Romane Bohringer : «J’adore quand la vie vient percuter la fiction»

Romane Bohringer a présenté aux RCC son deuxième long-métrage, Dites-lui que je l’aime, adaptation du roman de la députée Clémentine Autain, paru en 2019 aux éditions Grasset. Un récit d’histoires croisées, entre amour maternel et quête de soi, en salles depuis ce mercredi 3 décembre.

Romane Bohringer : «C’est étrange que mes deux premiers projets soient des mises à nu à ce point-là.» Photo DR

Comment raconter ce film ?

« Le film tente d’adapter le livre de Clémentine AutainDites-lui que je l’aime, tout en racontant mon histoire aussi. Nous avons perdu toutes les deux nos mamans assez jeunes, quand on avait 14 ans. Elles étaient elles-mêmes très jeunes, 33 et 36 ans. Ce livre raconte la perte et le manque de notre maman. L’adaptation de ce livre m’a poussé à me lancer dans une enquête concernant ma propre mère. C’est un film qui raconte nos destins croisés, de Clémentine, de moi et de nos deux mères. »

Quel rôle a joué Clémentine Autain dans sa réalisation ?

« Dès la première minute, Clémentine a accepté de me donner les droits de son livre. Et puis elle m’a laissé toute liberté dans l’adaptation. J’en ai fabriqué un objet tout à fait mélangé de nos quatre histoires. Clémentine joue également son propre rôle. Elle est narratrice de son propre livre. »

Où s’arrête l’adaptation du livre et où commence votre enquête personnelle ?

« J’essaie de faire en sorte que la fiction et le documentaire se mêlent à parts égales. Le livre est le fil de ma propre enquête. C’est comme si Clémentine avait déjà fait tout le parcours, de l’obscurité à la lumière, du rejet à l’acceptation. Il me pousse à m’interroger et à repartir du plus sombre pour trouver, moi aussi, des espaces de réparation. Le livre de Clémentine me sert à reconstituer des scènes dont j’ai la sensation. Je m’appuie sur son récit. Le film raconte aussi la difficulté à trouver la force d’interroger son passé et d’essayer de remettre les choses dans un ordre plus apaisant. Au moment de l’écriture, c’était remuant de devoir me confronter à des questions que je ne m’étais jamais posées. »

Ce n’est pas la première fois que vous portez à l’écran votre histoire personnelle, vous l’aviez développée dans votre premier long-métrage, L’Amour Flou (2018). C’est un choix l’autofiction ?

« C’est paradoxal, car je suis quelqu’un d’assez pudique. C’est étrange que mes deux premiers projets soient des mises à nu à ce point-là. Pour les deux films, j’ai été prise par une intime conviction que je devais raconter ces histoires aux gens et les partager. Ça m’est arrivé sur L’Amour flou, mon premier film. À l’époque, j’étais comédienne, je n’étais pas encore réalisatrice. Je me suis séparée de Philippe, mon mari. Tout d’un coup, ça m’est apparu : ‘Mon Dieu ! C’est une histoire à partager, à filmer !’. En lisant le livre de Clémentine, ça m’a fait pareil : j’avais trouvé le sujet de mon deuxième film. Plus tard, j’espère pouvoir m’emparer d’autres récits que les miens et m’éloigner de l’autofiction. J’adore quand la vie vient percuter la fiction. »

Pour un film si personnel, quel accueil du public attendiez-vous ?

« Quand on part d’une histoire comme celle-ci, on a à cœur qu’elle soit universelle, sinon ça ne sert à rien de faire du cinéma. Il y a eu des moments où je me suis posé la question : cette histoire, qui va-t-elle intéresser ? Aujourd’hui, je regarde, émue et stupéfaite, la réaction des gens. Je me rends compte qu’on a réussi à toucher les spectateurs, dans leur enfance, leurs souvenirs, leurs propres histoires de famille. C’est bouleversant pour moi. »

Propos recueillis par Isabella MARCHIORON & Pauline VICHARD
édité par Maxime ZULIAN

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