Les fans de pops féminines sont souvent considérés comme des irrationnels ridicules. Face à la popularité récente de certaines artistes pops américaines, les critiques répétés et les jugements définitifs s’abattent sur les jeunes passionnés, dans la vraie vie et sur les réseaux sociaux.

Taylor Swift, Sabrina Carpenter, Olivia Rodrigo… Toutes des chanteuses pop aux dizaines de millions d’albums vendus dans le monde. Artistes accomplies, elles chantent, dansent, et pour certaines composent leurs titres. Pour ce qui est de leur popularité, elles ont toutes des carrières semblables à celles de grands groupes de rocks. Pourtant, un point semble les rassembler : la haine portée à leurs fans, plus particulièrement aux fans féminines.
“Nous n’avons pas le droit d’être fan”
Depuis des années maintenant, les fangirls sont la cible de critiques. Ophélie, 20 ans, fan de Taylor Swift, dénonce une forme de discrimination : “C’est dommage que ce soit si délicat d’en parler, même à mes amis proches”. Je ne me sens pas vraiment bien considérée. “L’étudiante suit l’artiste depuis des années, mais explique ne pas se sentir autorisée à assumer pleinement sa passion : “Comme c’est elle, nous n’avons pas le droit d’être fan.” Ce phénomène de mépris se constate souvent, voire exclusivement, lorsqu’il s’agit du public des popstars.
« On nous regarde avec un soupçon de condescendance. […] Quand tu dis que tu es fan d’une artiste pop féminine, tu sens un peu un jugement comme si ce n’était pas sérieux », déclare Sarah, 19 ans, passionnée de pop américaine féminine : « Je trouve dommage que les fangirls soit un groupe qu’on préfère ridiculiser plutôt que de le reconnaître comme une force. » La jeune étudiante avoue même ne pas avoir tout de suite apprécié ce statut : « Au départ, je n’aimais pas trop le terme et l’étiquette de fan, je pense que j’y trouvais un côté un peu groupie qui ne me plaisait pas ». Sur les réseaux sociaux, cette haine se matérialise par des vidéos souvent moqueuses, visant les fans de ces artistes et la musique qu’ils écoutent. Certains ironisent même sur ce phénomène de mépris extrême, orienté notamment vers les swifities, nom donné aux fans de Taylor Swift. Par exemple, sous le #taylorswifthater, en français “les gens qui ont de la haine envers Taylor Swift”, on retrouve plus de 2 000 vidéos.
Une forme de misogynie
« Je trouve qu’il y a une vraie hiérarchie culturelle entre les passions masculines et féminines”, dénonce Sarah. « Je pense que, dans la culture populaire, tout ce qui est féminin est perçu comme léger. […] Les fangirls dérangent aussi parce qu’elles représentent un mouvement collectif : elles sont nombreuses, visibles, et elles ont un vrai impact économique. » Ce phénomène a notamment été observé dans les années 2010, avec les fans de Justin Bieber ou encore avec celles d’Elvis Presley dans les années 50. “Une fille qui crie à un concert, c’est une hystérique, un homme qui hurle dans un stade, c’est un supporter”, ajoute l’étudiante. En 2025, ce phénomène s’abat en particulier sur les fans de pop féminine.
Cette différence de genre, Sarah n’est pas la seule à la remarquer. Sophie Benard, écrivaine du livre Splendeurs et misères des groupies, la dénonce dans une interview pour Zone Critique dans laquelle elle explique la différence entre fan et groupie : « La distinction, pour moi, est uniquement genrée. Ce sont en réalité les mêmes personnes : des individus qui aiment intensément quelqu’un ou quelque chose, et qui expriment cet amour. Mais lorsqu’il s’agit d’une femme, on l’étiquette immédiatement comme groupie, et ce mot charrie une avalanche de préjugés – hystérie, sexualité débridée, irrationalité ». Jess Dyer, co-animatrice du podcast Fan Grrrls, qui s’intéresse au pouvoir culturel de la fan-girl explique à la BBC ce phénomène sexiste : « Ce que nous observons, c’est un acte d’expression culturellement performatif, généralement associé à l’obsession, à l’hystérie et, surtout, à quelque chose de très, très hyper-féminin. »
« Arrêter d’écouter, ce serait leur donner raison«
Face à la haine et au jugement, les fans ne se laissent pas intimider. Que ce soit des fans de Taylor Swift, de Sabrina Carpenter ou encore d’Olivia Rodrigo, on en compte aujourd’hui des centaines de milliers à travers le monde. « D’après moi, le silence, c’est le meilleur des mépris. Arrêter d’écouter, ce serait leur donner raison. Il suffit d’ignorer et de continuer à aimer. J’aime les chansons que j’écoute, j’aime mes playlists », affirme Ophélie, d’un air assuré. « Moi, je trouve ça beau que des gens s’unissent. » Sarah refuse aussi de laisser la discrimination l’emporter. « Je me dis que chaque fois qu’on me juge, ça me donne une bonne occasion d’expliquer pourquoi j’aime et donc de justifier en cassant le cliché de l’hystérique », déclare-t-elle fièrement.
Finalement, aujourd’hui, est-ce que pour être une fan-girl libre, il ne faudrait pas complètement s’émanciper des jugements ? Comme l’a dit Taylor Swift dans son tube Shake it Off avec plus d’un milliard de stream sur Spotify, “haters gonna hate […] so shake it off” ou en français “les rageux vont rager, […] je m’en remettrai”.
Lauryne DULFOUR
édité par Emma AZALBERT
