À Nice, à l’occasion de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, associations et professionnels sensibilisent aux bienfaits du sport et de l’art dans le processus de guérison.

En moyenne, une femme est tuée toutes les dix minutes par un proche, selon l’Organisation des nations unies. À Nice, le récent féminicide de Larissa, tuée par son ex-compagnon, rappelle la gravité des violences faites aux femmes. Mais au-delà de l’inquiétude et de l’indignation, l’espoir demeure. Associations, professionnels de santé, éducateurs, psychologues et spécialistes du sport unissent leurs efforts pour soutenir et protéger les victimes. Pour introduire la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, la ville de Nice a organisé, en partenariat avec les cinémas Pathé et l’association Azur Sport Santé, une séance citoyenne consacrée à la reconstruction des victimes de violence. La projection du film Touchées d’Alexandra Lamy a été suivie d’une table ronde animée par Julien Pouillot, responsable du pôle socio-sport de l’association, centrée sur les différents accompagnements possibles pour aider les victimes dans leur processus de guérison traumatique.
Le corps, premier facteur de guérison
Après avoir subi des violences, la reconstruction reste possible. « Nous ne restons pas une victime toute la vie », souligne Jenyfer Salles, adjointe au maire, déléguée à la solidarité et vice-présidente du centre communal d’action sociale de la ville. Le processus de reconstruction commence par la mobilisation du corps, notamment grâce à la pratique du sport et de l’art. « Le corps est le premier à subir la violence. Il doit donc redevenir acteur afin de favoriser la remise de confiance des victimes », affirme Fabienne Butruille. Selon la psychologue clinicienne, le travail sur les traumatismes corporels et sensoriels permet d’entamer un processus de « résilience et de soin du corps ». Les victimes réapprennent à aimer leur corps et à se l’approprier.
Le sport et l’art comme outils d’expression
L’art – l’écriture, le théâtre, le dessin – et l’activité sportive offrent un espace d’expression essentiel. Ils permettent de retrouver un ancrage corporel et d’extérioriser des émotions enfouies, comme la colère, la tristesse ou la peur, pour les transformer en énergie libératrice. « Avant les mots, il faut retrouver un ancrage », rappelle Camille Favola, doctorante au laboratoire Motricité humaine, expertise sport santé à l’université Côte d’Azur. « Le traumatisme psychique bouleverse le rapport au corps et aux langages. L’art aide à retrouver une maîtrise de soi et facilite l’expression des émotions ». Ces activités offrent une voie d’expression plus accessible que la parole, d’autant plus lorsque les mots manquent pour raconter l’indescriptible. « Le sport et l’art permettent aux victimes de s’exprimer autrement que par la parole », ajoute-t-elle.
Retrouver confiance en soi
La pratique artistique et sportive aide également les victimes de violence – physique, morale, psychologique, sexuelle – à regagner en confiance en elles et en leur propre corps, en réactivant leur capacité d’agir. » Il y a trois phases dans les violences physiques : la phase de sidération, nous ne comprenons pas ce qui se passe, la phase de dissociation, nous sortons de notre corps, et la phase de tétanisation, notre corps ne réagit plus. Le sport remet le corps en mouvement et répare ces trois phases. », explique Jessie Trahan, professeure de self-défense. L’art développe l’estime de soi, grâce à l’expression créative, à l’imagination et au plaisir de créer.
Un soutien psychologique
Les violences causent, dans la majorité des cas, des symptômes dépressifs et anxieux. Ces activités contribuent à la réduction du stress post-traumatique, à l’apaisement de l’hypervigilance et à la restauration partielle de la mémoire narrative. « Survivante, mon agresseur a fait l’objet de neuf plaintes, deux mesures d’éloignement et d’une condamnation, Dans tout ce chaos, c’est la danse qui m’a maintenue debout. La dépression fait perdre la joie de vivre. Tandis que le sport libère des hormones du bonheur comme l’endorphine, la dopamine ou l’ocytocine, indispensables pour aller mieux. Même si mon corps était douloureux. Pour moi, le sport a été une alternative au médicament », témoigne Céline Théa. Les ateliers constituent en outre des lieux de sociabilité et de partage, essentiels pour rompre la solitude et l’isolement dans lesquels les victimes sont trop souvent enfermées.
Jade GIRARD
édité par Emma AZALBERT
