Le pickleball : la petite balle veut devenir grande

Arrivé des Etats-Unis, le pickleball a planté son filet en France depuis dix ans. Apprécié pour ces valeurs de partage et d’accessibilité, il a séduit la Fédération française de Tennis qui a officiellement intégré la discipline le 2 janvier 2026. Rencontre avec un sport en émergence, décidé à rester familial.

Tous les mercredis soirs depuis 2019, Bruno Dollet chaperonne des picklers toujours plus nombreux. Photo M. T.

Il est 18 h. Dans le Gymnase Maurice Jaubert à Nice, une vingtaine de sportifs commencent, comme tous les mercredis, leur entraînement sur des terrains de badminton. Pourtant, aucun volant en vue, mais de petites balles jaunes à trou et un filet rasant le sol. Coup de sifflet : la partie de pickleball peut débuter.

Venu tout droit des Etats-Unis, ce sport de raquette arrive dans l’Hexagone en 2014. Un an plus tard, la ville varoise de Fayence voit ouvrir le premier club national de pickleball. La commune devient ensuite, en 2018, la terre d’accueil de la Fédération Pickleball France. Petit à petit, les clubs fleurissent dans le Sud-est, dit berceau de l’activité en France.

« Arrête de m’insulter de cornichon »

Le club de Nice Trinité voit le jour en 2019 avec quatre joueurs au départ. Son président, Bruno Dollet, se souvient encore de sa première rencontre avec la discipline. « J’ai vu un ami sur Facebook y jouer. Je lui ai écrit : “c’est facile le badminton avec un filet si bas”. Il m’a répondu : “c’est du pickleball”. Je lui ai dit d’arrêter de m’insulter de cornichon », en rigole encore l’amoureux du sport de raquette. Ce nom vient du surnom du chien de son créateur Américain Joel Pritchard qui avait pour habitude de courir après la balle et de la ramener pendant qu’il jouait.

Sept ans plus tard, le Président peut compter sur une soixantaine d’adhérents de tout âge. « Maintenant que le pickleball est rattaché au tennis, il y a plus de jeunes. Nous avons plusieurs personnes avec un mois de pratique », indique-t-il. Cette facilité d’apprentissage avec un intérêt aussi bien physique que tactique a convaincu Laurent Cabillic, il y a deux ans, de rejoindre le club. « Je voulais pratiquer un sport de raquette, je m’étais blessé au poignet et donc le paddle ou le tennis, c’était un peu compliqué et j’ai trouvé ce compromis. Depuis, je suis à fond », sourit-il.

Les spécificités d’un terrain et d’une raquette de pickleball. Illustrations M. T. & M. L.

Un essor à bas bruit

La discipline rassemble aujourd’hui près de 10 000 pratiquants dans l’hexagone, une hausse de 150 % par rapport aux 4 000 joueurs recensés en 2024.

Chez le e-shop Pickleball Eurosphere, cet accroissement se reflète sur les ventes de matériel. Le fondateur, Franck Siano constate : « On voit qu’il y a une augmentation depuis un an et demi. Début janvier, l’annonce de la FFT a stimulé la demande. »

Cette hausse est également ressentie par Ammar Rouibah fondateur de Service Tennis, il construit depuis trois ans des courts de pickleball : « Depuis 2023, j’ai réalisé une dizaine de terrains, et la demande continue d’augmenter. J’ai beaucoup de devis en attente, c’est un marché en train d’exploser. »

Pour les amateurs de la balle perforée, il faudra s’armer de patience et mettre la main à la poche. Compter pas moins de 30 000 à 40 000 euros pour un terrain de pickleball et minimum deux semaines de travaux.

Alexandre Brunetti explique les règles du Pickleball. Vidéo M. T. & M. L.

Sport adapté et adaptable

Cependant, le pickleball est un sport qui s’adapte à chaque lieu. Gymnase, jardin, et même parking, il suffit d’un filet, de raquettes et d’une balle pour transpirer. « Le lendemain de Noël, j’ai joué sur le parking d’un supermarché. Les gendarmes sont venus nous voir, ils se sont dit que nous étions fous », se souvient Cyril Dirand.

Cette facilité à mettre en place un terrain a poussé le Varois à initier les professeurs d’EPS de treize établissements scolaires en région PACA, à son sport. « Même quelqu’un qui n’est pas à l’aise avec une raquette peut jouer rapidement. Peu importe l’âge, le gabarit ou le niveau, tout le monde peut s’y mettre », affirme le passionné qui se réjouit de voir le pickleball au programme scolaire.

Pendant que certains commencent le pickleball à l’école, d’autres se lancent à l’âge adulte comme Mickaële Dutay. « Je l’ai découvert bêtement dans un article de Nice-Matin. Je me suis dit : “c’est pour moi, faut que j’essaye”. Dès la première séance, ça m’a plu », raconte la multiple médaillée de la discipline.

Podcast : Mickaële Dutay, fan de pickleball

Ne pouvant pas participer aux compétitions dans la même catégorie, les Dutay profitent des entraînements pour jouer en double. Photo M. T.

