me suis dit que si je n’étais pas à ses côtés, c’était pour faire des choses qui comptaient vraiment. Cela m’a appris à être plus exigeante dans mes projets. » Les scénarios d’Audrey et ses rôles reflètent sa vision du monde et créent un lien particulier avec ses fils. « C’est une manière pour eux de me connaître, et j’ai l’impression de participer de manière positive à la planète. Je fais du bien pour eux, pour leur futur », conclut-elle.
Fleur DESCHEEMAKER
édité par Angelo PETROV-RODRIGUES
