Dans les pas d’Alexandre, entreprise azuréenne créée par Alexandre Gandon, propose depuis cinq ans des voyages en réalité virtuelle pour les personnes à mobilité réduite.

« Laissez-vous porter par la musique et les images », répète Alexandre Gandon aux résidents de l’Ehpad Villa Gallia de Cannes. Au programme de ce matin : un voyage au Portugal, sans quitter la structure. Telle est la formule proposée par l’entreprise Dans les pas d’Alexandre. « Parfois, c’est dur d’expliquer aux résidents ce qu’ils vont faire. Pour simplifier, je leur dis que nous allons juste regarder des vidéos et des images de voyage, et que nous allons faire une sorte de visite guidée », partage Alexandre Gandon, 32 ans.
Faire voyager ceux qui ne le peuvent pas
Le concept est simple. Alexandre Gandon est passionné de voyage. Quand il part, il filme ses destinations. Rentré chez lui, il monte les vidéos et y ajoute son commentaire, pour en faire une visite guidée. Une fois terminé, il partage ses visites dans les Ehpad de la Côte d’Azur. « Mon but est de faire le guide pour les personnes qui peuvent moins voyager que moi », raconte-t-il. Originaire de Nantes, il vit à Cannes depuis six ans. À l’Ehpad Villa Gallia, tout le monde est content de le voir arriver. Le jeune entrepreneur débarque avec trois grandes caisses remplies de casques de réalité virtuelle.
Une immersion encadrée en unité protégée
Il opère dans l’unité protégée de la structure, réservée aux seniors atteints de troubles cognitifs, comme la maladie d’Alzheimer. Pour ouvrir les portes et accéder aux locaux, il faut trois codes différents, un dispositif permettant de garantir la sécurité des résidents. Cela peut sembler intimidant au début, mais Alexandre Gandon garde toujours le sourire. « Je suis un peu comme chez moi ici, je reviens tous les mois », explique-t-il. Magali, l’aide-soignante, est occupée quand l’intervenant arrive. Mais il connaît les lieux et s’installe tranquillement de manière autonome. Il vérifie si les casques sont suffisamment chargés et déplace les fauteuils pour créer l’endroit le plus apaisant possible. « Il ne faut pas croire que les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ne peuvent plus s’amuser. Ils ont certes perdu la mémoire, mais conservent les plaisirs de la vie », insiste-t-il. Les “voyageurs” arrivent enfin dans la salle. Magali choisit qui peut participer, en fonction de l’état de santé des patients. « L’animation dure une vingtaine de minutes. Pour certains, c’est dur de rester assis si longtemps », précise-t-elle.
Un atelier aux multiples bienfaits
L’atelier commence. Le trentenaire pose quelques questions pour stimuler la mémoire des participants et voir s’ils se souviennent de l’atelier du mois dernier. Il y a cinq personnes dans la salle. « Ce matin, je vais vous montrer des images. Nous allons partir au Portugal », explique-t-il. Le casque de réalité virtuelle est un outil étrange pour les résidents, mais Alexandre Gandon choisit toujours les bons mots pour rassurer son public : « Avec ces lunettes, vous pourrez voir en grand et vous aurez l’impression d’être là-bas. » Les patients peinent à reconnaître l’animateur, même s’il vient les voir régulièrement. Au début, le silence règne dans la salle. C’est un véritable moment de détente pour eux. Les images aux couleurs vibrantes et les explications d’Alexandre Gandon sont une combinaison apaisante pour les seniors. Cet atelier n’est pas seulement de la relaxation. Avec les casques, les seniors peuvent tourner la tête à droite et à gauche pour avoir une vue à 360 degrés des images. Ces mouvements servent à développer la motricité visuelle.
« Je suis au-dessus de toutes les maisons ! «
Le premier groupe qui participe à l’activité est très calme. Ils ne font pas de remarques, seulement des remerciements à la fin. Mais quand le deuxième groupe arrive, l’atmosphère change. Les participants sont souriants et beaucoup plus bavards que les précédents. Dès que l’entrepreneur installe les casques sur leurs têtes, ils commencent à raconter ce qu’ils voient. « Je suis au-dessus de toutes les maisons ! La mer est trop belle ! », s’exclame Mme L. , qui continue de sourire et de faire des observations tout au long de son voyage virtuel. « Les paysages étaient magnifiques, je croyais qu’on ne pouvait en trouver qu’en France », s’émerveille Mme B.
Le deuxième atelier se termine, et le voyage aussi. Il est temps de refaire les valises. Alexandre Gandon range les casques dans leurs boîtes et repart dans un autre Ehpad pour une nouvelle animation. « J’ai un rythme chargé, mais il est important pour moi d’être là pour les seniors et les soignants qui les accompagnent », raconte-t-il. « Je ne veux pas me limiter à faire de la location de casques, ma vraie force est de venir sur place. Il n’y a personne d’autre dans la région qui fait cela », souligne-t-il.
Isabella MARCHIORON
édité par Eléana CHOUZENOUX–PIRIS