Des bassins aux terrains

Un soir, elle décide de proposer à son fils Rafaël, 34 ans atteint de trisomie 21, de partager un entraînement avec elle. « Ma maman m’en a parlé un petit peu. Elle m’a dit que ça allait être plutôt son sport, avant que ça ne soit le mien. J’ai voulu essayer, et ça m’a amusé de suite ». Lui qui, a l’habitude des bassins de natation, troque son maillot pour les tee-shirts que lui ramène sa mère des compétitions de pickleball. La discipline l’accompagne dans son quotidien de nageur handisport : « Ça m’aide en brasse notamment, c’est un sport qui reste beaucoup fléchi sur les jambes. Et puis, c’est sympa de faire un autre sport que nager. Je ne reste pas sur les écrans, ça me fait bouger, voir d’autres têtes. »

Mère et fils jouent souvent ensemble, comme ce lundi soir. Au départ, ils doutaient de leurs chances face à des adversaires expérimentés. Mais au mental, ils ont tenu bon et ont remporté le match. « J’étais super fière de nous et de lui », se remémore Mickaële. « De toute manière, si on perd, c’est à deux et si on gagne, c’est à deux aussi. C’est un sport d’équipe. »

Cette complicité familiale semble être singulière au pickleball. « On a la possibilité de jouer entre parents et enfants », s’enthousiasme la mère. « C’est une richesse qu’on ne trouve que dans ce sport. »

Esteban et Cyril Dirand ont remporté, dimanche dernier, leur première médaille père-fils. Photo D. R.

Picklers de pères en fils

Ces valeurs, les Dirand à Montauroux, les partagent également. À 47 ans, Cyril, le père et son fils Esteban, 13 ans, viennent de remporter un tournoi pour leur première association en double. Ce moment a rappelé de beaux souvenirs au père. « J’ai 19 ans d’écart avec mon papa. On jouait dans la même équipe de football. Chose qui n’est pas possible avec Esteban. Mais par contre, ce week-end, j’ai retrouvé exactement la même sensation que j’avais quand je jouais avec mon père, même au pickleball. » Outre le résultat, l’important était ailleurs pour la famille. « Ce fut un super moment de partage. La victoire, c’est la cerise sur le gâteau. Mais moi, je m’en fiche, c’était surtout un temps père et fils », acquiesce Cyril, les yeux tournés vers Esteban.

Depuis quatre ans, Margot Ravera et Alexandre Brunetti partagent leur passion pour le sport sur les courts de pickleball. Photo M. T.

En couple jusque sur le court

Pour d’autres, c’est avec leur moitié qu’ils smashent. Margot Ravera et Alexandre Brunetti ont découvert le pickleball à deux. Alexandre avoue qu’il a longtemps préféré jouer en simple. « Je venais du tennis donc avec ce côté plus dynamique et plus physique. Mais la catégorie reine du pickleball, c’est le double mixte. Petit à petit, on s’y est mis. On a progressé ensemble », explique l’habitué des podiums.

Un équilibre souvent délicat à trouver avec son partenaire. « Honnêtement, au début, c’était compliqué. Quand c’est avec sa moitié, on a tendance à être plus durs envers nous-mêmes. On a transformé ça en force », admet Margot.

Même pour les plus expérimentés, le double mixte reste particulier. Bruno Dollet prévient. « Il ne faut jamais jouer en compétition avec son épouse. Parce qu’après, quand vous rentrez à la maison et que vous avez dit quelque chose qu’il ne fallait pas…», s’en amuse le président du club de Nice Trinité.

La petite balle face à la grande

Les compétitions sont souvent l’occasion de se retrouver avec toute la famille du pickleball. Ces tournois augmentent de plus en plus et ça ne devrait pas s’arrêter là. Le 2 janvier, la fédération française de tennis, soutenue par l’Etat, a obtenu la délégation de pickleball. Un géant qui s’occupe de son petit : 1 200 000 licenciés contre 3 500, selon la FFT. Une alliance qui divise. « Le rattachement est une bonne chose sur le papier : c’est une grosse structure avec beaucoup de moyens. Ma seule crainte, c’est que le pickleball serve surtout à créer des licences, et non à développer le sport dans son identité propre », réagit Cyril Dirand, membre de Pickleball France mis dans l’ombre de la FFT.

Gilles Moretton, président de la FTT, défend, dans un communiqué de presse, cette obtention : « En s’appuyant sur nos clubs, nos acteurs et nos structures, nous allons tout mettre en œuvre pour intensifier la promotion et accélérer le développement de cette pratique. »

Une annonce qui réjouit Alexandre Brunetti, pickler de Nice ayant la volonté de devenir coach : « C’est merveilleux, on va pouvoir enseigner, il ne manquait plus que ça. Ça va apporter plus de moyens et de tournois. Beaucoup de gens ont fait des choses pour le pickle, mais il fallait passer le flambeau à la FFT. »

Des dernières avant la mue

Pickleball France, l’organisateur des championnats nationaux à Draguignan depuis maintenant 8 ans, voit son tournoi emblématique aux portes de la disparition. « Ce sera probablement notre baroud d’honneur. Je veux que ce soit le plus beau possible », espère Cyril Dirand.

L’adieu à certaines compétitions pourrait laisser place à des nouvelles bien plus grandes. Le développement de ce sport à l’échelle internationale mènerait le Comité d’organisation des Jeux olympiques (CIO) à introduire la discipline dans le programme. « Je suis convaincu que le pickleball ira aux Jeux Olympiques. Je regrette qu’il n’ait pas été présent à Los Angeles, vu l’explosion du sport aux États-Unis après le Covid », rêve le Varois.

Le fracas des balles perforées est à l’aube d’une ère qui va changer le pickleball, les prochains mois risquent de définir l’avenir du sport en France.

Margot LEMOINE & Mathis THOMAS
édité par Robin BELTRANO

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