À l’écran, la représentation des personnages racisés reste encore un défi

Alors que le cinéma et les séries donnent à voir de plus en plus de personnages racisés, leur présence ne suffit plus. Entre whitewashing, récits centrés sur des perspectives blanches et stéréotypes dramatiques, une nouvelle génération de spectateurs réclame des histoires débarrassées des clichés. 

Photo illustration CC Expels

« On sait tous qu’il faudrait plus parler des personnes racisées et des immigrés. Mais ce n’est pas forcément ce dont les réalisateurs veulent parler en premier», soutient Harena M., vingtenaire malgache et étudiante en cinéma. Si le septième art évolue avec les temps, les attentes du public aussi. Entre stéréotypes dépassés et inclusion forcée, montrer des personnages racisés dans les films et les séries n’est pas une affaire facile. Quand il s’agit de diversité à l’écran, les clichés sont récurrents.

Whitewashing et récits biaisés : une fausse inclusion

Le whitewashing, ou blanchiment culturel, en est un exemple flagrant. Cette pratique consiste à confier des rôles de personnages non-blancs à des acteurs blancs, mais aussi à «adoucir» les traits et le caractère de ces personnages, spécialement quand ils sont joués par des acteurs racisés. Dans la série américaine Ginny et Georgia (2015- en cours), Ginny, personnage dont le père est afro-américain et la mère blanche, voit son côté racisé blanchi. « Souvent, dans la série, elle se lisse les cheveux pour être plus belle. Cela peut paraître bête, mais c’est un geste fort. Elle refuse de porter ses cheveux naturels, de montrer ses origines afro-américaines », s’indigne Dakota D., passionnée de cinéma. 

Des histoires racisées racontées avec un regard occidental

Il existe aussi des narratifs récurrents liés aux personnes racisées. Quand des films ou des séries montrent des personnages non-blancs ou issus de l’immigration, leurs histoires ont souvent des tonalités dramatiques. Généralement, il s’agit de récits d’esclavage, de guerre, de mort. Mais la diversité des personnages n’est pas le seul critère dont il faut tenir compte. Comme le souligne l’influenceuse Sarah Bouchamama sur Instagram : «Le problème de représentativité de notre culture dans le cinéma n’est plus vraiment lié à comment on la représente, mais au fil narratif de l’histoire.» Dans son propos, elle fait référence à Sur la route de papa (2025), long-métrage qui raconte le traditionnel voyage de famille en voiture pour aller au Maroc. Le récit se concentre en effet sur la femme blanche du protagoniste marocain. Hostile au début, elle s’immerge dans la culture et se rend compte que « les Marocains ne sont pas si mal que ça ».

Le problème du white savior

Un autre exemple célèbre de ce même mécanisme est La couleur des sentiments (2011), qui raconte l’histoire de nombreuses domestiques noires dans les États-Unis des années soixante, mais à travers la perspective de la protagoniste blanche, qui écrit leurs témoignages. La protagoniste du long-métrage est souvent citée comme un exemple de white savior, expression qui décrit une personne blanche, valorisée comme étant libératrice et secourable à l’égard des non-blancs. Même si l’on pourrait croire que le film est un hommage à ces domestiques noires, les choix narratifs démontrent clairement l’inverse. 

Diversité à l’écran : la demande d’un quotidien, pas d’un cliché

«Au final, nous voulons juste voir des personnages racisés vivre des histoires ordinaires, voire banales», admet Tess H., cinéaste en herbe. « La série Skam (2015-2017) en est un bon exemple. Il y a des jeunes racisés qui vivent tout simplement des problèmes de jeunes. Mais la série touche aussi aux problèmes auxquels les personnages immigrés font face. Il y a un peu de tout et c’est très bien réussi », complète Dakota D. À cela s’ajoute aussi une volonté d’avoir davantage de longs-métrages inclusifs, esthétiquement beaux et qui mêlent fiction et réalité. Tout cela peut se retrouver dans Atlantique (2019), Grand prix du Festival de Cannes. Dans ce film, des jeunes ouvriers sénégalais décident de quitter leur pays en embarquant sur l’océan Atlantique. « C’est une excellente preuve qu’on peut parler d’immigration en faisant attention aux personnages, au récit et à l’esthétique », se réjouit Harena M..  

25 % des rôles principaux sont tenus par des acteurs racisés

Si la diversité est importante pour que tout le monde se sente représenté, à Hollywood, principale usine à films, « la diversité est aussi un élément clé du paysage financier global », déclare Jade Abston, doctorante en cinéma et médias à l’Ucla (Université de Californie à Los Angeles) et co-auteure de l’étude annuelle Holliwood Diversity Report. « La diversité voyage. Lorsqu’un film manque de diversité dans les visages et les perspectives, il n’est tout simplement pas aussi attrayant. » Malgré cela, l’étude montre que les personnes racisées restent sous-représentées en tant qu’acteurs principaux, réalisateurs, scénaristes et acteurs dans l’ensemble des films hollywoodiens. Les acteurs racisés représentaient 25 % des rôles principaux dans les films les plus populaires de 2024, contre 29 % en 2023. 

Isabella MARCHIORON

édité par Emilie MORITZ

Laisser un commentaire