La culture des musiques électroniques s’accompagne d’un phénomène de consommation de substances psychotropes souvent banalisé. Au-delà de l’effet euphorisant recherché, cette pratique est aujourd’hui décrite par des usagers réguliers comme « un réflexe quasi systématique » dans l’environnement festif.

L’illusion de l’amplification sensorielle La consommation de substances est majoritairement justifiée par une volonté d’intensifier la réception sensorielle de la musique et de l’environnement, particulièrement avec des drogues comme la MDMA ou les amphétamines, très présentes dans ce milieu. Les motivations sont clairement articulées autour d’une recherche d’expérience paroxysmique. « Pour moi, c’est un exhausteur de goût on va dire, pour permettre de déployer l’essence et de pouvoir kiffer un peu plus en profondeur », explique Christophe, 35 ans.
Cette perception est renforcée par un autre homme de 34 ans, qui précise la fonction des drogues dans le contexte du beat techno : « pourquoi on prend de la drogue dans le milieu de la techno ? Parce que ça te fait ressentir des choses beaucoup plus fortes, de base. C’est juste de ressentir la musique. »
À mesure que l’événement progresse, la consommation dépendante de l’expérience musicale décroit, pour devenir un moyen de cohésion sociale et de résistance à la fatigue. « Après, in fine, ça va être juste le contact avec les gens », explique un habitué, reconnaissant que cela devient un impératif pour « rester plus éveillé » face à la durée des soirées.
La démocratisation précoce et l’effet de groupe
Le danger de cette culture réside dans la vitesse à laquelle l’usage se démocratise, abaissant l’âge des premières expériences. L’accessibilité et la pression implicite du groupe rendent la consommation presque obligatoire. Un participant regrette que l’accès soit devenu si aisé qu’il en perde son caractère exceptionnel, basculant vers la banalité : « Aujourd’hui, c’est plus un b.a.-ba qu’autre chose pour profiter, pour passer une bonne soirée, alors que pas du tout. »
Cette normalisation crée une pression psychologique notable, notamment chez les plus jeunes. « Il y avait des gens de 17-18 ans qui étaient très jeunes et qui étaient déjà dedans. Et ça, pour moi, c’est un signal de détresse », se rappelle Christophe. Le phénomène est décrit comme étant « un petit peu systématique », allant jusqu’à considérer que pour être pleinement intégré à l’expérience collective, « la prise de drogue est un truc presque essentiel ».
La spirale de l’échappatoire et le risque social
Au-delà de la performance festive, l’usage de substances est perçu comme une échappatoire face à un mal-être ou une insatisfaction existentielle. Le cycle est décrit comme un véritable piège : la stimulation intense est suivie d’une phase de « redescente » qui plonge l’individu sous son niveau de bien-être initial, le poussant à consommer à nouveau pour compenser.
« Quand tu redescends, tu redescends un peu plus bas que la normale. Et si toi t’arrives pas à être bien dans ta vie… il faut un truc que tu vas compenser », détaille un homme rencontré au bar. Cette dynamique conduit à « un cercle vicieux » où l’individu perd ses repères sociaux stables et s’entoure de personnes vivant la même situation précaire.
« Le seul truc qui te raccroche, ce sont les soirées. Donc les gens que tu as rencontrés ici… Mais ce sont des gens qui n’ont aucun équilibre. Ils ne vont rien t’apporter, ils ne vont pas te sortir de ce truc-là. » Un participant met en garde sur les conséquences des drogues les plus addictives, comme la cocaïne, qui « pulvérise des jeunesses » en raison d’une accoutumance démesurée.
Un possible consensus
Les usagers interrogés, souvent avec l’expérience du recul, s’accordent sur le bilan largement négatif de la consommation en milieu festif : « En vrai de vrai, il y a plus de côté mauvais qu’autre chose. » La seule solution pérenne mentionnée n’est pas répressive, mais préventive et éducative : le dialogue ouvert. « Pour moi, ce qui est important c’est de parler quand on est jeune et n’avoir aucun tabou. » L’impératif est de rompre le silence qui pousse les adolescents à se fier aux conseils de pairs souvent aussi inexpérimentés qu’eux.
Samuel CHEIRON–GOMEZ
édité par Enzo SOUBIRAN
