À Cagnes-sur-Mer, le cinéma devient un outil de prévention contre les violences faites aux femmes

À l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, la Ville de Cagnes-sur-Mer a présenté, mardi 25 novembre 2025, différents courts métrages aux élèves de la commune.

Diffusion du court métrage Marie et Fred à l’Espace Centre. Photo: A. Z.

Attentifs et curieux, tous les élèves suivent les images qui défilent sur le grand écran de la salle. Pas un mot lors de la projection : les jeunes sont plongés dans l’histoire d’un couple aux allures banales, mais secrètement rongé par la violence.

Mardi 25 novembre, deux classes du collège Jules Ferry ont participé aux débats organisés par l’Espace Centre. À travers le cinéma, un programme a été spécialement conçu par la ville, à destination des élèves de 13 à 15 ans.

Sensibilisation, prévention : les actions du jour

Les quatrièmes et troisièmes de Jules Ferry ont visionné à 13h30 le court métrage Marie et Fred. Créée par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Commission communautaire française (Cocof), cette fiction cherche à sensibiliser le jeune public à la prévention des violences conjugales. C’est chose faite à Cagnes.

Malgré des scènes ordinaires de vie quotidienne, les élèves ont remarqué la relation toxique qui lie les deux personnages : « il l’empêche de voir ses amis et de s’habiller comme elle le souhaite », soulève une jeune fille touchée. « C’est un dominateur et un manipulateur », renchérit un de ses camarades. Des situations loin d’être anecdotiques : en France, plus d’un million de femmes sont victimes de violences conjugales chaque année, un chiffre en hausse depuis deux ans.

Laurence Trastour-Isnart, élue à la mairie de Cagnes, revient sur l’intérêt du court-métrage face à une jeune audience : « c’est important de souligner le lien entre les violences conjugales et les failles dans l’estime de soi. À cet âge là, ils n’ont pas tous une totale confiance en-eux ».

Des discussions nécessaires

L’élue municipale revoit avec les élèves la primordialité de la communication au sein du couple : « Qu’est-ce qu’il faut absolument faire au début d’une relation ? ». Une élève lui répond, sourire aux lèvres : « Je pense qu’il faut exposer ses limites et instaurer un respect mutuel. Moi, j’ai pris l’habitude d’en parler avec mon copain lorsque ça ne va pas. » Quelques rires moqueurs résonnent dans la salle.

« Les relations amoureuses sont un sujet tabou pour les jeunes adolescents », affirme Aurélie Guirado Arnaudo, conseillère municipale pour les droits des femmes et les violences intrafamiliales. Après un retour au calme, une question de l’élue relance le débat : « Comment qualifieriez-vous le comportement de Marie qui dépose plainte contre Fred ? ». « Je trouve que Marie a eu du courage. Ça m’a fait beaucoup de peine car un homme qui agit comme ça, ça ne devrait pas exister », répond une élève émue.

Afin que tous se rendent compte de la gravité de la situation, Aurélie Guirado a souhaité leur faire part d’un chiffre concret : « avant qu’une plainte soit maintenue au commissariat, c’est en moyenne quatre plaintes qu’une femme a déjà déposées. »

Des intervenants engagés

Toujours dans l’enceinte du cinéma, plusieurs stands ont été dressés sous les yeux observateurs des écoliers. Associations régionales et internationales, ONG, centre thérapeutique, tous étaient présents pour expliquer aux enfants l’importance de l’engagement dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Juste après le court métrage, les élèves ont suivi l’odeur des viennoiseries fraîchement déposées sur les tables du hall de l’Espace Centre. Entre deux bouchées, Marie, élève de troisième au collège Jules-Ferry, s’intéresse au baromètre de la violence dans le couple : « Je ne savais pas qu’on pouvait quantifier le danger. C’est rassurant que des outils comme ça soient mis en place. » Cet instrument de mesure met en évidence différentes situations, de sérénité, d’alerte et de danger, dans lesquelles une femme peut se trouver.

Au fond de la salle, l’exposition Plus jamais ça de Mathilde Oscar attire les plus curieux. Une suite de douze clichés photographiques entourés de ballons et bandeaux oranges trônent sur une estrade d’un mètre de hauteur. L’objectif est de conscientiser le jeune public face aux féminicides. Après le décès de Salomé en 2019, les jeunes cagnois touchés par le drame ont eu l’idée de réaliser une œuvre avec l’aide de la photographe.

Une mairie impliquée

Dans un coin de la salle, Alexia De Gozaleff et Blandine Segatti racontent à un groupe de garçons l’ouverture du nouveau centre thérapeutique de Cagnes. « Notre équipe travaille dur pour prendre en charge les victimes de traumatisme et de violences conjugales. » Avec un public de plus en plus large, les thérapies intégratives font peu à peu leur entrée dans le quotidien des habitants.

Pour clôturer l’évènement, le maire de Cagnes, Louis Nègre, a rendu visite aux élèves. En pointant du doigt les jeunes filles et garçons présents dans la salle, il s’est exprimé : « Les filles, il n’y a aucune excuse pour qu’un garçon puisse s’imposer à vous et les garçons, vous devez prendre conscience qu’une fille est votre égale. » Les élèves l’écoutent avec attention puis débattent entre eux avant de quitter la salle et de suivre leur professeur à l’extérieur du bâtiment.

Après une dixième année de mobilisation lors de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, la ville de Cagnes-sur-Mer salue la présence de nombreux intervenants qui ont participé, en une journée, à la prévention et à la sensibilisation de plus de cinquante jeunes.

Auriana ZECCHEL
édité par Eléana CHOUZENOUX–PIRIS

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