En Savoie, les travailleurs forestiers évoluent entre sécurité et contrainte physique. La statistique est alarmante : en France, un bûcheron sur 22 n’atteint pas l’âge de la retraite.

Dans le cadre du festival Les Forestivités, organisé par la communauté de communes d’Arlyser, une dizaine de personnes venaient découvrir le chantier forestier au-dessus de Queige (Savoie). Un moyen de sensibiliser le public à la difficulté des métiers des professionnels du bois.
Nicolas Gombert a 44 ans, il est débardeur. Il admet : « C’est dangereux comme métier, il faut toujours être attentif à ce que nous faisons, tout le temps. Il peut rapidement y avoir un incident. » Depuis ses 21 ans, le quadragénaire travaille sur les chantiers forestiers à l’aide de sa machine, un débusqueur. Celle-ci transporte les troncs d’arbres en dehors de la parcelle, pour permettre leur évacuation.
« Les accidents, j’en ai eu un paquet en trente ans. Des coupures, des côtes cassées, des luxations en tout genre », Christophe Bérard, bûcheron.
« Quand tu arrives à la retraite, tu es cassé »
Selon un rapport publié en 2021, réalisé par l’Institut technologique FCBA (Forêt, Cellulose, Bois, Construction – Ameublement), le nombre d’accidents graves non mortels en bûcheronnage reste relativement stable sur la période 2011-2019, hors Alsace-Moselle. On dénombre en moyenne 95 accidents graves par an.
Christophe Bérard reconnait la difficulté du métier : « Honnêtement, je suis rincé, j’ai les deux genoux qui mériteraient une prothèse, mais je travaille encore. J’ai été opéré des cervicales, je suis au bout du bout. »
Chaque jour, il transporte une importante quantité d’outils : « Dans mon sac, j’ai un cric hydraulique, une masse, un bidon d’essence et la tronçonneuse. J’ai facilement entre 35 et 40 kg de matériel à transporter. » Il résume : « Être bûcheron, c’est dur, car quand tu arrives à la retraite, tu es cassé. »

Christophe Bérard et Nicolas Gombert travaillent huit heures par jour en forêt. Pour eux, les métiers du bois consistent en un long marathon, dans lequel il faut pouvoir tenir jusqu’à la fin de la saison. Nicolas Gombert raconte : « À la fin de la journée, tu ne peux plus tenir la tronçonneuse. Si tu fais des heures supplémentaires en fin de semaine, il y a un accident. »
De nombreuses contraintes existent dans les zones montagneuses, où la mécanisation est bien moins présente qu’en plaine. Les facteurs comme la pente, l’étroitesse des pistes et la météo rendent le travail davantage exigeant.
Un métier moins attractif
Rares sont les jeunes qui font encore une carrière longue dans le bûcheronnage. Rencontré lors de sa réorientation professionnelle, Guillaume Gergot est un ancien bûcheron de 29 ans. En 2024, il se reconvertit en agent forestier à l’Office National des Forêts (ONF). Il admet : « J’ai arrêté le métier car j’ai eu un gros accident qui m’a choqué, c’était un coup sur la tête. Souvent, tu te fais des frayeurs en bûcheronnage. Une fois, c’était sur le plateau des Glières en plein hiver. En forêt, tu passes ton temps à glisser. À un moment, j’ai perdu l’équilibre à cause de la neige et je suis tombé les deux avant-bras sur la tronçonneuse en marche. Par chance, j’avais beaucoup de vêtements sur moi, donc la chaîne les a coupés et m’a juste un peu ouvert les avant-bras en surface. Ce jour-là, j’ai eu de la chance. » La répétition des accidents, couplée à des raisons économiques, a incité le jeune homme à sortir du métier.
« Nous faisons partie des derniers bûcherons qui ont fait carrière. Je vois les jeunes : ils font une vingtaine d’années ou moins, et après ils arrêtent », analyse Christophe Bérard.

Sécurité renforcée
Guillaume Gergot témoigne : « Lorsque nous travaillons, nous avons systématiquement des chaussures de bûcheronnage et un pantalon. Il arrivait souvent que je coupe mon pantalon ou que je me mette des coups de tronçonneuse dans les chaussures sans faire attention. Je me disais : « heureusement que je les avais. »
Christophe Bérard reconnaît : « Quand j’ai commencé mon activité, je n’avais pas de casque, j’étais en jeans. D’ailleurs, à l’époque, je me suis coupé. J’avais juste des protections anti-bruit, l’ONF ne nous embêtait pas trop. Maintenant, c’est devenu obligatoire, surtout pour un salarié qui a interdiction de travailler sans les EPI (équipement de protection individuelle). »
Et pour cause, le respect des consignes de sécurité, en plus du matériel de protection, est un facteur qui permet de réduire les accidents. En France, le nombre moyen annuel d’accidents en bûcheronnage a diminué de 21 % sur la période 2011-2019, d’après le rapport de l’Institut technologique FCBA.
Timothé COURIVAUD
édité par Louis BÉASSE
