Quentin Tarantino, un cow-boy à Hollywood

A l’occasion de la 85ème cérémonie des Oscars qui se tenait hier dimanche 24 février à Los Angeles, focus sur Quentin Tarantino, réalisateur de Django Unchained, nommé cinq fois et primé deux fois pour le meilleur scénario et le meilleur seconde rôle (Christopher Waltz).

Leonardo di Caprio (Calvin Candie), Jamie Foxx (Django) et   Christopher Waltz (Docteur Schultz). Photo : DR
Leonardo di Caprio (Calvin Candie), Jamie Foxx (Django) et Christopher Waltz (Docteur Schultz). Photo : DR

C’était le film le plus attendu de ce début d’année, et Django Unchained n’a pas déçu, loin de là. Après 3 ans de disette, Quentin Tarantino est revenu avec un western spaghetti à sa sauce. Inspiré par les maitres en la matière Sergio Leone et Sergio Corbucci, celui à qui on doit Inglourious Basterds ou Kill Bill réalise là son plus grand rêve : tourner un western.

Pas une première

Lors d’une interview accordée à un magazine américain durant la promotion de Kill Bill 2, Quentin Tarantino déclarait : « Si ma vie était un miroir à deux faces, l’une renverrait à l’image des films d’arts martiaux produits par les frères Shaw dans les années 1970, et l’autre, à celle des westerns ». Tout est dit. Grâce aux deux volets de Kill Bill, Tarantino a tourné un film d’arts martiaux, un genre qui lui tient à cœur. Pour le cinéaste cinéphile, Django n’est pas son premier western.

Si Reservoirs Dogs (1992) et Pulp Fiction (1994) étaient des films de gangsters américains, les premières références aux westerns se trouvent dans Kill Bill 1. Le second volet regroupe quant à lui tous les codes d’un western dans un film d’arts martiaux. La typographie du générique, la musique, la mise en scène et les cadrages sont inspirés des plus grands westerns.

Pour son huitième film, Tarantino s’est donc attaqué à un genre qu’il connaissait bien et qu’il a déjà expérimenté par le passé : le western spaghetti.

Django Unchained, son western

Comme à son habitude, Quentin Tarantino s'est offert un petit rôle dans Django. Photo : DR
Comme à son habitude, Quentin Tarantino s’est offert un petit rôle dans Django. Photo : DR

Pour les cinéphiles, le choix de Tarantino d’appeler son personnage principal Django n’est pas anodin. Dans les années 1960, Sergio Leone n’était pas le seul réalisateur à pasticher les westerns américains. Un certain Sergio Corbucci, italien lui aussi, a marqué le genre de son empreinte. En 1966, il réalise Django, l’histoire de deux bandes rivales terrorisant un village à la frontière mexicaine, avant qu’arrive Django, un vagabond solitaire avec un cercueil

Ce n’est pas la première fois que Quentin Tarantino s’inspire d’une œuvre pour écrire ses films. Le scénario d‘Inglourious Basterds est basé sur celui d’Une poignée de salopards, film de guerre italien réalisé en 1977 par Enzo G. Castellar, et Kill Bill repose quant à lui sur un manga : Lone Wolf and Cub. Cerise sur le gâteau, le nom de sa maison de production « A Band Apart » fait directement référence à un film de Jean-Luc Godard, chef de file de la Nouvelle Vague.

Dans Django Unchained, un ancien dentiste allemand interprété par le fabuleux Christopher Waltz, et reconverti en chasseur de primes, libère Django (Jamie Foxx), un esclave. Il le forme afin de lui permettre de libérer sa femme des mains de Calvin Candie (Leonardo DiCaprio), un riche et terrible propriétaire terrien.

2H44, pour certains, c’est trop long, pour d’autres pas assez. Une fois de plus, QT se sert de ses films pour dénoncer, ici le racisme et l’esclavage durant la Guerre de Sécession. Comme à son habitude, le casting est minutieusement choisi. Tarantino semble avoir le talent pour transformer des acteurs peu connus en véritables stars. Jamie Foxx et Christopher Waltz (découvert dans Inglourious Basterds) en sont la preuve. A cela s’ajoutent les « habitués » comme Samuel L. Jackson, qui apparaît dans la moitié de la filmographie du réalisateur, ou encore Michael Bacal. Enfin, pour leur première collaboration, Tarantino et Leonardo DiCaprio semblent s’entendre à merveille. Django Unchained n’est pas simplement une histoire de vengeance, c’est aussi une amitié, un lien qui se crée entre un dentiste reconverti et un ex-esclave…

La « touche Tarantino »

Le réalisateur de Django Unchained a son propre style, c’est indéniable. Ses sept derniers films sont presque montés de manière identique. Dès leurs débuts de ses films, Quentin Tarantino offre aux spectateurs une scène extrêmement longue. Elle est parfois stressante – comme dans Inglourious Basterds, quand Hans Landa vient chercher la famille juive juifs chez Mr La Peddit -, ou drôle  : Pulp Fiction, dans le restaurant puis la conversation entre John Travolta et Samuel L. Jackson au sujet des cheeseburgers européens. Celle de Django Unchained semble inclassable tant on est partagé par l’horreur du marchand d’esclaves et l’humour de Dr King Schultz alias Christopher Waltz. Cette scène met en lumière une autre qualité de Tarantino : ses dialogues. Vivante, drôle et recherchée, que ce soit de longues tirades ou bien des punchs-lines, son écriture est inimitable. La scène du Klu Klux Klan en est la preuve…

La pochette de la BO du film.
La pochette de la BO du film.

En plus d’être un cinéphile, QT est aussi un grand mélomane. « Quand j’écoute une musique, souvent je me dis « quel type de scène je pourrais réaliser dessus ? ». J’écris souvent à partir de musiques. » Commercialisée fin décembre, la BO de Django Unchained a remporté un franc succès, tant critique que commercial. C’est lui qui a redonné une seconde jeunesse à Chuck Berry ou Nancy Sinatra et son Bang Bang. Il ose, pour notre plus grand bonheur. Avec Inglourious Basterds, Quentin Tarantino rythmait l’arrivée du sergent nazi grâce à la Lettre à Elise aux sonorités westerns. Django Unchained, lui, mélange le rap de Rick Ross et les mélodies d’Ennio Morricorne, le jazz de James Brown et le flow de Jamie Foxx… Incroyable!

La dernière grande spécialité de Quentin Tarantino : le « Mexican Stand Off » (une forme de confrontation où nul ne peut vraiment gagner) accompagné du dicton « Que le sang coule à flot! ». Reservoirs Dogs, Kill Bill 1 ou encore Inglourious Basterds ont tous en commun ces scènes explosives qui finissent en bain de sang. Et Django Unchained ne déroge pas à la règle…

Victor Vasseur

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