Un atelier sur les émotions artistiques a eu lieu samedi 8 mars, au musée des Beaux-Arts de Nice. Animée par Guillemette Lorin, cette activité offre un repos mental aux participants.

Tout le monde est très concentré sur sa production, comme immergé dans son univers intérieur. Ce samedi après-midi, une vingtaine de personnes participe à un atelier encore peu répandu en France. L’objectif est de créer, de manière naturelle, une œuvre sur la reconnaissance, l’hommage, le soutien, la transmission, la détermination ou l’engagement. Ce sont six thèmes proposés, en lien avec les luttes féministes, de rigueur en cette Journée internationale des droits des femmes.
“J’ai créé ces ateliers, car ils permettent aux participants d’oublier leurs problèmes et d’échanger avec d’autres. J’accompagne chacun d’entre eux, leur pose des questions sur ce qu’ils produisent et sur les usages des outils mis à leur disposition, pour arriver à un résultat qui leur ressemble”, explique Guillemette Lorin, art-thérapeute depuis dix ans.

Une création au fil du ressenti
Crayons, peinture, aquarelle, pastel, magazines à découper, etc. Chacun choisit son mode de création artistique. “Vous pouvez dire que ça vous plaît, mais évitons de dire ‘c’est beau’”, indique la thérapeute. Tous ces outils sont présents pour exprimer ses émotions et non dans une recherche esthétique.
Véronique Labebade, une habituée, a opté pour le découpage. “J’ai mis une montre pour le temps qui presse, un œil pour l’œil de la vérité. À la fin, je mets toujours les chiffres trois, sept et huit. Ils sont symboliques pour moi”, confie la présidente de l’association Le phare des deux pôles. Cette organisation accompagne les personnes atteintes de troubles bipolaires. Véronique en est aussi atteinte.

Guillemette Lorin passe à chaque table pour discuter avec les participants, de leurs œuvres. “C’est le patient qui décide de parler ou non. Une séance entière peut être silencieuse. Si c’est le cas, je pose une ou deux questions à la fin pour savoir où en est son cheminement interne et si je dois le mettre sur une autre piste. La personne est libre, mais parfois, il y a des blocages dans la pensée. C’est là que je peux proposer un nouveau médium”, argumente-t-elle. “Par exemple, quelqu’un qui utilise le crayon est dans le contrôle, plutôt perfectionniste. Il peut gommer, puis recommencer. Cela indique un certain contrôle sur sa vie. Je peux alors lui proposer de l’encre. Cela fait des tâches, c’est beaucoup plus imprévisible.”
Une pratique encore méconnue en France
Pour beaucoup de personnes à l’atelier, c’est la première fois. Ces méthodes thérapeutiques ne sont pas encore très connues du grand public. “Elles se sont d’abord démocratisées au Canada. Un art-thérapeute est installé au musée des Beaux-Arts de Montréal, pour les visiteurs. Et là-bas, les médecins envoient parfois leur patient au musée. C’est très répandu. En France, il y a encore le frein de l’argent. Une séance d’art-thérapie peut coûter plus de 80 euros et n’est pas prise en charge par la Sécurité sociale. Et parfois, des parents m’envoient leurs enfants en pensant que je vais leur apprendre à dessiner… Mais j’ai espoir. L’ostéopathie par exemple, c’était vu comme une pratique étrange il y a 20 ans”, argumente Guillemette Lorin.

Certaines personnes sont moins inspirées que d’autres, prennent leur temps, se baladent ou ont simplement peu envie de produire. L’art-thérapeute le comprend tout à fait et laisse tout le monde prendre ses marques. “Certains de mes patients prennent des traitements lourds. Ils dorment 45 minutes et commencent à créer les 15 dernières. Je ne peux brusquer personne, sinon cela risque de briser l’alliance thérapeutique. Il faut ce lien pour que la personne sorte de sa zone de confort et fasse un pas vers moi. Parfois, le thérapeute et le patient se rendent compte que le lien ne se créera pas. Il faudra essayer avec quelqu’un d’autre”, indique-t-elle.

Tous sont fiers de s’être exprimés à travers ces visuels. “Ce que j’aime dans ces ateliers, c’est manipuler des couleurs. Cela joue sur le moral”, souligne Sophie Vial, une autre participante. Ils ne sont pas faits pour être exposés, mais peuvent rester, au contraire, entre le thérapeute et le patient, à l’image d’une discussion avec un psychologue.
“L’art-thérapie commence à sortir de la discrétion. Cependant, certaines personnes font une formation en distanciel, sans stage, et peuvent ouvrir leur cabinet sans problème. Il y a encore des choses à faire sur ce point”, souligne Guillemette Lorin.
Maxime ZULIAN
édité par Isabella MARCHIORON
