Une rue. Au féminin.

2% des rues françaises portent le nom d’une femme. Voilà ce que révèle l’ONG Soroptimist (du latin sorores ad optimum, « sœurs pour le meilleur »).

« Il était logique d’explorer quels sont les modèles opérants pour les jeunes femmes, et les noms de rue en font partie intégrante car ils reflètent notre vision de l’Histoire de France », explique Christine Dagain, la présidente de l’Union française Soroptimist.
A Dijon, seuls 43 rues, places, boulevards, allées ou impasses sont baptisés au féminin sur environ 1300 au total. A Nice, c’est seulement 5% des voies (voir ci-dessous).

Carte de Nice des noms de rues attribués en bleu aux hommes (forcément), en rose aux femmes (forcément) et en gris les rues qui ne portent pas le nom d’une personnalité. (Source : nicematin.com)
Carte de Nice des noms de rues attribués en bleu aux hommes (forcément), en rose aux femmes (forcément) et en gris les rues qui ne portent pas le nom d’une personnalité. (Source : nicematin.com)

L’Histoire ne manque pourtant pas de femmes remarquables, comme Olympe-de-Gouges (femme politique et féministe du XVIIIème), Simone-de-Beauvoir (philosophe et romancière, elle a participé au mouvement féministe des années 70 avec notamment son roman «Le Deuxième Sexe»), Nicole-Reine Lepaute (mathématicienne et astronome du XVIIIème), Elsa Triolet (femme de lettres et résistante pendant la Seconde Guerre mondiale), Marie Curie (chimiste et physicienne du XIXème), Louise Michel (institutrice et anarchiste qui participa à la Commune de Paris et à la lutte des prolétaires), ou encore Simone Veil (ministre de la santé en 1974, qui dépénalise l’IVG)…

Dans le 19ème arrondissement de Paris. Crédit Photo : D.R.
Dans le 19ème arrondissement de Paris. Crédit Photo : D.R.

Les femmes les plus représentées sur les plaques bleues sont : Jeanne d’Arc (qui arrive en tête, avec 49 rues !), l’aviatrice Hélène Boucher (39 rues) et la romancière George Sand (37 rues). On ne recense que 9 rues «Marguerite Yourcenar» (écrivaine, traductrice et poète), et 7 rues «Simone Weil» (philosophe du début XXème).

A Cannes, vous pouvez flâner dans les rues Édith Cavell, Hélène Vagliano ou dans l’allée Maryse Bastie mais un long chemin reste à faire pour approcher la parité, dans ce domaine comme dans d’autres, pour donner aux femmes leur juste place.

Raphaëlle Daloz

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3 réflexions sur “Une rue. Au féminin.

  1. Votre article m’amuse et m’exaspère en même temps! Je vais vous dire pourquoi en espérant que vous ne verrez pas cela comme une insulte à la femme en général et à celle que vous êtes, en particulier, loin de moi cette idée.

    Personnellement, je suis absolument contre la parité à toute force, où l’on serait obligé pour la respecter d’accepter dans un groupe humain quelconque une courge ou un âne selon le cas! Je suis par contre totalement favorable à ce que les femmes prennent toute la place à laquelle elles ont droit, mais je ne pense pas que ce soit par la parité dans les noms de rues qu’on y arrivera !

    Pourquoi? Tout simplement parce qu’entre Confucius et de Gaulle il s’est écoulé 24 ou 25 siècles. Pourquoi Confucius et de Gaulle? Parce que Confucius a été un grand penseur antique et de Gaulle a été celui qui, dans l’histoire moderne en France, a le plus fait évoluer la situation féminine. 1944 droit de vote accordé aux femmes, dans les années 1960, droit d’ouvrir un compte bancaire et d’émettre des chèques et droit d’exercer une profession sans l’autorisation du conjoint! Une révolution! Une totale émancipation! De Gaulle est moins connu pour son action en faveur des femmes que pour ses rôles politique et militaire et là c’est peut-être un peu dommage…Ensuite, bien sûr le mouvement étant lancé, le progrès s’est accéléré.

    Alors disons le, entre Confucius et de Gaulle, la femme était rangée au rayon des accessoires utiles, charmants, agréables, mais sans réalité intellectuelle à de rares exceptions près, qui confirmaient la règle.
    Pour 1 Jeanne d’Arc, 1 Olympe de Gouges, 1 Marie Curie, des centaines de millions de femmes anonymes. Pendant ce temps, les hommes étaient de valeureux guerriers, des poètes aptes à faire traverser les siècles à leurs vers, de grands scientifiques, des barons en vue, d’habiles politiques, bref des gens dont on doit se souvenir. Alors avant que les femmes célèbres des 70 dernières années puissent rivaliser en nombre avec les hommes des 25 derniers siècles cela risque de prendre du temps, et on risque encore quelques années de plus avoir à circuler dans la rue Du Bellay, Cicéron ou l’avenue Montaigne que dans des rues féminisées.

    Est-ce un drame? Honnêtement non, si l’on se réfère à l’histoire de ma boutade! Peut-être que oui si la situation n’évolue pas. Et là j’ai de réelles craintes. Un seul exemple récemment mis en avant par la presse.
    Les prix Nobel scientifiques (ou non d’ailleurs) sont essentiellement masculins. (et ils sont pourvoyeurs de noms de rues!…) Or on s’aperçoit (disait le journaliste relatant une étude française très sérieuse) que si les filles sont majoritaires dans les sections scientifiques du baccalauréat, arrivant en université, elles se détournent des domaines scientifiques et sont très minoritaires dans le domaine de la recherche. Ce n’était qu’un constat, les causes n’étaient malheureusement pas abordées. Mais voyez-vous ce genre d’infos m’inquiète beaucoup plus pour les femmes que le nombre de rues qui leur sont dédiées. Car aujourd’hui les sciences, au sens large (fondamentales mais aussi appliquées) sont sans doute les domaines (avec la littérature et les arts) où la reconnaissance se fera la plus durable. Que l’on soit homme ou femme, je suis convaincu que pour être reconnu, il ne s’agit pas de revendiquer de pseudo droits, qui d’ailleurs n’amènent rien de concret, mais bien plutôt de se prendre en charge au niveau des études, du métier et de l’excellence.
    Et aujourd’hui, contrairement à la période Confucius de Gaulle, les chances au départ (du moins en Europe) sont quasi équivalentes pour chacun des sexes. Pas trop tôt me direz-vous et vous aurez raison. Reste à convaincre le reste du monde…

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  2. Je suis assez d’accord avec vous, il me semble que le nom des rues n’est que la surface du problème. Il parait logique que vue la place accordée aux femmes pendant des décennies et sa lente évolution, il ne puisse pas y avoir suffisamment de noms connus. Cependant je pense aussi que les quelques femmes qui peuvent figurer au même titre que les hommes sur des plaques de rues, de lycées, d’hôpitaux…auront tendance à être moins exploitées. Le problème est plus profond comme vous l’énonciez, on ne peut mathématiquement pas avoir autant de femmes célèbres si on ne les laisse pas en amont occuper une place significative dans la société.

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