Étudier en prison : le parcours du combattant des étudiants 

En France, l’enseignement en milieu carcéral souffre du manque d’effectifs et de lourdes contraintes administratives. Pour les élèves incarcérés, suivre un cours relève encore du défi.

En prison, les candidats passent les mêmes examens qu’à l’extérieur, les diplômes remis n’indiquent pas leur état de détention. Photo CC RDNE stock-project

Loin des amphithéâtres et des salles de classe traditionnelles, il existe des étudiants dont la singularité parle d’elle-même. En attente de jugement ou déjà condamnés, en maison d’arrêt comme en centre pénitentiaire, nombreux sont ces détenus qui choisissent de poursuivre des études malgré les obstacles imposés par leur condition. 

Une grande hétérogénéité

Il n’existe pas de profil type d’étudiant identique en milieu carcéral. Le niveau de départ, les ambitions et motivations de chacun sont très divers. Bertrand P, professeur de lycée à Avignon, affirme : « Nous donnons cours à des détenus de 20 ans comme à d’autres de 55 ans. Certains ambitionnent de faire des études supérieures, d’autres ont des enfants scolarisés et souhaitent savoir ce qu’ils apprennent à l’école. Une grande partie d’entre eux en profitent pour tuer l’ennui et entretenir un contact humain. Tous en tirent un bénéfice, et leur sérieux peut jouer en faveur d’une réduction de peine ».

Cet apprentissage reste un privilège : moins d’une personne détenue sur quatre y a accès, selon l’Observatoire international des prisons (OIP). Un accès pourtant crucial, puisque le même observatoire estime que 90 % des personnes incarcérées ont un niveau scolaire inférieur au baccalauréat. Cette faible accessibilité tient en grande partie au manque de personnel, notamment d’enseignants. Les lourdeurs administratives freinent également chaque démarche.

Marion, 19 ans, incarcérée, témoigne auprès de l’OIP : « Les instituteurs vont et viennent, les cours sont saccadés et il n’y a pas vraiment de programme. Les démarches pour s’inscrire au Cned ou faire entrer des livres sont kafkaïennes ». L’absence quasi totale de supports vidéo ou audio constitue une contrainte supplémentaire pour celles et ceux qui rêvent d’obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur derrière les murs. Dans ce contexte, la sécurité prime souvent sur l’accès à l’éducation.

D’autres détenus insistent sur l’importance de l’entourage et de la détermination pour mener à bien des études face à ce qu’ils décrivent comme « un combat perpétuel ». Une détenue anonyme raconte : « Le responsable local d’enseignement (RLE) ne m’a été d’aucune aide pour obtenir des cours. Je ne peux étudier que l’après-midi, car le matin, je travaille aux ateliers pour m’assurer un minimum de revenus. Je dois ma réussite à mes proches, qui m’ont envoyé des polycopiés et financé des livres, un ordinateur et une imprimante ».

Un corps enseignant peu pérenne

Pour les enseignants aussi, intervenir en milieu pénitentiaire est loin d’être une mission de tout repos. « C’est un investissement en temps important », confie Bertrand P. Il détaille les contraintes auxquelles il faisait face : « Au-delà du trajet, il faut franchir toutes les barrières et étapes de sécurité, comparables à celles d’un aéroport. Les horaires sont très rigides et rendent difficile l’articulation de cette activité avec mon poste dans mon lycée ».

Si certains professeurs y voient une vocation, d’autres y sont affectés de façon plus transitoire. « Je n’ai enseigné que six mois en prison, et seulement en seconde moitié d’année. La première avait été assurée par un jeune ayant réussi les concours de Polytechnique et qui effectuait son service civique. D’autres étudiants s’impliquent également dans cette mission, mais là encore pour de courtes durées », explique rétrospectivement l’enseignant avignonnais.

Il conclut : « En réalité, seuls les professeurs qui s’y consacrent à plein temps restent durablement dans ce milieu. On les retrouve majoritairement dans les sections pour jeunes des maisons d’arrêt et des centres pénitentiaires ». En France, selon l’OIP, on compte en moyenne moins d’un enseignant pour plus de cent trente personnes détenues.

Nathan THISLAIR

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