Nice accueille le premier colloque international consacré aux victimes de terrorisme

Le premier colloque dédié aux victimes de terrorisme en Europe s’est déroulé les 24 et 25 octobre dernier à Nice. De 9 h à 17 h, divers intervenants ont pu témoigner et échanger avec le public.

Discours de Nathalie Faussat, directrice du FGTI. Photo A.Z

Le 14 juillet 2016, un camion-bélier fauchait 86 personnes sur la promenade des Anglais. L’attentat, survenu sur le lieu le plus fréquenté de Nice, a fait plus de 450 blessés.

Depuis, de nombreux projets ont vu le jour. Le Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI) a par exemple été créé en 1986 pour indemniser les victimes d’attentat.

Comprendre et accompagner les victimes

« L’anticipation, la prévention et la transmission des savoirs sont des leviers essentiels pour le futur de nos sociétés ». Ce credo a guidé le colloque organisé à la Faculté de Droit et de Science politique de Nice par Nathalie Sillon, secrétaire de l’Institut Européen de l’Expertise et de l’Expert (IEEE).

Venus de toute l’Europe, intervenants et participants ont pu échanger leurs expériences. Selon l’organisatrice, le congrès a permis « une meilleure compréhension des traumatismes liés aux actes terroristes ». Du FGTI aux associations, en passant par les comités locaux d’aide aux victimes, chacun joue un rôle spécifique dans l’accompagnement des personnes touchées.

Le modèle français, source d’inspiration ?

Lors de son intervention, Nathalie Faussat, directrice du FGTI, a rappelé que « Français victime à l’étranger, votre meilleure assurance, c’est votre nationalité ». Elle a également souligné les avancées récentes, comme la création d’une Charte pour les victimes, l’instauration de coachs de retour à l’emploi, de soutiens scolaires et d’un accompagnement complet durant les procès. Perçu comme le modèle le plus satisfaisant en Europe, la Belgique souhaite s’inspirer du FGTI pour transformer les démarches mises en place au sein du pays.

À ce jour, son système reste fragmenté, mêlant assurances privées, comités de règlement et statut de solidarité nationale. Neuf ans après les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, de nombreuses victimes peinent encore à obtenir une indemnisation efficace. Si un arrêt de 2023 a reconnu certaines victimes comme « victimes d’assassinat terroriste », la réforme de 2024, censée simplifier les démarches et reconnaître les séquelles psychiques, n’est pas rétroactive, laissant de côté de nombreux dossiers.

Associations : transmettre et reconstruire

En France, les associations d’aide aux victimes collaborent avec la fédération France Victimes, qui regroupe plus de 130 partenariats nationaux et locaux. Leur but commun : commémorer et transmettre.

Patrick Prigent, victime de l’attentat du 14 juillet 2016 et président de l’association Life for Nice, souligne cette démarche : « Pour notre association, l’action concrète est essentielle. » Ateliers thématiques en plein air, soutien moral et administratif, activités thérapeutiques : autant d’initiatives centrées sur le bien-être des victimes.

Lors du colloque, Patrick Prigent a livré un témoignage bouleversant, relayant les mots d’une mère endeuillée : « Ma petite, elle lit… ma petite, elle lit, Patrick. » Des paroles simples, empreintes d’une douleur encore vive. Pour lui comme pour les autres intervenants, la prévention reste un pilier essentiel de la lutte contre le terrorisme. Il insiste sur l’importance de sensibiliser les élèves, du primaire au lycée, face à la menace persistante.

Les enfants, victimes invisibles

Hager Ben Aouissi, présidente de l’association Une voix des enfants, également victime de l’attentat de Nice avec sa fille, milite pour la création d’un musée national du terrorisme. Selon elle, un tiers des enfants exposés à ces drames gardent des séquelles jusqu’à l’âge adulte : cauchemars, culpabilité, stress post-traumatique ou tentatives de suicide.

« Le psychotraumatisme lié aux attentats est reconnu par la loi, mais pas ses effets », déplore-t-elle. Son association propose des cercles de parole hebdomadaires et plaide pour une prise en charge pédiatrique renforcée. Le Centre d’étude et d’évaluation de pédopsychiatrie, créé plus de six mois après l’attentat, reste selon elle une réponse tardive et insuffisante.

En conclusion du colloque, Nathalie Sillon a réaffirmé : « L’anticipation, la prévention et la transmission des savoirs sont des leviers essentiels pour le futur de nos sociétés. »

Ces deux jours d’échanges ont favorisé un dialogue interdisciplinaire autour de thèmes communs : l’indemnisation des victimes d’actes terroristes, le partage d’informations entre associations, et l’analyse du rôle de l’Europe dans la lutte contre le terrorisme.

Auriana ZECCHEL
édité par Léna JAUZE

Laisser un commentaire