Lundi 17 novembre, Martin Jauvat a inauguré la 38ᵉ édition des Rencontres cinématographiques de Cannes avec son deuxième film, Baise-en-ville, en salle le 28 janvier prochain. Permis de conduire, accès au travail, transports en commun : la comédie explore le passage à l’âge adulte avec fantaisie et humour. À travers les couleurs, chaque plan du film est conçu comme une case de bande dessinée. Chelles (Seine-et-Marne), banlieue pavillonnaire et ville natale du réalisateur, est aussi au cœur de l’histoire.

Votre long-métrage s’intitule Baise-en-ville, c’est le nom d’une sacoche. Pourquoi ce titre ?
« Je trouve l’expression incroyable. Elle fait un bon titre, c’est percutant. On peut s’imaginer plein de choses. Je pense que le film déjoue tout ce à quoi on peut s’attendre. Il casse les codes, notamment de la comédie romantique, des clichés sur les genres. Il montre qu’être un winner, ce n’est pas tout dans la vie. Le cul, ce n’est pas forcément le plus important pour tout le monde. Ce titre est une fausse piste. C’est le nom d’un sac, d’un objet de la culture populaire. »
Vous choisissez des couleurs vives, voire fluorescentes, pour les vêtements des protagonistes. Pourquoi ?
« J’aime beaucoup les maillots de foot, les vestes de streetwear très colorées. Ça amène de la gaieté dans la vie. Je me suis bien lâché. C’est bien d’installer de la couleur à des endroits où j’ai envie que les gens regardent. Il y en a aussi dans la décoration, mais c’est vrai qu’on le remarque plus sur les habits des personnages. »
Votre ville natale, Chelles, est le cadre de tous vos projets. Pourquoi est-ce important pour vous de la représenter à l’écran ?
« Je suis un banlieusard pur-jus. J’ai passé toute ma vie dans la même ville et j’ai à cœur de la montrer au cinéma. Si je ne le fais pas, je ne vois pas qui le fera. On montre toujours les mêmes endroits, les cités HLM ou alors le petit Paris. La banlieue pavillonnaire, comme Chelles, est moins montrée au cinéma. C’est important de représenter ces endroits aussi, d’afficher la classe moyenne et le banal. Il faut montrer qu’il peut y avoir de la beauté là-dedans. »
En dehors de la région parisienne, comment est perçu le film ?
« Les gens sont très enthousiastes. Ils rigolent beaucoup, ils ont la banane. Je prends du plaisir et ils ont l’air d’en prendre aussi. Il y a quelques jours, j’étais à Muret, dans la banlieue de Toulouse. Les gens s’identifient vachement à la grande banlieue. Ces endroits-là ne sont pas spécifiques à Paris, il s’agit juste de petites villes à côté de grandes villes. Dans le film, il y a quelque chose d’universel, qui peut se partager dans d’autres endroits de la France. »
Avez-vous d’autres projets en lien avec la banlieue ?
« Bien sûr. Je suis en train d’écrire une comédie, avec un peu d’action, de polar, toujours filmée à Chelles. La comédie, les couleurs, ma ville : voilà ma signature. C’est quelque chose que j’ai envie de montrer en profondeur, je ne sens pas du tout le besoin de partir explorer d’autres villes. »
Vous avez un message d’espoir pour tous ces jeunes qui, comme le protagoniste du film, passent le permis et galèrent avec des jobs ?
« Comme disait Voltaire : Il faut cultiver son jardin. On a l’impression qu’il faut toujours être le meilleur, avoir un salaire de fou. Mais il faut juste être en paix avec soi-même, accepter ce qui nous arrive et déstresser. Il faut trouver son bonheur là-dedans, avec l’amour des gens qu’on aime. C’est aussi le message de mon film. »
Propos recueillis par Isabella MARCHIORON & Pauline VICHARD
édité par I.M.
