Françoise Daunay dédie sa vie au militantisme. La tête dans les projets, elle cite le philosophe Cornelius Castoriadis. « Se reposer ou être libre, on voit bien ce que j’ai choisi », s’amuse-t-elle.

Aujourd’hui, c’est à Brest (Finistère) qu’elle habite, mais Françoise Daunay est rennaise de cœur. Elle est née dans le quartier populaire de Maurepas. La femme raconte que ce lieu a façonné la personne qu’elle est aujourd’hui : « Il y avait un cirque qui passait sur le terrain vague en face de chez moi. Ils passaient et, l’année d’après, ils revenaient ». La petite fille qu’elle était comprend alors qu’elle peut partir et revenir. « C’est une forme de circularité qui m’a émerveillé ». Père ouvrier et mère femme au foyer, elle est aujourd’hui « transfuse de classe ». Seconde d’une fratrie de quatre filles, elle affirme que son arrivée « déçoit ses parents ». « Il y a beaucoup l’attente d’un fils dans les familles ouvrières comme la mienne. On m’a toujours mis à la place d’un garçon ». Cette sexagénaire adopte donc ce rôle toute sa vie. Sa relation avec sa mère n’est pas non plus évidente : « Elle m’a poussé dehors quand j’étais adolescente. J’ai eu du mal à comprendre, mais elle ne voulait pas que je reste coincé là ! ».
« Je n’ai jamais assez de livres.«
Étudiante assidue, la future militante a très vite compris que l’école était importante. Bien qu’elle ne se décrive pas comme une élève brillante à cause d’un « bagage culturel de départ trop faible », elle ne manquait aucun cours. La jeune étudiante voit ce passage obligatoire comme un accès aux autres passages qu’elle veut vraiment. Sa mère est la seule de ses onze frères et sœurs à obtenir un certificat d’étude. « Elle en était très fière, chez moi, on n’avait pas le choix de suivre en classe ». Françoise Daunay est prise de passion par la lecture depuis l’enfance. « Je n’ai jamais assez de livres », s’exclame-t-elle avec détermination. Bac en poche, elle commence une licence de science économique à Rennes. Au bout de quelques mois, la jeune quitte la fac pour s’engager pleinement dans la politique. En 1977, à 20 ans, elle s’engage dans une organisation d’extrême gauche. « Nous n’avions pas besoin de diplôme car nous allions révolutionner le monde ! C’était très utopique, mais nous voulions changer les choses ». En s’engageant, la Rennaise découvre tout un monde. Elle se rend à chaque réunion, notamment à Paris où la ferveur post-1968 n’est pas encore redescendue. « Je croisais tellement de gens, c’était passionnant », raconte-t-elle des étoiles dans les yeux. C’est la rencontre avec Jean-Marie Tjibaou, président du Front de libération national kanak et socialiste (FLNKS) qui l’a le plus marqué. « Pour moi, c’est mon Gandhi, il est très impressionnant ».
La politique avant tout
L’activité politique de cette militante est prioritaire. Elle ne passe pas les concours pour entrer dans l’éducation nationale car elle est déjà investie dans sa ville. Elle ne veut pas partir à l’autre bout de la France : « c’était très idéologique », développe-t- elle. « Quand je faisais plus de politique, on m’appelait le tracteur soviétique : j’avance, je ne peux pas stagner », déclare la militante. Tout au long de sa vie, Françoise Daunay monte différents projets. Elle intègre l’association Aides pour la prévention contre le sida. La militante devient membre de Rien sans elles, association féministe. Lorsqu’elle déménage à Brest en 1989, celle-ci continue de s’investir dans les causes qu’elle défend. « Je ne suis pas arrivée par la route, mais par la mer », rit-elle. « J’ai suivi l’homme avec lequel je vis et avec qui j’ai des enfants ». Une fois dans le Finistère, avec des amies, elle remonte le planning familial qui était en veille depuis 1964. « C’est un de mes plus gros projets, nous faisions de l’accueil dans toutes les grandes villes du département », explique la femme de 67 ans. En 2015, elle quitte le planning familial car elle est en désaccord avec « le virage que l’organisation a pris sur la prostitution ». Mais elle ne s’arrête pas pour autant. Pendant douze ans, Mme Daunay crée et maintient L-Cause. C’est une maison d’accueil des femmes victimes de violences qui se retrouvent à Brest. Depuis sa fermeture en 2022, la féministe ne se repose toujours pas. Elle rachète un café-librairie près de Morlaix. « Je pense qu’en tant que militante, j’ai une responsabilité à transmettre ». C’est pourquoi elle met sur place à disposition les 10 000 ouvrages féministes qu’elle rassemble depuis des années. Le projet est un lieu ouvert à tous et surtout à la jeune génération. L’investissement dans les causes qui lui sont proches rythme son quotidien. Françoise Daunay n’est pas prête à s’arrêter.
L-Cause, lieu d’accueil pour femmes violentées
En 2007, Françoise Daunay crée une association ouverte aux femmes victimes de violences. Pendant douze ans, cet endroit de Brest (Finistère) sert de refuge à celles qui en ont besoin. Il est aujourd’hui fermé.

Rue Ernest-Renan à Brest (Finistère), L-Cause rassemble femmes en difficulté, battues, isolées. « Cette fois-ci, je ne suis pas restée du côté militant », déclare Françoise Daunay, fondatrice et organisatrice de cette association. Elle remarque, au cours de sa vie associative et militante, qu’il n’existe pas assez de lieux d’accueil de femmes victimes de toute sorte de violences. Un accompagnement, des ateliers et des soins sont proposés dans cette maison brestoise. Les personnes victimes y participent et les mettent en place. « Elles sont logées et, en contrepartie, elles proposent des activités pour se reconstruire », explique la créatrice de cet endroit bien particulier. L’envie est d’être un lieu ouvert : « je dis aux femmes : si vous savez faire du tricot, il y aura un atelier tricot ! Chacune apporte sa patte », raconte la soixantenaire avec un sourire. De façon ponctuelle, des stages, des conférences et des émissions de télévision rythment la vie de la Maison pour toutes.
Des parcours inimaginables
En 2022, suite à des complications liées au covid-19, L-Cause ferme ses portes. Françoise Daunay avoue aussi qu’elle ne pouvait plus mener ce projet. « Je suis fatiguée de toute cette violence. Je l’ai reçu tous les jours, parfois, je n’en dormais pas la nuit ». Des femmes venues du monde entier trouvent refuge à cette adresse. La propriétaire s’effare : « Nous ne pouvons pas imaginer le parcours de vie de ces femmes, c’est une folie ».
Juliette GUIBERT,
édité par Lauryne DULFOUR
