Le 14 octobre dernier, Ségolène Royal faisait une annonce étonnante : baisser de 10% le tarif des péages et proposer une gratuité totale sur l’ensemble du réseau le weekend. Qu’est-ce que cela signifierait ? Comment fonctionnent les péages en France ? Est-ce différent des autres systèmes européens ?
38 euros. C’est le tarif total du péage pour un trajet Lyon-Cannes en voiture. Ahurissant. Et si votre route vous embarque entre Paris et Nice, cela ne vous coûtera pas moins de 155 euros dont 75 euros de péage. Astronomique.
Pourquoi un coût aussi élevé ?
Depuis 2002, les autoroutes n’appartiennent plus à l’Etat mais à des sociétés privées.
En effet, les 7850 km qui constituent le réseau autoroutier sont la propriété de sociétés concessionnaires.
Les autoroutes du Sud de la France (ASF) sont contrôlées par Vinci. Les autoroutes Paris-Rhin-Rhône sont la propriété du groupe Eiffage, spécialiste du BTP. Quant à la société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France (Sanef), elle appartient désormais à Albertis, une entreprise espagnole spécialisée dans la gestion d’infrastructures routières.
Ainsi, ces sociétés privées ont la main mise sur les routes de France et pratiquent des prix « anormalement » élevés. La France a fait le choix du principe « utilisateur = payeur » plutôt que de faire payer la totalité des contribuables français.
Voici ce que chaque automobiliste paye lorsqu’il passe au péage… Sur dix euros, quatre euros sont reversés à l’Etat, il s’agit des impôts et taxes. Les sociétés d’autoroutes consacrent d’importants moyens à la maintenance et l’entretien de leurs réseaux. Environ 3 euros de cette somme. Les chaussées sont d’ailleurs régulièrement refaites à neuf pour la sécurité des usagers. Eiffage, Vinci et Albertis, ont investi près de 20 milliards d’euros dans ce but. Un euro cinquante sert à l’exploitation du réseau, et un autre euro cinquante correspond aux bénéfices de la société exploitante.

Et quid en Europe ?
En Europe, la plupart des autoroutes sont gratuites. C’est le cas en Belgique où les routes sont gratuites dans l’ensemble du royaume, au Danemark, en Allemagne ou encore en Grande-Bretagne. Certains pays européens pratiquent la politique de la vignette, c’est-à-dire qu’un impôt annuel sur les véhicules en circulation. La Suisse, la Bulgarie, l’Autriche ou la Slovaquie l’ont adopté.
En Italie, le système est quasiment le même qu’ici, juste une différence : le prix du péage est moins élevé.
En France, rappelons-le, il faut débourser en moyenne 10 euros pour 100km parcourus.
La gratuité est-elle vraiment possible ?
Le 14 Octobre, sur la radio RTL, la ministre de l’Ecologie et de l’Environnement, Ségolène Royal, annonçait vouloir une gratuité totale du réseau autoroutier le weekend pour financer le manque à gagner de l’abandon de l’écotaxe poids lourds :
La déclaration de l’élue a immédiatement entrainé une réaction du Premier Ministre Manuel Valls qui a jugé la mesure inenvisageable et a déclaré que des aménagements « profitables à tous » seraient faits dans « les prochaines semaines ».
Un tel accord que celui-ci aurait plusieurs répercussions.
Le trafic autoroutier serait plus encombré qu’à l’ordinaire. En effet, les gens ne pouvant accéder à l’autoroute faute de moyens l’emprunteraient désormais le week-end.
Le trafic de marchandises avec les poids lourds deviendra lui aussi plus important le en fin de semaine.
Cette annonce de Royal serait positive pour le porte-monnaie des ménages mais pas pour le trafic.
Certains ont leur solution pour payer moins cher

Le site de covoiturage Blablacar, en ces temps d’inflation des prix du péage et des prix des billets SNCF, a tiré son épingle du jeu. On compte des millions d’utilisateurs, faire du covoiturage est devenu en quelques années un phénomène et même une routine.
En voyageant avec trois passagers, les conducteurs couvrent entièrement les frais d’essence et de péage liés au trajet. Une économie non négligeable en ces temps de crise.
Si l’annonce a fait grand bruit dans le pays, ce n’est pas sûr qu’elle puisse voir le jour. En tout cas, pas tout de suite.
Mathilde Brun

