Le sport, un allié essentiel du bien-être mental

En 2025, Emmanuel Macron a choisi de faire de la santé mentale une priorité nationale. Face au stress, à la solitude ou aux troubles de l’estime de soi, les professionnels de santé recommandent de plus en plus la pratique d’une activité physique.

« Mes études me poussent à arrêter le sport, avec toute la charge de travail que j’ai, peut-être que j’essayerais d’en faire moins l’année prochaine, mais je ne peux même pas envisager d’arrêter, c’est vital à mon bien-être mental », explique Anna Guillaume. Photo Timothé Rouchoux

Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), bouger régulièrement ou pratiquer un sport entraîne un effet protecteur vis-à-vis du stress, de l’anxiété et des symptômes dépressifs à tout âge. Anna Guillaume, 19 ans et étudiante en psychomotricité, en témoigne : « Au quotidien, faire du sport me permet de me détendre, de me défouler, de me vider la tête et de me sentir bien dans mon corps ». Trois fois par semaine, elle se rend dans son club d’athlétisme à Lyon, non loin de sa fac.

Sylvie Rousseau, est psychologue à Hyères. À de nombreuses reprises, elle encourage ses patients à faire du sport, en parallèle de leurs consultations : « J’ai fréquemment des patients qui me disent que l’activité physique leur fait du bien mentalement », relate-t-elle. Sport Gouvernement a notamment publié un guide, intitulé Santé mentale et activité physique. Le sport y est présenté « aussi efficace que les antidépresseurs et la psychothérapie dans les dépressions légères à modérées ».

« Indispensable à l’équilibre des Hommes »

En plus d’être plus détendu ou moins stressé, pour beaucoup, les activités physiques aident à se sentir bien et à diriger les pensées ailleurs que sur nos problèmes respectifs. « C’est comme si j’appuyais sur un bouton Reset. Après mes entrainements, je suis au maximum de ma concentration, comme si j’étais une nouvelle personne », explique Anna Guillaume.

Charlotte Bringuier, étudiante de 17 ans, ressent un sentiment similaire, le relâchement : « Le sport me donne la possibilité d’avoir un moment pour moi, et de décompresser. Cela me fait du bien de ne pas penser aux cours. » En deuxième année de biologie à Clermont-Ferrand, ses journées sont chargées, mais elle prend soin de laisser une place à la course.

Nager, marcher, courir, « c’est absolument indispensable à l’équilibre de tous les êtres humains, hommes, femmes, quel que soit leur âge », insiste Sylvie Rousseau. Alors, tous les jours, la Clermontoise court autour de chez elle. Que le soleil brille ou qu’il pleuve, cela ne lui suffit pas, elle alterne en plus avec de la natation ou du vélo. « Les cours passent avant le sport, mais le sport passe avant les devoirs », explique la jeune fille. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la santé mentale est un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés quotidiennes de la vie et de travailler avec succès de manière productive.

Beaucoup lient leur bien-être intérieur, avec leur bien-être extérieur. La jeune fille de 19 ans en est l’exemple : « les cours, c’est stressant, et quand je ne vais pas à l’athlétisme, je n’ai pas ce retour au calme. Tout s’accumule et c’est pénible. Le sport contribue vraiment à mon équilibre mental ». Il y a bientôt un an, Charlotte Bringuier se séparait de son copain. En une semaine, elle a alors parcouru 75 km en courant, au lieu de 50 km comme à son habitude. « Lorsque je vais mal, je vais courir, et c’est dans ces moments-là que je fais le plus de kilomètres et dans lesquels je bats mes records », témoigne la jeune fille.

