Pour les 38e Rencontres Cinématographiques de Cannes (RCC), le film Lady Nazca a été présenté en avant-première au cinéma Cannes Toiles. Ce biopic met en scène le parcours d’une archéologue pionnière, dans un récit qui cherche avant tout à visibiliser les femmes dans l’histoire.

Le pourcentage de biopics consacrés à des femmes n’a jamais dépassé 25 % du nombre total de biopics réalisés, d’après Karen Hollinger dans son livre Feminist Film Studies. Pourtant, ces dernières années, de plus en plus de films mettent en valeur les femmes qui ont marqué l’histoire : Lee Miller (2023), Colette (2018) ou encore Lady Nazca. Réalisé par Damien Dorsaz, le long-métrage sort en salles ce mercredi 10 décembre et a été diffusé en avant-première aux 38ᵉˢ RCC, en présence de la coscénariste Fadette Drouard. Ce biopic romancé relate les études de l’archéologue allemande Maria Reiche sur les lignes de Nazca au Pérou, dans les années 1930.
“Le cinéma est de plus en plus féminin, n’en déplaise à certains”, se réjouit Fadette Drouard. “Il y a toujours eu beaucoup de scénaristes avec, dans leur tiroir, des histoires de personnages historiques féminins. Ils étaient juste plus compliqués à produire, car moins de femmes se faisaient une place dans le milieu”, ajoute-t-elle.
« Faire justice à ces femmes, créer des modèles pour les petites filles »
Cette mise en lumière touche d’autres domaines artistiques, comme la littérature. La bande dessinée Les Culottées (2016), de Pénélope Bagieu, narre le portrait de 30 femmes oubliées de l’histoire. Elisabeth Bouchaud, physicienne, autrice et comédienne, a écrit en 2022 la série théâtrale Les Fabuleuses. Chaque pièce retrace la vie d’une femme scientifique victime de l’effet Matilda, soit la minimisation de leur contribution à la recherche.
“Mon objectif est de faire justice à ces femmes, de créer des modèles pour les petites filles et de déconstruire des mécanismes de spoliation de leur travail, souvent attribué à leurs collègues masculins”, souligne Élisabeth Bouchaud. “Le deuxième épisode raconte la vie de Jocelyn Bell, une physicienne dont le travail sur le signal radio des étoiles à neutrons a été subtilisé par son directeur de thèse. Il a obtenu le prix Nobel de physique en 1974 pour ces recherches volées”, ajoute-t-elle.
Le manque d’archives, un frein à la mise en lumière
“Je voulais faire un prochain épisode des Fabuleuses sur la mathématicienne iranienne Maryam Mirzakhani. C’est la première femme à avoir obtenu la médaille Fields en 2014, l’équivalent du prix Nobel en mathématiques. Le problème est qu’il existe trop peu de ressources sur elle”, déplore Élisabeth Bouchaud.
De son côté, Fadette Drouard a pu bénéficier des archives personnelles de Maria Reiche : “Le réalisateur l’a bien connue, ça nous a beaucoup aidé pour l’écriture.” En fictionnalisant une histoire vraie, le cinéma et le théâtre facilitent aussi le récit de la vie de ces femmes.
Émilie MORITZ & Maxime ZULIAN
édité par Léna JAUZE
