La Bretagne, connue pour son identité culturelle, continue son combat. Les groupes anti-capitalistes revendiquent et recrutent.

Un récent sondage réalisé par l’IFOP pour Régions, Peuples, Solidarité (RPS), publié le 19 août 2025, met en lumière la vigueur de l’identité bretonne et les aspirations profondes des Bretons pour une reconnaissance accrue de leurs spécificités. 47 % des Bretons se déclarent plus attachés à la Bretagne qu’à la France. Dans un contexte où le centralisme parisien est de plus en plus contesté, la Bretagne se distingue par un attachement à son identité. Le militantisme breton est très régulièrement caricaturé et interrogé quant à l’efficacité de ses actions. Les groupes indépendantistes ne représentent pas la majorité du militantisme en Bretagne, mais occupent une place spécifique et identifiable dans le paysage politique et militant en 2025. Pour Steven, membre du groupe politique indépendantiste Douar Ha Frankiz (DHF, Terre et Liberté en français), il est tout d’abord « primordial de ne pas confondre indépendantisme, autonomisme et régionalisme ». Il développe : « Notre objectif est de reprendre les rênes du pays et non de passer notre temps à Paris pour demander si on a le droit d’agir. »
Plus de 80 % des impôts ne reviennent pas à la région
Créé en 2020, DHF a une seule volonté : que les Bretons récupèrent la possibilité de s’exprimer et de choisir pour eux-mêmes. Steven va jusqu’à affirmer que « la Bretagne est une colonie française, ce qui signifie [qu’elle a]le droit à un début de décolonisation ». Gaël Roblin, militant pour une Bretagne indépendante depuis les années quatre-vingt dix est aujourd’hui membre du collectif War-Sav (Debout en français) et conseiller municipal à Guingamp. Depuis le début de sa carrière d’activiste, il observe un changement dans les mentalités : « Il y a une accélération des débats assez impressionnante. De nombreux élus de partis politiques diamétralement opposés nous rejoignent sur certaines questions. » Se revendiquant d’idéologie marxiste, War-Sav et Douar Ha Frankiz ne sont pas d’accord sur tout, mais, se rejoignent sur une problématique : plus de 80 % des impôts prélevés en Bretagne ne reviennent pas directement à la région. « Si l’on pouvait récupérer cet intérêt fiscal, la Bretagne pourrait gérer un système de santé efficace au sein de la région sans intervention de l’état parisien », revendique Gaël Roblin.
Un ancrage minoritaire mais structurant
En 2020, deux candidats de DHF se présentaient sur les listes départementales des Côtes-d’Armor, le parti n’avait emporté que 5 % des voix. Les groupes indépendantistes n’occupent pas une place prépondérante dans la politique, mais leur influence est perceptible. En mai dernier, le collectif War-Sav était à l’origine d’une manifestation en faveur de l’indépendance bretonne rassemblant 2 500 personnes. Leur capacité à lier luttes sociales, ancrage local et revendication politique, contribue à déplacer progressivement les lignes du débat public en Bretagne. « Nous sommes souvent des petits groupes, mais qui savent s’organiser » raconte Gaël Roblin. Il conclut : « Je suis très enthousiaste. En trente ans, même s’il y a eu de la frustration, nous avons clairement avancé ».
Juliette GUIBERT
