Mardi 18 novembre, la comédie italienne Follemente a été projeté en avant-première lors de la 38ᵉ édition des Rencontres Cinématographiques de Cannes. Le film relate le premier rendez-vous amoureux entre les deux personnages principaux. Dans la salle, le public essentiellement retraité a été surpris des nouvelles façons dont les jeunes se draguent.

Comment s’habiller, que dire, que faire et surtout, comment ne pas faire fuir l’autre ? Les premiers rendez-vous amoureux sont la source de bien des questions, auxquelles s’intéresse Paolo Genove dans Follemente, à nouveau projeté en avant-première mardi 18 novembre, au cinéma des Arcades à Cannes. La comédie italienne suit le tête-à-tête romantique de Lara et Piero, et surtout leurs voix intérieures.
« J’aurais aimé aller en rencard de nos jours… »
Dans la salle de la première projection, la moyenne d’âge est assez élevée. Le public s’étonne de la façon dont les jeunes se draguent. « Nous ne sortions pas avec le premier inconnu venu, qui allait sûrement nous gaver au bout de deux minutes. On se connaissait avant, on savait si on se correspondait. Quand on se fréquentait, c’était pour que ça dure », ravive Annie.
Avant de se marier à 28 ans, Ginou aussi sortait avec des garçons qu’elle connaissait bien, ou qu’elle rencontrait en discothèque : « Nous n’avions pas de téléphone portable ni de réseaux sociaux. Les interactions étaient très naturelles et spontanées. Bien sûr, au premier rencard, si j’avais flashé sur le garçon, j’étais intimidée. Mais si je m’en fichais, alors aucun stress. »
Yvette, 85 ans, n’a pas vraiment eu l’occasion de « fréquenter ». Née au Maroc, elle s’est mariée très jeune afin de poursuivre ses études en France : « À mon époque, les parents décidaient. Il n’y avait pas de sortie galante, il fallait se marier tout de suite. À 23 ans, j’avais déjà trois enfants, en parallèle de mes études en biologie. C’est très bien que les mœurs changent. Je ne souhaite à personne de ne pas avoir le choix. J’aurais aimé aller en rencard de nos jours…»
« Beaucoup d’entrevues sans lendemain »
Le premier rendez-vous à l’ère des applications de rencontres n’a plus grand-chose à voir avec le rencard d’hier. On « matche », on lance la conversation, selon des critères renseignés sur notre profil tels que l’âge, la taille et les photos. Après quelques échanges vient au mieux la rencontre. Émilie Saugrain est sexologue et thérapeute de couple à Nice : « Ce sont beaucoup d’entrevues sans lendemain, souvent à motivation sexuelle, dans lesquelles le physique est le critère numéro 1. » En 2023, selon l’Inserm, 40 % des femmes de moins de 30 ans et 43 % des hommes du même âge ont déjà rencontré un ou une partenaire sexuel-le via ces applications.
Le date : un moment sacral
Toutes les rencontres ne se font pas virtuellement. Martin, 20 ans, et Lisa, 19 ans, en couple depuis plusieurs mois, ont fait connaissance à la fac. Pas d’angoisse pour Lisa lors des premiers dates « Je suis contente d’y être, je vis le moment présent sans trop me poser de questions. Si ça ne marche pas, tant pis, je le fais pour l’expérience vécue. » Comme les personnages du film, Martin est très stressé : « C’est la panique à bord, je ne sais pas comment agir. Je n’aime pas trop le côté réglementé et faux, les gens jouent un rôle. » La sexologue approfondit : : « On veut paraître au mieux, quitte à mentir un peu. Le cinéma peut aider à désacraliser ce moment très codifié, le rendre moins intimidant. »
Eléana CHOUZENOUX–PIRIS & Sam DELAUNAY
édité par Emilie MORITZ