« Éprouver des sensations physiques atténue la douleur psychologique », analyse Sylvie Rousseau. Elle ajoute : « Sentir ses muscles, avoir des courbatures, être un peu essoufflé, cela dirige le mental sur du vivant et permet de laisser notre esprit un peu tranquille ». Marcher, courir ou nager, le sport apaise le stress, stimule la concentration et atténue la douleur psychologique. Les professionnels de santé l’affirment : l’activité physique agit comme un véritable soutien et une thérapie du quotidien. Ses propos avec un exemple plutôt extrême, la scarification. « Les jeunes qui se scarifient témoignent qu’une manière de se faire du mal physiquement les détourne d’une souffrance psychique. »

Le sport n’est bien sûr pas miraculeux dans des cas de dépression ou de souffrance psychique importante. « Les grandes parties de la souffrance mentale sont liées à une cristallisation sur des évènements passés. L’activité physique nous oblige, consciemment ou non, à rester dans le présent. » La Fédération française des clubs omnisports (FFCO), a publié un dossier le 22 mai dernier sur les bienfaits du sport sur la santé mentale, rédigé par Justine Marescaux. Selon elle, l’activité physique aide à diminuer les niveaux de cortisol, une hormone du stress : « Elle stimule également la production d’endorphines, souvent appelées hormones du bonheur, qui peuvent améliorer l’humeur et réduire l’anxiété. »

« Le sport fait partie de mon quotidien »

À force de faire de l’exercice en parallèle des études, Anna Guillaume a du mal à imaginer le quotidien de ses camarades non sportifs. « Ils travaillent directement après les cours, ils n’ont pas de pause, car ils ne font rien d’autre, alors forcément, ils stressent plus », explique la lyonnaise.

100 km à l’ouest, Charlotte Bringuier partage cette incompréhension : « Mes journées s’organisent autour de mes entrainements sportifs, alors je me demande ce que les gens qui ne font pas de sport font à la place, c’est très curieux ». Si elle ne court pas durant deux semaines, elle n’a qu’une hâte, c’est de retourner fouler le sol. « Le sport fait partie de mon quotidien, pour certains, c’est se lever et manger des Chocapic, moi, c’est aller courir », rit-elle. Dans une journée de dix heures, il lui paraît impensable de ne pas aller se dépenser pendant la pause déjeuner : « j’essaye d’optimiser pour aller courir dans ces temps-là. Cela me permet de couper ma journée pour être plus concentrée l’après-midi. Je ne vois pas comment c’est possible d’enchainer une journée de 8 heures à 18 heures sans bouger. »

Une meilleure estime de soi grâce au sport

L’OMS rappelle que l’activité physique agit également sur des facteurs psychologiques tels que le renforcement de l’estime de soi, et le sentiment d’auto-efficacité. Les deux étudiantes le ressentent, sans le sport, elles n’auraient pas autant confiance en elles : « je trouve très impressionnant de voir ce qu’est capable de faire mon corps, et forcément, voir mes progressions me donne confiance en moi et me montre que je suis capable de faire de belles performances », avoue la Clermontoise.

Selon la FFCO, pratiquer un sport ou une activité physique quelconque « peut aider à améliorer l’image corporelle et l’estime de soi, ce qui est particulièrement bénéfique pour les personnes souffrant de troubles de l’image corporelle ». Bien qu’Anna Guillaume ne soit pas concernée par ses troubles, elle remarque les bénéfices du sport sur son estime d’elle-même : « Quand je suis bien dans mon corps, je suis bien dans ma tête, j’ai une bonne estime de moi. Si je ne bouge pas pendant une semaine, je me sens pâteuse, alors que quand je fais une activité physique, je me sens légère ». À côté de ses séances de sport, la jeune fille s’est fait une réputation de « sportive du groupe » auprès de ses amies. « Cela me flatte qu’ils disent ça, je trouve les sportifs stylés, donc ça me donne encore plus confiance en moi », plaisante-t-elle en palpant ses biceps.

