Projet One ASM : une route vers le professionnalisme semée d’embuches pour le rugby féminin de Romagnat

Trente ans après la professionnalisation du rugby masculin, l’ASM Romagnat Rugby Féminin entre dans une nouvelle ère avec le projet « One ASM » amorçant une transition vers le semi professionnalisme.

Par le projet « One ASM », les plus de 30 joueuses auvergnates vont bénéficier de meilleures conditions d’entrainement. Photo J.G.

Une des meilleures équipes françaises avec trois titres de championnes de France depuis 2021, l’équipe de Romagnat entend rester au plus haut niveau. Le projet « One ASM » lancé en 2024 par Jean Claude Pats, président de l’ASM Clermont Auvergne, cherche à unir l’ensemble des acteurs —jeunes, professionnels, filles et garçons— en un même lieu, la Cité du Rugby. Afin « de fédérer les acteurs économiques du territoire et de développer la marque ASM au-delà de celui-ci », rapporte le compte-rendu du club.

« Le mélange des publics fait la beauté du One ASM », se félicite Fabrice Ribeyrolles, entraîneur de l’Élite 1 féminine. Le projet prévoit la mise en relation des trois structures et la progression du club grâce au « mutualisme des compétences ». Il a vocation à les réunir dans les mêmes locaux. « Terrains synthétiques, cabinets médicaux, salles de musculation, de réunion et d’études seront ouverts à tous », résume le coach. Si les équipes gardent leur autonomie de gestion, de financement et de partenariat, elles suivent toutefois une ligne directrice commune donnée par le comité directeur de « One ASM ».

Les joueuses bénéficieront des mêmes services et avantages que l’équipe masculine. « Nous aurons un kinésithérapeute, un diététicien, des médecins, un podologue, une opticienne, des analystes vidéo… », détaille Margaux Franc, joueuse en Élite 1. Le changement de site facilitera également l’organisation quotidienne de l’équipe. « Nous n’avions jamais nos entraînements au même endroit. Maintenant, cela sera plus simple, nous pourrons poser nos affaires dans un vestiaire et plus être obligées de tout anticiper », se réjouit la rugbywoman.

Un changement d’identité

Début 2025, symbole d’une nouvelle notoriété nationale, le club ASM Romagnat Rugby féminin est renommé ASM Rugby Féminin. « Si nous voulons continuer à grandir et rester au plus haut niveau national, nous devions nous joindre à l’ASM », affirme Fabrice Ribeyrolles. « Si nous étions restés à Romagnat, les filles seraient parties vers des clubs ambitieux avec de meilleures conditions. Je ne me voyais pas continuer à travailler comme cela », poursuit-il. « Nous jouons contre Toulon, Bordeaux, Paris… Romagnat faisait tache.»

Le rugby féminin attire désormais l’attention des médias et des supporters. Le rattachement à l’ASM renforce la visibilité et l’attractivité auprès des investisseurs. Canal+ montre un intérêt pour l’équipe. Sans contrepartie financière, la chaîne médiatise désormais des matchs identifiés comme vendeurs. « Le président de l’ASM ambitionne de porter cette équipe au sommet. Ce projet participe au développement du club. Il va nous permettre de devenir plus attractifs auprès des partenaires », assure Vincent Fargeas, second entraîneur de l’Élite 1.

Avec six à dix entraînements par semaine et l’accès aux structures, les joueuses bénéficient de conditions proches de celles des professionnels sans la rémunération associée, seules des primes de contrat leurs sont versées. « Le rugby évolue dans le bon sens, mais pas assez vite à mon goût. Nous sommes loin du professionnalisme et pas encore dans une semi-professionnalisation, toutefois nous penchons vers une transition. C’est l’objectif de la fédération », annonce Fabrice Ribeyrolles. « Plutôt qu’une professionnalisation complète, nous aspirons à une pluriactivité car nous savons que les carrières sportives sont éphémères », ajoute Vincent Fargeas. La mutation reste longue, concilier vie professionnelle et passion est un exercice difficile. « Tant que nous ne sommes pas semi-professionnelles et que l’on nous demande une implication professionnelle, jongler entre le travail et le sport reste compliqué et fatiguant. Comme pour tous les sports féminins historiquement masculins, cela prend du temps. Certains stéréotypes persistent », confie la jeune femme.

Un projet porteur d’espoir

« Nous travaillons depuis des années au sein du club pour structurer l’encadrement sportif afin de mettre les filles dans les meilleures conditions. C’est la première étape de la transition. La deuxième est d’avoir des structures dignes de ce nom pour s’entraîner. Et enfin la rémunération des joueuses. Nous n’allons pas les rémunérer avant d’avoir des structures et des entraîneurs », explique le technicien. Une évolution très bien accueillie par les joueuses. « Ce projet, une fois concrétisé, marquera une nouvelle page et nous verrons une nette évolution », conclut la rugbywoman.

Jade GIRARD
édité par Ambre COUTEL

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