Existe-t-il de « bons » et de « mauvais » immigrés ?

David Torondel est bénévole à la Ligue des droits de l’Homme en Bretagne. En 2018, il a écrit un article intitulé « Les bons et les mauvais migrants…« , publié dans Alternatives Non-Violentes. Il explique ce que ces catégorisations révèlent sur la manière dont les migrants sont perçus.

David Torondel, bénévole à la Ligue des droits de l’Homme en Bretagne : « Dans notre imaginaire, un migrant, c’est toujours un Africain qui vient en France pour des raisons économiques. Et un expatrié, c’est un Français qui va travailler à l’étranger. » IPhoto illustration Emilie Moritz

« À l’immigration subie, je préfère l’immigration choisie », déclarait Nicolas Sarkozy en 2005, alors qu’il était député des Hauts-de-Seine. L’objectif de l’immigration choisie est de « privilégier les travailleurs qualifiés et ceux susceptibles d’être les plus utiles à l’économie nationale [et de rejeter] ceux venus en France pour des raisons familiales, comme les demandeurs d’asile ou ceux qui ne représentent pas ou peu d’intérêt économique et professionnel », explique Mustapha Harzoune, dans l’article Qu’est-ce que l’immigration choisie ? Mais cette notion interroge : existe-t-il une « hiérarchie » des immigrés ?

Le « bon expatrié » et le « mauvais immigré »

« Dans notre imaginaire, un migrant, c’est toujours un Africain qui vient en France pour des raisons économiques. Et un expatrié, c’est un Français qui va travailler à l’étranger », observe David Torondel. « Mais d’un point de vue linguistique, les mots expatrié et immigré ont le même sens« , souligne-t-il. Expatrié vient de « ex » (hors de) et « patria« (son pays). Le mot immigré vient du latin « migrare« , et signifie se déplacer d’un endroit à un autre.

Thanina et Inès sont créatrices de contenus sur les réseaux sociaux et elles ont choisi d’aller travailler à l’étranger. Pour elles, le choix des mots a de l’importance : « on est immigrées et pas expatriées à Bali. Je sais que c’est plus beau à dire expatriées […] et c’est moins sexy de dire immigrées, mais c’est la réalité », préviennent-elles sur leur compte TikTok Thanina & Inès-CWA.

Une hiérarchisation ethnoculturelle

« J’ai l’habitude de traîner sur des forums d’extrême droite et pour ces personnes, on a l’impression que l’immigration asiatique est toujours positive, parce qu’on les considère souvent comme plus intelligents que nous. On a l’impression qu’ils vont nous enrichir, travailler sérieusement et ne vont pas faire de vagues », constate David Torondel.

Mais tous les immigrés ne bénéficient pas de stéréotypes aussi mélioratifs « Dans nos représentations collectives, on a l’impression que les Africains et les Arabes vont venir voler le pain des Français, même s’ils sont diplômés ! », ajoute-t-il. « En revanche, personne ne se soucie de l’immigration belge, espagnole, allemande… » Selon le Standard Eurobarometer de la Commission européenne, à l’automne 2015, 64% des Français avaient une perception négative de l’immigration venant des pays hors de l’Union européenne (UE).

Quand les stéréotypes migrent

Cette hiérarchie n’est pas figée dans le temps. Si aujourd’hui les Français ont une perception négative de l’immigration hors UE, jusque dans les années 1960, c’étaient les Italiens qui étaient victimes d’insultes xénophobes. « J’ai fait des recherches sur les statistiques de la délinquance étrangère, et c’est assez frappant de comparer : dans les articles au XXᵉ siècle, on parlait des Italiens comme des délinquants, et aujourd’hui, ce sont les immigrés du Moyen-Orient. Les formulations sont quasiment les mêmes, mot pour mot », pointe David Torondel. Comme le rappelait déjà le sociologue Robert E. Park, en 1950, dans Race and culture « dans les relations entre races, il existe un cycle d’événements qui tend partout à se répéter. »

Émilie MORITZ édité par Sam DELAUNAY

Laisser un commentaire