« La 17 » : la colocation étudiante comme pis-aller

À Compiègne, dix-sept étudiants partagent une maison vétuste, surnommée « la 17 ». Faute d’alternatives abordables, ils empilent casseroles, tensions et loyers. Loin de l’idéal du coliving, la coloc est souvent un choix par défaut.

La cuisine du rez-de-chaussée, équipée pour dix personnes, voit souvent la vaisselle s’accumuler, tandis que celle du 2ᵉ étage accueille sept colocataires. Photo M. L.

7 h 42. Dans la cuisine du rez-de-chaussée, l’arôme du café se mêle aux relents de vaisselle oubliée. Trois mugs s’entrechoquent, un planning de ménage s’arrache, et déjà, les voix montent. Antoine, l’organisateur de la soirée de la veille, émerge lentement de sa brume. Au deuxième étage, un colocataire tente d’ignorer le chaos qui règne sous ses pieds. Bienvenue à la 17.

Cette maison immense, à deux pas du campus de l’Université de Technologie de Compiègne, accueille chaque année dix-sept étudiants. Gérée par l’agence My Room, elle est devenue une institution officieuse de la vie étudiante locale.

« Je mangeais dans ma chambre »

Charlélie Rousseau, 20 ans, étudiant en génie biologique, y a vécu trois semestres. Il résume l’expérience en un mot : « intense ». Sur deux étages, la bâtisse compte deux cuisines : celle du bas, cœur battant de la vie commune, et celle de l’étage, pour les habitants du palier qui fuient le tumulte. « J’ai essayé la cuisine du bas pour être avec les autres, mais elle était tellement sale que j’ai fini par rester en haut. Et même là, ce n’était pas brillant. Je mangeais dans ma chambre », raconte-t-il, mi-amusé, mi-écœuré.

Chaque colocataire dispose de sa chambre, mais pas vraiment de son intimité : les salles de bains se partagent à deux, les murs sont fins, et les portes rarement fermées. Le salon, avec son canapé élimé, sert de QG aux fêtards, et la cour accueille les afters. Mais le jeune homme a vite préféré la solitude : « Quand je sortais, c’était en dehors de la coloc, et quand je rentrais, c’était pour être au calme chez moi. »

La maison s’étend sur 361 m2, répartis sur trois niveaux distincts. Illustration M. L.

« 440 € par mois, dont 120 € de charges »

Originaire de Hyères, dans le Var, il a choisi la 17 par contrainte géographique et économique. « Mes parents habitent à mille bornes. On ne pouvait pas prendre un aller-retour à 250 € juste pour visiter. Alors, j’ai signé à distance : 440 euros par mois, dont 120 de charges », raconte-t-il.

Une nuance qui fait doucement sourire l’étudiant. « Il y avait de gros problèmes d’hygiène. J’ai dû demander plusieurs fois à certains de faire des efforts. Le plus insupportable, c’était un gars du premier étage qui squattait le frigo du deuxième. Un frigo pour tout un étage, c’est déjà compliqué, mais alors avec lui… »

« À 4 h du matin, ils vomissaient dans le couloir »

Le souvenir le plus marquant reste une nuit blanche. « Le pire, c’était un jeudi soir. After géant. J’avais un entretien d’anglais le lendemain. À 4 h du matin, ils montent au deuxième, c’était interdit pendant les soirées. Ils gueulent, vomissent dans le couloir. Un coloc a pété un câble avant moi et leur a hurlé dessus. On a fini par dormir, mais c’était la goutte d’eau », se souvient-il.

Peu à peu, Charlélie Rousseau s’est replié dans son espace privé. « Je dépendais de ma chambre et de ma salle de bains. Impossible d’inviter mes amis. » Depuis, il a quitté la 17 pour une colocation plus calme à trois. « Je ne referai pas l’expérience. Ce n’était pas adapté à mon mode de vie. » Il en rit, mi-figue, mi-raisin : « Ça m’a appris que je suis beaucoup plus propre que je ne le pensais. »

La méga-colocation, un refuge devenu norme pour les étudiants face à l’envolée des loyers en 2025. Infographie M. L.

Margot LEMOINE
édité par Mathis THOMAS

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