À Cannes, la brocante résiste à l’ombre du commerce en ligne

Chaque week-end à Cannes, les stands de la brocante s’installent au cœur de la ville. Tandis que les ventes en ligne progressent, les visiteurs viennent encore chercher ici surprise et authenticité.

Objets trouvés sur l’étal de Gérard Boghossian à la brocante de Cannes. Photo A. P.

En fin de semaine, sous les platanes de l’Allée de la Liberté, à deux pas du Palais des Festivals, les étals de la brocante de Cannes s’alignent entre livres anciens, vaisselle et bibelots. Depuis chez eux, assis devant un écran, un Français sur six fait défiler les pages d’eBay. La promenade conserve pourtant ses habitués, flâneurs attentifs aux hasards d’une trouvaille.

Pas question de mettre la clé sous l’étal
Selon Gérard Boghossian, président de l’association des brocanteurs de Cannes, son commerce n’a rien à craindre : « la brocante, c’est dans l’esprit français. Et puis l’objet qu’on voit en se baladant, on l’a dans les mains et on tombe amoureux. Sur Internet, on a juste une photo. Ça ne veut rien dire ! » À côté de lui, l’antiquaire Christophe Joigneault acquiesce : « il y a les chineurs aussi, qui cherchent la pièce de collection. Des fois, ils cherchent l’erreur dans l’objet, ce sont souvent de vrais passionnés qui ne peuvent pas se permettre de prendre des risques en achetant en ligne. »

Le président de l’association explique que lui-même ne se fie plus aux commandes de seconde main en ligne : d’après son expérience, deux achats sur trois étaient frauduleux. « Je travaille beaucoup avec des habitués, ils sont en confiance, ils savent que je ne les ai pas arnaqués donc ils reviennent. Et Cannes, c’est petit, on est là tous les samedis : s’il y a une erreur, ils peuvent nous retrouver. »

Si les deux brocanteurs ne se servent pas des commerces de babioles en ligne pour fournir leurs étals, les plateformes deviennent au contraire un atout de vente : « souvent, eBay nous avantage, c’est plus cher en ligne, donc pour la négociation, c’est plus facile », explique Gérard Boghossian. « Aujourd’hui, je vends un bac à champagne Vachard, il vaut 4 000 € et je le vends 980 €. Celui qui ne s’y connaît pas va me prendre pour un fou, mais le connaisseur va aller chercher le prix sur Internet et il va sauter sur l’occasion. »

Les passants s’arrêtent pour observer les étals. Photo A. P.

Un plaisir irremplaçable
Sur le stand de CD en face de celui de Christophe Joigneault, un couple de sexagénaires passe en revue les disques les uns après les autres. « C’est ça, ce qu’on appelle “vivre” ! Il fait beau, il fait chaud, on a le plaisir de sortir, d’observer et de naviguer entre les stands, et de trouver, ou pas, quelque chose, » se réjouit Josiane. « Ce bonheur-là, on ne l’a pas sur Internet. Toute la journée on travaille derrière nos ordinateurs, ça fait du bien de sortir. » Son mari Christophe, qui revient avec un album des années soixante-dix dans les mains, renchérit : « sur eBay et tous ces sites, quand on n’est pas collectionneur, on y va avec quelque chose de précis en tête, alors qu’ici on se balade, on flashe et on se fait plaisir, c’est un cadeau que l’on s’offre. »
Avant de passer à l’étal d’argenterie, Christophe avoue : « quel plaisir de toucher, de voir et de se dire qu’on prendrait ceci ou cela plutôt que de trouver un truc en ligne à 5 € pour lequel on paierait plus en frais de port ».

Armance POMARES
édité par Margot LEMOINE

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