Voilà un sujet forcément polémique puisqu’il touche au porte-monnaie, à la liberté de circulation et à la sécurité de chacun. Alors oui, nous avons les autoroutes les plus chères d’Europe, mais aussi, les mieux entretenues.
Concernant les tarifs, ils ne sont pas tout à fait libres, toute augmentation doit être validée par l’Etat. Donc qu’un ministre déclare que les augmentations sont abusives revient quelque part à dire que l’Etat a été défaillant dans ses choix, ses autorisations et son contrôle. C’est grave.
Mais plus graves encore sont les autres déclarations de Mme Royal : la gratuité pour tous le WE et 10% de moins le reste du temps. C’est d’abord un non-sens écologique, et un comportement démagogique outrancier.
L’Etat qui, aujourd’hui comme hier a besoin d’argent, regrette amèrement de ne plus être le bénéficiaire des fruits du péage. Le problème est que quand on vend, on est heureux de recevoir le pactole, mais en contrepartie, il faut s’attendre à ne plus percevoir les revenus du bien vendu ! Alors on montre du doigt ces sociétés en les traitant quasiment de voyous qui vont devoir rendre des comptes et de l’argent ! Je vous renvoie au fait que l’Etat entérine systématiquement les augmentations de tarifs. Et si les chiffres que vous annoncez sont justes, ce dont je ne doute pas, des sociétés qui conservent 15% du CA en résultat, dont partie va bien sûr aux actionnaires (dividendes, différent de gros mot!) et partie aux fonds propres sans doute, n’a rien de choquant. Dans le monde de l’entreprise française, il y a bien pire ! Au passage, l’Etat, lui, ne prend pas 15 mais 40% !! N’oublions pas que la TVA sur les péages est à 20%, taux des produits de luxe…
Vous posez, sans y répondre, la question « La gratuité est-elle vraiment possible ? »
La réponse pour moi est clairement non. Encore faut-il distinguer deux cas, la gratuité totale et permanente, non évoquée par le ministre, et la gratuité partielle qui séduit tant Mme Royal.
La gratuité totale pourrait exister, sous réserve que l’Etat rachète aux sociétés le réseau. Pour quel montant et avec quel fonds? A ce moment là, on retrouve l’autoroute au niveau des services publiques, qui, au passage ne sont pas gratuits. Mais en allant au bout du raisonnement, pourquoi pas la gratuité si l’on accepte l’abandon de 2 principes qui devraient être chers au ministre de l’environnement ; pollueur = payeur, et l’usager paie sa quote-part (le timbre de la lettre, le billet de train ou d’avion,….). Là on serait en situation de gratuité apparente mais de coût supplémentaire pour le contribuable car les coûts de fonctionnement resteraient les mêmes. Faudra le faire avaler aux français, qui quoiqu’on en dise ne prennent pas tous l’autoroute mais paient tous déjà pas mal d’impôts ! Pour l’État ce serait un fiasco financier, par le prix de rachat, la perte de la TVA, et les charges supplémentaires. Oublions donc cette solution.
La proposition de Mme Royal est bien pire car elle revient à faire des cadeaux aux usagers d’un réseau privé, qui ne lui appartient donc plus, en piquant dans la poche du propriétaire ! Alors peu importe la qualité des sociétés, leur moralité, le remplissage des poches etc…mais pour moi, ce principe est foncièrement malhonnête. C’est le comportement de quelqu’un jaloux du succès des autres, succès qui aurait pu être le sien s’il n’avait pas vendu le bien! Le seul cadeau que le ministre puisse faire aux clients de l’autoroute, et ça il faudrait lui le proposer (!) c’est le WE un abandon de la TVA soit une économie de 20% pour le client…Et là elle serait éventuellement dans son rôle, puisqu’elle jouerait bien sur ce qui lui revient, et pas sur les revenus des tiers. Outre cet aspect amoral de la proposition, la gratuité même temporaire aurait des incidences. Bien sûr l’actionnariat continuerait à percevoir ses dividendes, et dans le monde de marché financier actuel, il n’y a rien de choquant (toujours par rapport aux chiffres que vous annoncez), ce qui veut dire qu’in fine c’est la capacité d’autofinancement des sociétés qui en pâtira, donc éventuellement, les investissements, l’entretien et la sécurité.
Mais là où la démagogie dépasse l’entendement, c’est lorsque vous faites dire au Ministre : « …vouloir une gratuité totale du réseau autoroutier le weekend pour financer le manque à gagner de l’abandon de l’écotaxe poids lourds ». Là c’est très fort! Comment avec une gratuité, donc un revenu 0, on peu financer quoi que ce soit? Notre ministre devrait nous l’expliquer, je serai à titre personnel très intéressé par le principe !
Pour être plus sérieux, il me semble que cette déclaration faite à une radio est directement sortie d’un chapeau, sans réflexion préalable, par un ministre directement responsable de l’arrêt de l’écotaxe, ce qui est loin d’être neutre financièrement pour l’ Etat et politiquement pour les écologistes. Alors, un petit coup de démagogie pour chercher un succès d’estime de quelques français supplémentaire, au risque de se créer des inimitiés durables avec les écologistes, pourquoi pas!?
Mais pour conclure, ce qui m’inquiète le plus économiquement parlant, c’est que ce gouvernement tente encore une fois, comme par exemple dans l’affaire des pharmaciens (cf l’intéressant article récent buzzle de Manon Bazerque) de donner un pseudo pouvoir d’achat supplémentaire, en obligeant des professionnels quels qu’ils soient à baisser leur prix, plutôt qu’en créant de la richesse supplémentaire. C’est une sorte d’interventionnisme hors d’âge de l’Etat.
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