À Montaut (Ariège), le collectif Joie de vivre lance, en plein automne 2025, un nouveau concept de café. Leur objectif : apporter un peu de magie dans ce village isolé du piémont ariégeois.

Mercredi 29 octobre 2025, l’association Joie de vivre a ouvert son nouveau café solidaire, non loin de sa place éponyme, au cœur du village de Montaut, en Ariège. En cette calme matinée d’automne, le ciel est légèrement voilé et l’air est doux. Des effluves de café se dégagent de ce lieu féerique. Dehors, des passants s’agitent çà et là tandis qu’à l’intérieur, Bernadette Soula, maraîchère de 58 ans et membre du collectif, prépare du café et dispose les tasses sur la table. Le lieu est simple et rustique. C’est une maisonnette en pierres entourée de nature. L’enjeu du projet est de se faire connaître par l’unique biais du bouche-à-oreille. « Nous ne souhaitons pas faire de publicité, car c’est un projet alternatif. Nous sommes tous bénévoles et comptons nous relayer pour accueillir les Montaltais », déclare l’horticultrice. « Nous attendons des habitués, des gens du village, mais aussi, pourquoi pas, des passants et des touristes », poursuit-elle. Situé sur une colline à 300 mètres d’altitude, Montaut est certifié « village panoramique », car il offre une vue spectaculaire sur la chaîne des Pyrénées.

Lutte contre les différentes formes de précarité
Ce café solidaire donne l’opportunité à des personnes de différents âges et milieux sociaux de partager un moment convivial. La commune compte près de 700 habitants et est située dans le treizième département le plus pauvre de France. Christian Pédoures, 45 ans, vit avec sa famille dans un hameau et est employé de la mairie de Montaut. « La précarité financière va souvent de pair avec la précarité culturelle et sociale », constate-t-il. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), les disparités entre les habitants des campagnes sont également en hausse. Cela ne touche pas que les personnes âgées, ce phénomène tend à se développer. « Cela signifie qu’au sein même de la population vivant à la campagne, le fossé se creuse. Auparavant, les différences se situaient principalement entre les zones urbaines et les zones rurales », analyse le quadragénaire.

Un lieu vivant et culturel
Bernadette Soula s’engage pour la vie culturelle de Montaut. « Des livres sont mis à disposition, le but est de les consulter sur place. Nous en avons déjà une quarantaine, nous comptons sur les dons pour remplir nos belles étagères en bois », se félicite-t-elle. Des ateliers artistiques sont également au programme, notamment des cours de tricot, donnés par Colette Cini, 81 ans. « Je côtoie beaucoup les habitants du village, nous passons des moments ensemble pour nous balader ou juste pour discuter un peu. Je suis heureuse de pouvoir le faire dans un espace clos et chaleureux », témoigne-t-elle. Le village de Montaut dispose d’une école maternelle et primaire, le collectif souhaite ainsi sensibiliser les parents d’élèves et les enfants aux liens intergénérationnels. Colette Cini ajoute : « J’ai appris à tricoter quand j’étais petite et je suis impatiente de le partager aux enfants de Montaut. »

« Un café de bric et de broc«
Ce café secret n’a ni horaires ni enseigne. Il n’a pas non plus d’existence administrative formelle. Bernadette Soula explique : « C’est un café de bric et de broc. Nous avons imaginé un lieu en décalage avec ce qui existe déjà dans ce genre de villages. À Montaut, il existe une vraie épicerie, elle garantit le ravitaillement des habitants. Ici, c’est différent, nous ne vendons rien si ce n’est du café et à un prix symbolique. » La demeure appartient au collectif et les meubles, le matériel et la décoration proviennent des bénévoles et des donateurs. Le café est équitable et est préparé dans des cafetières traditionnelles. Simplicité et solidarité sont les valeurs du projet.

Les chats sont les bienvenus
L’autre particularité de Montaut est d’abriter une forte population de chats. Depuis 2016, l’Association ariégeoise de défense animale (AADA) se charge de les faire stériliser. Ils peuvent également compter sur la bienveillance des Montaltais. Ces derniers se relaient pour déposer des croquettes et de l’eau aux coins des rues ou directement dans la nature. « L’AADA et le collectif Joie de vivre ont décidé de maintenir ces rituels : les chats sont les bienvenus dans la maisonnette du café solidaire et dans les jardins alentour. Ceux qui viendront boire le café pourront aussi passer du temps avec ces compagnons à quatre pattes », rapporte Viviane Perez, activiste pour la cause animale et présidente de l’AADA.
Charlène SABATIER
édité par Isabella MARCHIORON
