Trophée des séniors

Trophée des séniors, l’e-sport pour sortir de l’inactivité 

La finale nationale du Trophée des Séniors a eu lieu jeudi 30 octobre 2025 au Dôme de Paris, durant la Paris Games Week. L’occasion pour l’association organisatrice de montrer les vertus du jeu vidéo pour les plus âgés.

Liliane et Rachid, les deux septuagénaires gagnants de l’édition 2025. Photo Maxime Zulian

Rester sur le canapé, ce n’est pas le projet de ces retraités passionnés d’e-sport, la pratique du jeu vidéo en compétition. Quatre binômes de retraités venus de toute la France se sont retrouvés le 30 octobre à Porte de Versailles pour disputer la finale du Trophée des séniors, organisée par l’association Silver Geek. « Ils étaient 600 à prendre part à la compétition dans 55 départements. À chaque édition, les jeunes spectateurs se prêtent au jeu et scandent le nom des participants », indique Jean-Pierre Lartige, cofondateur de Silver Geek. 

Une pratique intergénérationnelle 

L’organisation s’engage, depuis 2018, à la création de liens plus solides entre les générations et à agir contre l’isolement des séniors grâce au numérique. « Nous porposons des ateliers ludiques. Pour nous, il fallait que ce soient des jeunes qui les animent. Mais les personnes âgées étaient paralysées par les outils. Donc, nous nous sommes dit qu’avec le jeu vidéo, elles allaient dépasser cela », explique Jean-Pierre Lartige. Lorsque les participants de la grande finale arrivent sur scène, ils n’ont pas l’air de craindre la technologie, bien au contraire.

Les deux équipes finalistes sont déterminées à remporter la coupe de cette cinquième édition. Liliane, 75 ans, et Rachid, 71 ans, tous deux originaires d’Angers, se sont entraînés une fois par semaine avec leurs coachs Loucas et Félix, deux jeunes en service civique. « Au départ, Liliane avait un autre partenaire, qui a dû arrêter en mai. Alors, j’ai proposé de le remplacer. L’avantage de ce jeu, c’est qu’il n’y a pas 30 boutons sur la manette. Et puis, j’ai beaucoup joué à la pétanque, donc je pense que cela m’a aidé », raconte Rachid.

C’est la première année que Rachid participe à la compétition nationale. Photo M. Z.

Créer du lien pour bien vieillir

Pendant vingt minutes, les strikes s’enchaînent et les 200 supporters présents dans la salle n’arrêtent pas de crier leur enthousiasme. Rachid, lui, est très concentré. Selon Liliane, « il part toujours gagnant ». C’est la troisième participation de cette septuagénaire et elle ne compte pas s’arrêter là. « Quand mon mari est mort il y a 30 ans, je suis restée longtemps enfermée chez moi. Mes enfants, qui habitent loin, me disaient qu’il fallait que je bouge. Alors, j’ai décidé d’aller dans les maisons de quartier pour créer du lien social.  Pour moi, c’est cela le bien vieillir », révèle-t-elle. 

Malgré la simplicité du jeu, bien viser demande une certaine expertise. Plusieurs fois, les participants réussissent un split. Ce coup consiste à faire tomber deux quilles très éloignées en propulsant l’une des deux vers l’autre. Le très bon jeu des deux équipes n’empêche pas une victoire haut la main de Liliane et Rachid, avec 471 points cumulés, contre 253 pour l’équipe adverse. Dans la salle, de nombreux médias sont présents pour couvrir l’évènement. « C’est assez impressionnant quand vous avez TF1, BFM et France TV qui vous sautent dessus après la victoire », s’amuse Liliane.  

Bien que ce type d’initiatives soit de plus en plus populaire, l’organisation d’une compétition à l’échelle nationale n’est pas sans coût. « Ici par exemple, le Dôme de Paris nous fait payer la location des lieux. C’est pour cela que nous pouvons uniquement faire la finale et la petite finale de vingt minutes chacune. Alors qu’il y a trois ans, nous avions un créneau de deux heures », signale Brigitte Tondusson, présidente de Silver Geek.

Les proches de Liliane et Rachid sont venus les supporter avec le slogan « un pour
tous, tous poussins ». Photo M. Z.

Des véritables bienfaits de santé

Au-delà de l’aspect atypique de cette compétition, l’e-sport représente des solutions concrètes à des problèmes de santé publique. « Le jeu en lui-même est un outil intéressant pour pallier des troubles cognitifs. Les personnes âgées vivant seules souffrent souvent d’apathie, c’est-à-dire une perte d’intérêt et d’initiative. Nous savons aujourd’hui que des troubles de la mémoire peuvent apparaître en même temps, car les deux fonctions font appel à des régions cérébrales très proches », rapporte le psychiatre Philippe Robert.  

Il dirige Cobtek, une équipe de chercheurs qui développe, depuis 2012, des jeux visant à traiter des troubles cognitifs légers, mais aussi des maladies graves comme Alzheimer et Parkinson. « Parmi les jeux vidéo que nous avons créé, il y a X-Torp, dans lequel le joueur navigue sur les mers du globe. Il doit gérer ses ressources, acheter des marchandises et livrer des batailles. Le bateau se pilote avec les mouvements du corps. Le jeu stimule la fonction cardiorespiratoire, l’endurance et la force, ou encore l’attention, la concentration et la mémoire », poursuit le docteur. « Entre un groupe qui n’a pas joué au jeu et un autre qui a effectué des sessions de 30 minutes, deux à trois fois par semaine, les différences sont notables. Le deuxième obtient un meilleur score à l’inventaire neuropsychiatrique, qui vise à évaluer la présence et la gravité de certains troubles du comportement », conclut-il. 

20 à 30 000 personnes âgées ont bénéficié des dispositifs ludiques créés par Cobtek. « Il faut une synergie encore plus forte entre le monde associatif et celui de la recherche médicale pour plus d’initiatives de ce genre », souligne la présidente de Silver Geek.

Maxime ZULIAN
édité par Isabella MARCHIORON

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