Alimentation saine des étudiants : « Le premier obstacle, c’est le budget »

Selon le Baromètre de la précarité étudiante de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), 66 % des étudiants sautent des repas chaque semaine, 86 % d’entre eux par manque d’argent ; une réalité qui inquiète alors que les troubles du comportement alimentaire (TCA) progressent chez les jeunes. C’est dans ce contexte que Soizic Gineau, diététicienne fraîchement diplômée après une reconversion professionnelle, sillonne les campus pour sensibiliser les étudiants.


Au stand de prévention installé dans le hall, Soizic Gineau sensibilise les étudiants à une alimentation équilibrée. Photo L.A

Pourquoi avoir choisi de devenir diététicienne ?

« Je suis diététicienne depuis quelques mois seulement, c’est le résultat d’une reconversion professionnelle. Avant cela, j’ai longtemps travaillé dans le secteur social, mais j’ai fini par ne plus être en accord avec mes valeurs. Puis je me suis dit que vu mon âge, si je voulais changer de voie, c’était maintenant ou jamais. J’ai cherché un métier qui reste dans la relation d’aide, mais avec plus d’autonomie et la nutrition m’a toujours passionné à titre personnel. »

Quelles difficultés rencontrent les étudiants pour bien manger ?

« Les étudiants font face à plusieurs obstacles. Le premier, c’est le budget, évidemment. Mais, il y a aussi le manque de repères : entre l’adolescence et l’âge adulte, on n’a pas encore son organisation ni ses habitudes, et ce que l’on a appris à la maison influence beaucoup notre façon de s’alimenter. Enfin, les troubles du comportement alimentaire concernent de nombreux jeunes, et le sujet revient souvent dans les conversations. »

Est‑ce pour autant impossible de manger équilibré avec peu de moyens ?

« Non, c’est faisable. Mais cela demande de l’organisation, de la curiosité et un peu d’envie. Beaucoup de jeunes ne sont pas encore prêts à s’y mettre. »

Quelles idées reçues et habitudes reviennent le plus souvent chez les étudiants ?

« Qu’il faut être riche pour bien manger. Que les légumes c’est compliqué et cher. Que cuisiner, c’est long. J’ai aussi l’impression que les étudiants mangent beaucoup de pâtes. Ce n’est pas un mauvais aliment en soi, mais ce n’est pas suffisant. Je vois aussi beaucoup de grignotage : les distributeurs sont partout, c’est facile, c’est sucré, ça réconforte. Et sur le moment, ça fait du bien, mais sur le long terme, c’est différent. »

Vous évoquez les TCA (troubles des conduites alimentaires). Quels signes peuvent alerter ?

« Les signaux, en réalité, ce sont des mots glissés dans une conversation. Une étudiante qui dit : ‘J’ai toujours eu un rapport compliqué à la nourriture’ ou ‘J’ai peur de grossir.’ Mais ce n’est jamais à nous de poser un diagnostic, c’est le rôle du médecin généraliste. »

Comment réagissez-vous face à une étudiante qui évoque un TCA ?

« D’abord, j’écoute. Toujours. Ensuite, je donne les ressources utiles : le numéro vert Anorexie Boulimie Info écoute (0810 037 037), les contacts des services spécialisés, et surtout, je conseille de consulter son médecin traitant. Parce qu’une diététicienne ne peut pas gérer seule un trouble alimentaire. Notre métier, c’est l’équilibre nutritionnel. Le TCA, c’est un symptôme d’un mal-être profond. Cela nécessite un accompagnement psychologique. »

Pensez-vous que l’on peut trouver un équilibre entre plaisir et alimentation équilibrée ?

« Bien sûr ! Et j’y tiens énormément. Manger, c’est un plaisir simple, accessible, convivial. Quand on se fait un bon repas, que l’on le partage avec des amis, que l’on rit… ça fait du bien. Mais c’est une question de choix personnels : quelle place je laisse à l’alimentation dans ma vie ? Dans mon budget ? Dans mon temps ? »

Pour finir, pouvez-vous rappeler l’assiette idéale pour un étudiant ?

« Pour quelqu’un qui a une activité physique normale, il faudrait la moitié de l’assiette remplie de légumes, un quart de protéines, animales ou végétales, puis un quart de féculents. Et le reste, c’est du plaisir, du partage, du bon sens. »

Propos recueillis par Lou-Ann ALGAY,
édité par Fleur DESCHEEMAKER

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