Tourisme : comment Agnès Girard a transformé le visage de Val-Thorens

Agnès Girard, fondatrice des Montagnettes en Savoie, redéfinit le tourisme en montagne depuis 1992. Elle mêle authenticité et haut de gamme pour créer des expériences uniques à destination d’une clientèle exigeante.

Agnès Girard dirige le groupe Les Montagnettes depuis 1992. Photo Margot Lemoine

À 58 ans, Agnès Girard est la créatrice et dirigeante des Montagnettes. Depuis 1992, le groupe s’appuie sur trois piliers : authenticité, proximité et synergie. « Nous sommes ce que nous sommes, et nous prenons plaisir à le faire », aime-t-elle rappeler, comme un mantra.

Dès ses études, Agnès Girard affiche une ambition sans frontières. Après Science&Co et l’Institut d’administration des entreprises de Grenoble, elle enrichit sa formation d’un MBA aux États-Unis. « C’était la plus belle expérience de ma vie », confie-t-elle, les yeux brillants. De retour en France en 1991, son père, alors PDG de la société de remontées mécaniques de Val Thorens, la convainc d’explorer les opportunités de cette station où elle a grandi. « Les habitants ne pouvaient bien vivre que si les lits étaient occupés par des skieurs », raconte-t-elle.

Elle débute comme assistante de direction à l’hôtel Le Val Thorens. Rapidement, elle identifie une demande latente des tour-opérateurs : « Il manquait des logements de standing, comme en Autriche, avec du bois, de vraies chambres et une cuisine ». En 1992, elle inaugure la résidence Lombarde, composée de neuf appartements spacieux au charme authentique.

Le succès immédiat marque le début d’une ascension rapide : un nouvel établissement par an pendant huit ans. Mais chaque étape est une épreuve : « Il fallait convaincre les investisseurs, les banquiers, et trouver des terrains ». En 2002, un changement de paradigme s’impose. Les clients réclament plus de confort. Les élus locaux cherchent à dynamiser le tourisme sur le long terme. « L’Oxalys a été le premier projet pour lequel la commune m’a demandé un produit plus haut de gamme avec piscine, spa et restaurant gastronomique », se remémore-t-elle.

Gravir les sommets, un défi permanent

La progression spectaculaire n’est pas sans turbulences. « Nous nous sommes séparés de collaborateurs. Ils ne partageaient plus nos valeurs », admet-elle. Depuis, elle s’attache à trouver un équilibre entre l’expertise pointue de ses équipes et une vision globale du travail collectif. « Chaque expert fait partie d’une chaîne. S’il ne comprend pas son rôle, il s’en va », indique-t-elle. Son combat est double : « Nous sommes obligés de rechercher non plus à satisfaire uniquement les clients, mais aussi à attirer et fidéliser les collaborateurs ». Cette gestion humaine se reflète dans sa décision de maintenir certaines de ses résidences ouvertes l’été, une saison moins rentable. « Dans le métier de l’hospitalité, les gens font la valeur », affirme-t-elle.

Elle est animée par les projets : « C’est ce qui me tient ». Pourtant, ils ne représentent que 20 % de son quotidien. Le reste est dédié à la gestion et aux défis administratifs et financiers. La charge de travail a parfois pesé lourd. « J’ai fait de grosses bêtises. Je suis passée à côté de sujets graves pour la boîte », reconnaît l’entrepreneure. Il y a dix ans, une restructuration de l’entreprise a rationalisé son organisation, mais non sans conséquences. « J’ai perdu le contact avec le terrain et les équipes », avoue la PDG. Aujourd’hui, elle s’efforce de déléguer : « Je commence à faire presque que ce que j’aime ».

Un avenir à deux voix

Mère de trois enfants, elle partage désormais les rênes avec sa cadette, Dorine. « Ce n’est pas un endroit où tu viens parce que tu n’as pas trouvé ailleurs », lui avait-elle rétorqué. Mais la détermination de sa fille, exprimée dans une lettre poignante, a su la convaincre.

Sa première grande responsabilité est venue avec la Villa Caroline, un hôtel au bord du lac d’Annecy. Ce projet, à l’origine risqué, est devenu un levier d’évolution : « C’était quasiment une verrue mais surtout le moment pour Dorine d’accrocher quelque chose ». La jeune recrue représente un souffle nouveau pour l’entreprise. « Elle apporte une autre façon de voir. C’est déstabilisant, mais essentiel pour survivre commercialement », souligne sa mère avec fierté.

Ensemble, elles imaginent l’avenir des Montagnettes. En 2025, le Parc Victoria à Saint-Jean-de-Luz incarnera luxe et bien-être. En 2027, le Cairn viendra enrichir l’offre à Val Thorens. « Je pense que ce sera le dernier. La montagne devient inabordable », admet la PDG. Dans cette transition, mère et fille réconcilient tradition et modernité face au tourisme de demain.

Margot LEMOINE
édité par Angelo PETROV-RODRIGUES

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