Entre exigences sportives et réussite scolaire, les jeunes rugbymen du centre de formation du RCT doivent trouver un équilibre dans leur quotidien. Le club met en place un accompagnement pédagogique, administratif et psychologique pour aider ses espoirs à gérer la charge du double projet et à prévenir le surmenage.

Dans les centres de formation des clubs professionnels de rugby français, le double projet est une obligation. Selon les règles de la ligue nationale, les trente jeunes joueurs du Rugby Club Toulonnais (RCT) doivent continuer leurs études en parallèle de leur formation sportive, une liaison parfois compliquée.
« Il faut être un minimum studieux »
Un double cursus impliquant une formation en présentiel signifie un quotidien adapté aux exigences. Une bonne organisation est nécessaire, entre suivi des cours et présence aux entrainements, pour ne pas se sentir surmené. Oliver Cowie, étudiant en dernière année de licence économie gestion, a pris pour habitude de se faire un planning, de dialoguer avec ses professeurs, et de rattraper les cours manqués. En périodes d’examens ou de compétitions internationales, le suivi de la formation présente de nombreuses difficultés car il incombe de mettre entre parenthèse un des deux domaines, au vu de la place prise par l’autre. « Pendant quatre mois, je n’étais pas là, c’était l’enfer. Je rattrapais les cours comme je pouvais. Au début, je m’étais un peu dit que je j’allais me focaliser sur le rugby, mais ce n’était pas du tout la chose à faire, se remémore le trois-quarts centre. J’ai pris du retard avec les cours. Quand je suis rentré, j’avais trois semaines avant mon partiel. J’ai bossé jusqu’à 21h, 22h tous les soirs », explique Oliver Cowie, vainqueur du dernier tournoi des Six nations avec l’équipe de France u20.
Sophie Magdziak, responsable pédagogique des joueurs du centre de formation du RCT, reste vigilante aux étudiants en présentiel et alerte sur la difficulté de ce type de cursus. « Avec Cédric Béal [directeur du centre de formation], on fait attention aux joueurs qui vont aller à l’université. Il faut être un minimum studieux, donc on les met en garde, on les prévient que ça ne va pas être évident, et que ça demande beaucoup, d’autonomie, explique-t-elle. On s’adapte vraiment aux joueurs, on essaye de les suivre le plus possible, de dialoguer avec eux, et le but, c’est de mettre en place aussi des cours de soutien pour ceux qui en ont besoin. » Pour faciliter la gestion du double projet, le club décharge également les joueurs de certaines tâches administratives, leur permettant de se concentrer sur leurs activités et de diminuer un possible stress face à la surcharge. Il met également à disposition un préparateur mental qui intervient en début de saison avec tous les joueurs et propose des bilans approfondis sur demande. Ce suivi permet aux jeunes rugbymen de rester vigilant à leur état psychologique.
Le distanciel : une alternative qui séduit
Nombreux sont ceux qui passent alors en distanciel, certains de leur côté, comme Barnabé Mechentel, étudiant à l’école de management de Grenoble après avoir été diplômé d’une licence en mathématiques. « Toutes les visios sont enregistrées, donc si on n’est pas disponible, on la rattrape plus tard. C’est relativement simple », raconte l’ailier. D’autres prennent part au partenariat entre le club toulonnais et la structure de formation à distance Icademie, comme Samuel Jean-Christophe. « Nous travaillons avec eux depuis fin 2020. Ils ont pas mal de formations qui plaisent aux joueurs, se réjouit Sophie Magdziak. Ça se passe bien, on a eu des résultats, on a encore une dizaine de joueurs chez eux cette année. » Cette formule flexible permet aux étudiants de mieux gérer leur emploi du temps et de réduire la fatigue. « On s’arrange par rapport aux disponibilités de chacun pour les créneaux des cours », se satisfait Samuel Jean-Christophe. Le jeune pilier a participé au Tournoi des Six Nations et aux championnats du monde avec l’équipe de France u20, tout cela sans rater de cours grâce aux visioconférences.
Lorsque les joueurs sont adaptés à la gestion de ce double projet, il devient parfois bénéfique. « Ça nous permet de nous évader, de changer du monde du rugby, de parler d’autre chose parce que sinon on ne parle que de ça et ça prend vite la tête », analyse Samuel Jean-Christophe. Et ce, surtout en période de matchs ou de sélections nationales. « En déplacement, dans le bus, si au lieu de penser au match, je révise parce que j’ai beaucoup de travail, quand j’arrive au stade, je n’ai pas eu toute la pression d’avant. Je pense que ça permet un bon équilibre pour ne pas se noyer dans le rugby ou dans l’école », argumente Barnabé Mechentel.
Ambre COUTEL
