Cet automne, des castanéiculteurs isérois ont dénoncé des vols à répétition de châtaignes sur leur exploitation. Ces vols feraient planer un risque économique pour certains producteurs.

« À l’automne, tout est permis. » C’est le constat de Denis Bouffard, agriculteur isérois. Il produit des châtaignes sur certaines de ses parcelles situées à Voiron (Isère) et dénonce les vols qu’il y subit : « Quand les parcelles ne sont pas closes, et même si elles le sont, les gens se servent. Les noix, les châtaignes, à l’automne, c’est libre- service. » L’agriculteur sexagénaire « ne ramasse rien » de ses châtaigniers en bord de route. « Si vous n’êtes pas sur le qui-vive, et que vous n’allez pas ramasser les deux noix ou châtaignes qui tombent, vous ne les ramassez pas. Il n’y a presque plus rien. »
Un problème économique
Tiphaine Bouvier cultive treize châtaigniers sur sa parcelle forestière à Bilieu, dans le Pays voironnais. Elle commercialise ensuite sa récolte principalement sous forme de crème de marrons cuisinée. Elle est aussi concernée par le problème. « L’an passé, je crois que j’ai perdu 30 % de ma récolte à cause des vols. Les gens se promènent et se servent, […] c’est un vrai manque à gagner. Si je constate les mêmes pertes à la fin de la saison, je ne suis pas sûre de pouvoir continuer l’année prochaine. »
« Nous n’avons aucun chiffre à l’échelle nationale permettant de quantifier l’ampleur des pertes », reconnaît Éric Bertoncello, membre du Syndicat national des producteurs de châtaignes (SNPC) et castanéiculteur ardéchois. Il sait toutefois que le problème est national : « Les vols, on y est tous confrontés à un moment ou un autre, en Ardèche, en Isère comme en Dordogne. » En plus des pertes, Denis Bouffard remarque que les vols entraînent une baisse de la demande du fruit automnal. Un poids qui affecte encore la trésorerie des producteurs. « Ramasser, c’est une chose. Vendre des châtaignes, quand tout le monde se sert déjà, c’en est une autre. »

Des profils de voleurs variés
« 95% des personnes [qui volent] savent que les terrains où ils récoltent sont privés et cultivés », dénonce le producteur isérois. « C’est bien plus pratique d’aller ramasser des châtaignes dans un endroit tout propre. » La castanéicultrice biliantine dresse un portrait différent des voleurs. « Les promeneurs manquent d’information et croient que les forêts sont publiques. Il faut les informer, les gens ne sont pas tous de mauvaise foi. » Certains ramasseurs se montrent pourtant malhonnêtes. Jeanne* ramasse des châtaignes dans un terrain fermé dont elle a sciemment gravi la clôture : « Ce n’était pas clairement indiqué que c’était privé, nous sommes censés le deviner ? »
« Parfois, les promeneurs sont violents », déplore une amie de Denis Bouffard. « J’ai de la famille qui cultive la châtaigne, donc comme je suis consciente du problème pour les agriculteurs, j’intervenais quand je voyais des vols. On m’a insultée pour cela, depuis je ne dis plus rien. « Tout le monde a toujours ramassé les châtaignes y compris en terrain privé et cultivé », se souvient l’agriculteur voironnais, qui a repris l’exploitation familiale avec sa fille. « La différence, c’est qu’avant, il y avait beaucoup de petits producteurs qui surveillaient leurs parcelles. Maintenant, nous avons des plus grandes exploitations, c’est plus difficile à contrôler. »

Des solutions contre les vols
Face à ces vols, l’agriculteur sexagénaire a cessé d’entretenir ses arbres en bord de route, dont il ne tirait pas profit. « Nous en avons planté vingt, ce sont les seuls que nous cultivons. Comme ils sont devant la ferme, on peut davantage surveiller. » Tiphaine Bouvier, elle, a fait le choix de la responsabilisation. « J’ai installé des panneaux sur mes arbres. J’explique avec humour que si les châtaignes sont bonnes, c’est parce que j’y travaille toute l’année. »

En Isère, les actions pour tenter d’endiguer ces vols ne sont pas organisés à une échelle plus large que celle des producteurs. « Au niveau du syndicat, nous n’avons aucune action en place pour la prévention des vols, ces choses sont conduites par les structures départementales ou régionales », prévient Éric Bertoncello, au nom du Syndicat national des producteurs de châtaignes (SNPC). La chambre d’agriculture de l’Isère n’agit pas non plus en ce sens et il n’existe pas de syndicat isérois qui unisse les forces des producteurs. En Ardèche, premier département français producteur, les castanéiculteurs, regroupés en un « Comité interprofessionnel de la châtaigne d’Ardèche, diffusent des panneaux de prévention dans les forêts », indique Éric Bertoncello. « Ce serait une première étape, mais cela ne suffirait pas », juge Denis Bouffard.
Robin BELTRANO
édité par R.B.