Sylvie Rousseau pense que l’estime de soi se loge dans la sensation que les gens ont à progresser. S’engager, persévérer dans une activité qui au début n’est pas forcément satisfaisante, c’est la clef : « le sport est quelque chose qui façonne et modèle chez l’enfant et l’adolescent », explique la psychologue. « Nous sommes dans une société où nous laissons penser aux individus, et particulièrement aux jeunes, ce qui est totalement délétère, que le bien être viendrait du fait d’avoir le moins de contraintes possible. Or, c’est en ayant une certaine rigueur, en faisant face à des obstacles et en les surmontant que l’estime de soi se construit. »

« J’ai sympathisé avec une fille parce que je savais qu’elle faisait de la natation »

Pratiquer du sport dans un club, aller à la salle de sport, courir au bord de la plage, les activités physiques permettent de rencontrer des gens qui partagent les mêmes centres d’intérêt. « Je pense que quand on fait le même sport que des gens, cela nous lie, on se ressemble donc nous créons forcément de belles amitiés », estime Anna Guillaume.

Selon l’OMS, « pratiquer une activité physique et sportive avec des collègues, des amis, en famille, ou encore, au sein d’un club ou d’une association, aide à renforcer le sentiment d’appartenance à un groupe et favorise l’intégration sociale ». Des exemples, Charlotte Bringuier n’en manque pas. Depuis petite, le sport représente sa façon d’aller vers les gens, de sympathiser avec eux, et de s’en faire des amis. « Quand je suis arrivée à la fac l’année dernière, je ne connaissais personne, puis je me suis rapprochée d’une fille parce que je savais qu’elle faisait de la natation et je voulais qu’on aille à la piscine ensemble. Maintenant, on est de super amies, on organise nos emplois du temps pour aller courir toutes les deux », confie la jeune fille.

Pour la Lyonnaise, ce genre de lien est unique : « À l’athlétisme, on s’entraine ensemble, on fait des compétitions ensemble et parfois même des stages, donc on souffre ensemble et on galère ensemble. Cela nous crée de très beaux liens, qui ne se font pas forcément ailleurs », détaille-t-elle. « La pratique d’un sport en équipe ou la participation à des groupes d’entraînement favorise les interactions sociales, ce qui peut réduire la solitude et l’isolement, des facteurs souvent associés à des problèmes de santé mentale », affirme Justine Marescaux dans le dossier Les bienfaits du sport sur la santé mentale.

« Je connais des gens qui ont fait des burn-out »

Pour autant, les bienfaits du sport sur la santé mentale ont leurs limites, et peuvent varier d’une personne à l’autre. « Entre passion et addiction, la frontière semble parfois floue », écrit Le Figaro. L’étudiante en biologie a pu l’observer sur certaines de ses connaissances : « Si tu es dans le mal mentalement, cela va se répercuter sur ta pratique physique. Je connais des gens qui ont fait des burn-out car ils avaient fait trop de sport, ils venaient aux entrainements, mais n’avaient pas envie d’y être. »

La FFCO conseille de trouver un équilibre et une approche adaptée à ses besoins personnels. Selon la fédération « pour certaines personnes, le sport peut également engendrer du stress ou de la pression, surtout en cas de compétition ou de performance excessive ». Sylvie Rousseau apporte une approche légèrement différente. Certains de ses patients pratiquent un sport pour satisfaire leurs parents : « ils n’en sont pas forcément conscients et le souhait des parents que leur enfant pratique un sport en particulier n’est pas forcément exprimé », analyse-t-elle. « L’enfant est alors attendu à une place de champion, ce qui peut créer une problématique mentale. Le jeune peut alors se blesser physiquement, inconsciemment, à cause de la pression indirecte des parents. »

Enfin, certaines personnes peuvent développer une addiction au sport. Réduction du temps consacré à d’autres activités, impact sur la vie de famille, les personnes dépendantes au sport, dites bigorexiques, ressentent une angoisse quand elles ne font pas d’activité physique.

Fleur DESCHEEMAKER
édité par Nathan THISLAIR

Laisser un commentaire